États-membres

Quel Président pour ma vision de l’Europe ?

A la veille du premier tour de la campagne présidentielle française, Pierre-Antoine Klethi livre ses réflexions sur le candidat qui représente le mieux ses opinions sur l’Europe.


L’intégration européenne, une question identitaire

La question de l’intégration européenne est une question identitaire pour moi. En effet, je suis français, alsacien, né en Allemagne et je réside à Luxembourg depuis 20 ans. De plus, j’ai effectué ma scolarité à l’Ecole Européenne de Luxembourg, un établissement multiculturel et multilingue, ce qui a favorisé chez moi l’émergence d’une véritable identité européenne. D’ailleurs, je considère qu’identité européenne et identité nationale / locale sont tout à fait compatibles, contrairement à ce que beaucoup de personnes croient ou cherchent à faire croire.

Le thème de l’intégration européenne revêt donc, pour moi, une importance primordiale, même si d’autres thèmes, tels que l’économie, l’éducation et le développement durable me paraissent fondamentaux aussi.

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle française, je suis donc amené à m’interroger : quel candidat représente le mieux ma vision de l’Europe ?

Une Europe plus fédérale serait une chance pour la France

L’Europe est une chance pour la France.

Le Général de Gaulle, déjà, l’avait compris et s’était engagé dans la construction européenne en espérant s’en servir pour maintenir la grandeur de la France. Mais l’Europe ne doit pas être réduite à un simple « instrument » utilisé par les divers Etats membres.

Aujourd’hui, aucun pays européen ne peut espérer rivaliser avec les USA, la Chine, la Russie, le Brésil, ou encore l’Inde. Nous avons de trop petites entités, en Europe. C’est à 27 que l’UE est aujourd’hui l’une des plus grandes puissances économiques et commerciales de la planète ! C’est à 27 que nous pèserons dans les négociations avec les pays riches en ressources énergétiques ! C’est à 27 que nous serons écoutés sur la scène internationale ! Pris isolément, certains grands pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, voire Italie et Espagne) peuvent encore jouer un rôle important au niveau mondial dans un domaine particulier (l’Allemagne en matière commerciale, la France et le Royaume-Uni en politique extérieure), mais aucun pays n’est capable de rassembler, seul, tous les attributs de la puissance. Et le déclin démographique, ainsi que la crise économique actuelle, ne vont pas arranger la situation.

Faut-il se lamenter ? Non ! La solution est simple et nécessite juste un peu de courage politique et d’ouverture aux autres : une Europe plus intégrée, plus unie, plus fédérale.

Il faut apprendre à faire des compromis plus facilement et à mieux connaître l’autre pour mieux comprendre ses positions. En effet, un processus de décision plus fluide est nécessaire, ce qui passe par le remplacement de l’unanimité au Conseil par la majorité (qualifiée), pour un certain nombre de décisions. Il faut un recul de l’intergouvernementalisme, qui se concentre sur les intérêts nationaux, au profit de la méthode communautaire, qui veille à défendre un intérêt commun européen.

Par ailleurs, certains critiquent un prétendu « déficit démocratique » (auquel je ne crois pas du tout). Renforcer la légitimité des décisions passe par un renforcement du rôle du Parlement Européen (représentant démocratiquement élu des citoyens européens !), de la Commission Européenne (garante des Traités et de l’intérêt général européen) et la Cour de Justice de l’Union Européenne (garante du respect de l’Etat de droit, des droits fondamentaux et d’autres normes essentielles de droit européen). Des progrès en matière de communication sont sans doute à opérer, mais s’il y a un déficit démocratique, il faut que les Etats et les médias nationaux assument leur responsabilité. En effet, soit ils ne parlent pas d’Europe, soit ils en parlent pour critiquer et rejeter la faute sur « Bruxelles » (alors même que le Parlement Européen a son siège à Strasbourg…).

