États-membres

David Cameron, héritier zélé de l’eurosceptique Margaret Thatcher


Que reste-t-il de l’euroscepticisme de Margaret Thatcher ? 21 ans après sa démission sans fanfare du poste de Premier ministre, la question se pose alors que « La Dame de fer » sort dans les salles françaises. David Cameron en est-il l’héritier ?

Il faut tout d’abord revenir en 1973 : le parti conservateur, dirigé par le premier ministre Edward Heath, fait entrer avec enthousiasme le Royaume-Uni dans la Communauté européenne. Mais la prise de pouvoir de Margaret Thatcher en 1975 bouleverse les idées des Tories.

Agnès Alexandre-Collier, professeure en civilisation britannique à l’université de Bourgogne, explique :

« L’Europe selon Thatcher, c’est celle de la libéralisation et des marchés ouverts sur le reste du monde. Elle n’a jamais voulu d’un club élitiste de quelques pays appliquant un même modèle social. »

Cette vision, Margaret Thatcher se permettra de la traduire à deux reprises :

  • en 1984, lors du Conseil européen de Fontainebleau, la Première ministre exige un rabais de la contribution de l’Angleterre au budget européen. Elle déclare : « We are simply asking to have our own money back » (nous demandons juste de pouvoir récupérer notre argent) ;
  • en 1988, lors du discours de Bruges, elle prône une « Europe des entreprises », insistant sur la compétitivité de la City londonienne.

Pour Agnès Alexandre-Collier, les Britanniques font un rapide calcul :

« Leur relation avec l’Europe va alors se faire en termes quantitatifs : “Qu’est-ce qu’on peut en retirer, et qu’est-ce que ça nous coûte ? ” Quand les gains sont supérieurs, tout va bien. Quand c’est l’inverse, on se met en retrait. »

Des Tories qui deviennent anti-européens

L’héritage de la politique européenne de Thatcher est pourtant à prendre avec des pincettes :

« Si elle parvient, en tant que Première ministre, à imposer son point de vue dès le sommet de Fontainebleau de 1984, son attitude n’est pas suivie de faits concluants, à l’exception de la ristourne budgétaire qu’elle brandit comme un trophée. »

Un point de vue partagé par Helen Drake, professeure à l’université de Loughborough (Grande-Bretagne) :

« La réalité était plus complexe : il y a un fossé entre la rhétorique et la pratique. Thatcher n’a pas toujours bloqué l’intégration européenne de l’Angleterre. »

« A l’arrivée de Tony Blair au pouvoir, c’est dans l’opposition que les conservateurs donneront libre cours à une hostilité de plus en plus viscérale à l’euro, qui symbolise la fin de leur souveraineté nationale », souligne Agnès Alexandre-Collier.

Elle poursuit :

« Parce que le parti est justement à court d’idées et qu’il ne remporte pas les élections, l’Union devient le bouc-émissaire idéal […]. C’est cette génération d’eurosceptiques qui a porté David Cameron au pouvoir. »

En mars 2009, peu avant son élection, les eurodéputés conservateurs quittent le Parti populaire européen (PPE) au motif qu’il est trop « europhile ». Ils rejoignent les Conservateurs réformistes européens (CRE), une nébuleuse de partis europhobes. Parmi eux, le parti lituanien Pour la patrie et la liberté, qui soutient les marches annuelles d’anciens Waffen SS…

« Cameron est allé plus loin que Thatcher »

Pour Helen Drake, le lien Thatcher-Cameron est évident :

« Ils appartiennent au même parti. Les deux soulignent l’importance de la souveraineté nationale. Les deux sont eurosceptiques. »

David Cameron, élu en mai 2010, est dans une situation complexe. Il doit gérer à la fois ses partenaires européens, des conservateurs nationalistes et une coalition avec les libéraux-démocrates, connus pour être des pro-européens modérés.

Le référendum sur une sortie de l’Europe voulu par 81 de ses députés le 25 octobre 2011 en est l’incarnation. Les 57 députés libéraux-démocrates ne peuvent pas grand-chose face à cette force de frappe anti-européenne.

Le 9 décembre 2011, patatras ! En pleine crise de l’eurozone, David Cameronoppose son véto à une réforme des traités de l’UE. En privilégiant les intérêts de la City, le premier ministre britannique passe du discours à la pratique. Il isole plus que jamais le Royaume-Uni de l’Europe.

Le lendemain, le travailliste Peter Mandelson écrit dans The Guardian une tribune intitulée « David Cameron n’est pas un bouledogue. Même Thatcher n’a jamais quitté la table européenne ».

Pour Agnès Alexandre-Collier, une étape est franchie :

« Même si le contexte est différent, David Cameron va plus loin, il est dans un euroscepticisme beaucoup plus radical. Il est l’un des enfants du thatchérisme. Et comme tous les descendants, ils vont parfois plus loin que leurs géniteurs. »

Le Royaume-Uni pourrait quitter l’UE

Le Royaume-Uni a toujours été connu pour sa méfiance à l’égard de l’Europe. Une méfiance expliquée en trois points par Helen Drake :

« La santé de l’économie britannique, en comparaison avec l’Europe continentale ; la domination mondiale de l’anglais ; l’influence culturelle des USA. »

Et pour Agnès Alexandre-Collier, alors que David Cameron a franchi une étape le 9 décembre, les perspectives du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne sont fragiles :

« Je n’exclus pas que le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne. Si l’expérience malheureuse que traverse la Grèce se répand, cela pourrait se faire. »

Elle conclut par une question :

« Pourquoi [David Cameron n’en profiterait] pas pour se faire une place dans l’Histoire et aller plus loin que ce que ses prédécesseurs, Margaret Thatcher puis John Major, n’ont jamais osé faire ? »

Voir l’article sur rue89:  http://www.rue89.com/2012/02/18/david-cameron-heritier-zele-de-leurosceptique-margaret-thatcher-229464

Pauline Armandet

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