Une Europe plus fédérale permettrait de faire des économies d’échelle non négligeables : par exemple, si l’on avait une diplomatie commune au lieu de 27 + 1, les économies seraient énormes. Cela aiderait d’ailleurs les Etats à diminuer leurs dépenses, et donc, à réduire leurs déficits, voire leurs dettes (s’ils se retrouvent en situation d’excédent budgétaire). D’ailleurs, vis-à-vis de l’extérieur, notre crédibilité serait renforcée, puisque nous aurions un représentant pour chaque domaine politique, et pas 27 + 1, avec tous les risques de contradiction et de division que cela implique.

Enfin, nous sommes à un moment charnière, où nous avons le choix entre plus d’intégration ou une mort lente de l’intégration. Prenons l’exemple de la monnaie unique. Je ne vais pas revenir, ici, sur tous les mensonges populistes qui circulent sur l’Euro ; j’en dirais un mot au moment de parler du FN et du Front de Gauche. La crise de la dette montre que si l’on met en place une monnaie commune, il est indispensable de créer également, en parallèle, un gouvernement économique commun, accompagné d’une certaine harmonisation fiscale et sociale, faute de quoi les déséquilibres économiques finissent par nous rattraper et requièrent des mesures de solidarité coûteuses et impopulaires.

Un mot des Eurobonds. En tant que fédéraliste, je suis favorable à leur introduction, mais uniquement à condition qu’il ne s’agisse pas d’un nouveau vivier d’endettement. Il faut impérativement s’attaquer à la réduction des déficits, et il serait donc inapproprié d’accroître la dette existante. Une idée, que j’ai exposée dans un article précédent sur ce blog, serait d’utiliser les Eurobonds pour faire des investissements d’avenir au niveau européen, à condition que les Etats utilisent l’argent qu’ils économisent pour réduire leur endettement. Ces Eurobonds pourraient être garantis par la BCE, puisqu’ils ne financeraient pas les Etats. Or, les Traités n’interdisent que le financement des Etats par la BCE.

A propos de la BCE, je regrette que certains candidats s’attaquent à son indépendance, alors que c’est elle qui a réagi la première face à la crise de la dette grecque (ce n’est pas le Conseil, ni le Conseil Européen !). De plus, lorsque l’on voit le comportement budgétaire de la plupart des Etats au cours des 30 dernières années (par exemple, la France n’a pas voté de budget à l’équilibre depuis près de 40 ans !), l’on se dit tout de suite qu’il vaut mieux une banque centrale indépendante, si l’on ne veut pas que cela mène au désastre. Aux USA, la Federal Reserve a un double rôle : croissance + stabilité des prix. Et l’on a vu sa contribution à la mise en place des mécanismes ayant mené à la crise des subprimes : pour relancer la croissance, elle avait des taux d’intérêts très bas, et a donc inondé le marché de liquidités, ce qui a créé une bulle qui ne pouvait qu’exploser, tôt ou tard.

Nicolas Sarkozy : un bilan positif gâché par une rhétorique de campagne à tonalité eurosceptique

Nicolas Sarkozy s’est bien investi sur les questions européennes durant son quinquennat. Il aurait, d’ailleurs, pu capitaliser là-dessus. Notamment, la présidence française de l’UE, au second semestre 2008, était un succès. Ainsi, par exemple, grâce au Président de la République, l’Europe a réagi très rapidement à la crise géorgienne. Tout comme l’Allemagne avait bien réussi sa présidence en 2007, la France a bien servi l’Europe en 2008.

Malheureusement, ces derniers mois, Nicolas Sarkozy a adopté une position de plus en plus intergouvernementale, cherchant à court-circuiter les institutions européennes. Or, si cela peut se comprendre une ou deux fois, quand l’urgence est particulièrement grave, cela ne saurait constituer un comportement à long terme, car dans ce cas, cela devient du mépris pour les autres membres de l’UE et pour les institutions, ce qui ne manquerait pas d’aboutir à des résultats contreproductifs, tels qu’une mauvaise image de la France en Europe.

La promotion, aux côtés d’Angela Merkel, d’un comportement budgétaire responsable dans toute l’Europe est, toutefois, une bonne chose.

Enfin, depuis le début de l’année, avec l’approche de la campagne électorale, il a commencé à adopter des positions de plus en plus éloignées des miennes et qui se rapprochent, malheureusement, des idées d’une droite eurosceptique, souverainiste.

S’adresser à la « France du non » est ridicule, dans la mesure où la « France du non » est une invention pour désigner ceux (malheureusement nombreux) qui se sont fait piéger par les mensonges d’un certain nombre de responsables politiques (parfois, importants) en 2005, lors de la campagne sur le référendum (par exemple, le « plombier polonais » était une invention totalement fausse et populiste). Il existe un climat malsain en France, un climat de peur de l’autre, de peur de la mondialisation, et des responsables politiques de presque tous les bords jouent avec ces peurs. Mais enfin, nous sommes un pays développé ! Nous avons des atouts ! Au lieu de nous lamenter sur notre déclin annoncé et de chercher à nous replier sur nous-mêmes, usons de nos qualités, de nos talents ! Le monde musulman était culturellement, économiquement et scientifiquement dominant au début du dernier millénaire. Son déclin vient d’un repli sur lui-même. Toutes les grandes civilisations ont décliné à partir du moment où elles ont cherché à se réfugier derrière des barrières pour « se protéger » des influences extérieures. Voulons-nous subir le même sort ?

Dernièrement, Nicolas Sarkozy a dit « à la jeunesse de France », en reprenant une phrase du Pape Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! » Il a raison. Mais pourquoi alors parle-t-il d’une suspension unilatérale de la participation de la France aux Accords de Schengen ? Ce qui, soit dit en passant, est une idiotie probablement inventée par ses conseillers souverainistes qui ne comprennent pas grand-chose à l’Europe. Au fond, je me demande si Nicolas Sarkozy n’est peut-être pas aussi, tout simplement, mal conseillé…

En résumé, je dirais que le bilan de Nicolas Sarkozy en matière d’Europe est positif. Mais ses paroles, durant la campagne, m’incitent à m’éloigner de lui pour le premier tour.

L’ambiguïté de François Hollande

Je note que certaines de ses propositions correspondent à mes positions. Sur les principes d’une intégration approfondie et d’une Europe qui soutienne aussi la croissance, je suis d’accord. Sur l’idée d’Eurobonds, sous réserve des conditions que j’ai exposées ci-dessus, je suis d’accord aussi.

Toutefois, derrière les apparences d’un candidat favorable à une Europe plus intégrée, l’on découvre une conception de la construction européenne très nationale. Ainsi, si les autres Etats membres ne se plient pas à la volonté française de renégocier le TSCG, celui-ci ne sera pas ratifié.

J’exprime une incompréhension totale vis-à-vis de sa volonté de renégocier le TSCG. Les socialistes français veulent plus de solidarité, mais pas plus de responsabilité. Cela fait d’ailleurs partie des différences de valeurs, entre eux et moi, entre eux et le centre-droit / la droite. Ils ont utilisé des arguments faux pour critiquer le TSCG. Ainsi, ils oublient que la plupart des dispositions existaient déjà dans d’autres normes européennes (notamment le « Six-Pack », adopté par le PE et le Conseil, qui réforme la gouvernance économique européenne). De plus, c’est le déficit structurel qui est limité à 0,5% du PIB, pas le déficit total. Outre cela, des mesures exceptionnelles seraient bien sûr tolérées en cas de crise.

Enfin, avoir un budget à l’équilibre ne me semble pas refléter l’austérité ; c’est simplement un principe de bonne gestion. Avoir un budget à l’équilibre, c’est aussi signe que l’Etat respecte ses citoyens. Parce que, tôt ou tard, il faut rembourser. Et, si plus personne ne veut prêter à l’Etat, ce sont les citoyens qui paieront dans tous les cas : par des hausses d’impôt et / ou, si l’Etat fait faillite, par un plongeon du niveau de prestations sociales, puisque l’Etat ne pourra plus dépenser davantage que ce qu’il gagne, aucune personne rationnelle ne voulant prêter à un Etat ayant fait faillite. Je sais bien que certains candidats, comme Jean-Luc Mélenchon, veulent « faire payer la crise aux banques ». Mais s’ils réfléchissent un tout petit peu, ils constateront qu’au bout du compte, l’argent réel des banques (celui qui est dans leurs coffres), c’est celui des épargnants, donc des simples citoyens. Et oui… ! J’y reviendrai sans doute plus loin, au sujet des propositions économiques.

L’extrémisme de certains candidats

Marine Le Pen peine à dire quelque chose d’intelligent, et le thème de l’Europe n’est pas une exception.

Quitter l’Euro serait un désastre économique pour la France. Je renvoie à l’étude de l’Institut Montaigne, je crois, qui démontre bien cela. En effet, il y aurait une fuite massive des capitaux, ce qui nuirait à l’investissement, et donc à la croissance. Par ailleurs, le franc serait fortement dévalué, ce qui aiderait peut-être nos exportations, mais renchérirait surtout énormément le prix de nos importations (notamment les produits énergétiques, tels que le pétrole, alors que le prix de l’énergie est déjà un sujet d’inquiétude, en France). L’inflation serait donc très élevée, ce qui réduirait fortement le pouvoir d’achat des Français.

Par ailleurs, sortir de l’Euro équivaudrait à sortir de l’UE.

Jean-Luc Mélenchon est le pendant de Marine Le Pen à gauche. Lui aussi fait preuve d’un populisme et d’une mauvaise foi à toute épreuve, derrière un charisme qui sert de masque à la médiocrité de ses propositions. Les propositions ridicules de Jean-Luc Mélenchon aboutiraient au même résultat que celles de Marine Le Pen, à savoir la sortie de l’UE, puisqu’il prône de désobéir aux Traités et à d’autres normes de droit européen.

Restent donc François Bayrou et Eva Joly

Deux candidats sont prêts à aller vers une Europe plus fédérale : Eva Joly et François Bayrou. En raison du positionnement politique des Verts (très à gauche) et, par conséquent, de mon désaccord avec eux sur un certain nombre de thèmes autres que l’Europe, je suis amené à ne retenir que François Bayrou, pour représenter ma vision de l’intégration européenne.

Sa proposition d’un exécutif élu au suffrage universel par les citoyens européens me séduit, car cet exécutif jouirait d’une légitimité démocratique renforcée, par rapport à la Commission actuelle.

Par ailleurs, je soutiens son idée d’une Europe plus solidaire, dotée d’une « véritable politique économique et sociale » et qui soutienne la croissance. Reste évidemment à voir comment mettre cela en œuvre concrètement…

J’émettrai juste une interrogation : pourquoi parle-t-il du « produire en France », et pas du « produire en Europe » ? Cela me surprend, de la part d’un candidat très attaché à la construction européenne.

Finalement… Bayrou l’emporte

François Bayrou est donc le candidat qui représente le mieux mes opinions, quant au thème de la construction européenne. Ce n’est cependant pas le seul thème important dans cette campagne électorale. Par ailleurs, le caractère le plus souvent modéré des positions de François Bayrou en fait également mon premier choix.

Je conclurai simplement sur le thème de l’Europe et, plus largement, de la politique internationale, en remarquant que tous les candidats, sans exception, parlent en termes plus ou moins négatifs de la mondialisation et de l’ouverture aux autres. Tous mettent en avant la lutte contre le dumping (social, environnemental, …) et proposent de fermer (plus ou moins, selon les candidats) les frontières. Certes, il ne s’agit pas d’accepter la concurrence déloyale, mais le discours me semble indiquer une tendance plus profonde de peur du déclin et d’impuissance. Au lieu d’insister sur l’innovation et la compétitivité, sur nos qualités et nos atouts, c’est le discours de repli sur soi qui semble l’emporter.

Pierre-Antoine Klethi

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2 réflexions sur “Quel Président pour ma vision de l’Europe ?

  1. La ringrazio molto per il suo messaggio!
    Lei puo seguire le nostre pubblicazioni anche su Facebook, sulla pagina del blog.
    Cerchiamo di scrivere regolarmente nuovi articoli, e mettiamo a volta anche articoli interessanti di giornali di differenti paesi della UE.

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