États-membres

Vision de Bruno Bernard, consultant politique, sur la présidentielle française

Bruno Bernard interrogé par la BBC au sujet du premier tour de l’élection présidentielle. 

En Angleterre le 22 avril 2012, j’ai pris connaissance des résultats du premier tour sur la chaine de télévision « Sky News ». Parmi les intervenants de la chaîne, Bruno Bernard, consultant politique de 35 ans. Son intervention n’est pas due au plus grand des hasards :

« J’imagine que mes 3 ans à l’Ambassade, mon premier passage à la BBC et enfin les relations forgées, avec certains correspondants de presse britanniques à Paris n’y sont pas totalement étrangers. »

Auteur d’un blog politique « French Politics » car il veut « continuer à écrire sur la politique française en anglais afin de la faire mieux connaître à l’étranger » et très actif sur le réseau social Twitter ( 1600 abonnés),  j’ai décidé d’interroger à mon tour Bruno Bernard sur les enjeux principaux de la campagne présidentielle de 2012.


Les médias anglais et la campagne présidentielle :

Les résultats du premier tour venant de tomber, le journaliste de Sky News interrogea Bruno Bernard sur trois enjeux électoraux :

* la situation de la France à trois jours du premier tour
* les raisons pour lesquelles Français se détournent de Nicolas Sarkozy 
* le rôle joué par la personnalité du Président sortant dans cette élection

Par la suite, il confie qu’en Angleterre les gens sont moins en phase avec la politique. Les médias anglais apportent dès lors peu d’importance à la politique française :

« Si les hommes politiques britanniques s’intéressent généralement beaucoup à la politique française, les médias eux le sont beaucoup moins donc ils ont tendance à aborder notre vie politique soit sous l’angle vie privée (Nicolas et Carla ou bien François et Ségolène) soit sous l’angle selon lequel la France est une bizarrerie politique avec ses trois candidats marxistes à l’élection présidentielle ou avec son extrême droite très forte. »

Il poursuit son discours en disant :

«La mobilisation pour les élections et la chose politique n’ont rien à voir des deux côté de la Manche. La France est un pays politique où les Français vivent et respirent politique, parfois même un peu trop. Les Britanniques sont beaucoup plus détachés vis-à-vis de cela, de plus l’image des hommes politiques en Grande-Bretagne est bien pire qu’en France où il demeure,  malgré les critiques, une certaine révérence à leur égard. »

Campagne présidentielle de 2007 vs. Campagne de 2012 :
En 2007, Bruno Bernard avait soutenu Nicolas Sarkozy, seul candidat qui était selon lui « à même de réformer en profondeur la France. ».

Il adopte une vision positive de son quinquennat:

« La présidence de Nicolas Sarkozy a été celle du retour de la France en Europe et dans le monde. Il a aussi permis à la France de basculer dans le 21ème siècle. Pour résumer, je dirais de grandes réussites dans un contexte de crise extraordinaire et quelques erreurs notamment de communication.»

Il regrette néanmoins que l’élection de 2012 se tienne « dans un climat de crise économique un peu comme si la France était brutalement redescendue sur terre après les emballements de 2007 ».

Concernant le déroulement de la campagne de 2012 et l’influence des réseaux sociaux, il ajoute :

« 
2012 aura consacré Twitter comme lieu d’affrontement entre militants politiques et source d’information pour les médias. Paradoxalement, l’avènement de Twitter devrait amener à réfléchir un peu plus à ce que l’on écrit sur les réseaux sociaux car ces écrits restent et peuvent vous coûter politiquement très cher si on n’y fait pas attention. »

Au sujet des résultats du premier tour, il confie :

– Sa consternation face aux résultats de François Hollande et de Nicolas Sarkozy « j’ai été choqué par la soirée électorale de France 2 qui a diffusé des résultats faux tout au long faisant croire qu’il y avait 3 points de différence entre Nicolas Sarkozy et François Hollande alors qu’en réalité il n’y en avait qu’1,5. »

– L’échec du projet Mélenchon : « Il n’a été qu’un phénomène de courte durée rapidement contenu par Hollande grâce l’argument du vote utile sorti dès la première poussée de Mélenchon dans les sondages. »

– Le score attendu de François Bayrou
: « François Bayrou n’a rien dit pendant cette campagne qu’il n’avait pas déjà dit en 2007. »

– Les ambitions du Front National « Front National influence la vie politique française depuis ses premiers succès électoraux en 1983. Marine Le Pen qui a entamé une transformation de son parti va jouer sa carte en tentant de faire battre Nicolas Sarkozy pour ensuite espérer récolter certains morceaux d’une UMP dont elle est persuadée qu’elle va éclater. »

Deux candidats au second tour, trois thèmes principaux abordés :

Concernant la thématique de l’Union européenne, Bruno Bernard n’est pas convaincu par les programmes des deux candidats :

« Hollande pense pouvoir réformer l’Europe seul contre tous. Nicolas Sarkozy semble au contraire vouloir imposer un rapport de force certain au sein de l’UE sur la réforme de Schengen et la taxation des transactions financières. Les deux programmes me semblent difficilement applicables en l’état même si je pense qu’il existe aujourd’hui une majorité de pays européens pour réformer l’espace Schengen surtout avec les changements de régimes de l’autre côté de la Méditerranée. »  

Puis il s’exprime au sujet de la dette :

 « Les 2 candidats parlent de réduction de la dette. Je note toutefois que François Hollande en annonçant qu’il veut la faire baisser parle également de dépenser de l’argent public en créant des postes de fonctionnaires, on peut peut-être y voir une contradiction. Si François Hollande compte sur l’augmentation des impôts pour rembourser la dette, il fait une erreur grossière. »

Cependant, Bruno Bernard continue :

« 
Je regrette que l’on ne parle pas plus des entrepreneurs, de ceux qui innovent et qui créent de la richesse en France. Je regrette que la grande réforme du droit du travail dont la France a besoin ne soit pas abordée. Je regrette enfin que personne ne dise une bonne fois pour toute que l’économie subventionnée cela ne fonctionne pas.  »

Enfin, il  poursuit sur la politique d’immigration proposée par François Hollande :

« Le candidat socialiste est mal à l’aise avec les thèmes d’immigration et d’insécurité même si le score de Marine Le Pen l’oblige désormais à dire qu’il faudra limiter l’immigration économique. »

Quel scénario possible pour le 6 mai ?

Selon Bruno Bernard, si Nicolas Sarkozy était élu, l’avenir de la France ne serait pas menacé :

«Nicolas Sarkozy serait en mesure de garantir la continuité des engagements de la Franceen Europe (pacte fiscal) et dans le monde (engagement en Afghanistan). De plus, il garantirait la continuation des réformes. L’inconvénient serait peut-être que le Président aurait beaucoup de difficulté à rassembler le pays derrière après une campagne aussi dure.» 

Si à l’inverse François Hollande était élu, celui-ci est beaucoup plus pessimiste:

«L’avantage, s’il est élu ce sera celui de montrer que l’alternance politique fonctionne en France. Une personnalité moins affirmée comme celle de François Hollande devrait également peut être permettre d’apaiser le climat politique en France mais le risque de l’inaction demeure présent. Le risque avec une élection de François Hollande est qu’il arrive à la Francela même chose qu’il est arrivé au PS pendant 11 ans sous sa direction : c’est-à-dire rien. Aucune réforme de fond, pas d’idées directrices claires et la tentation de ménager toutes les sensibilités.»

Enfin, il admet qu’un « mélange de deux scénarios » demeurent toutefois possibles au second tour, à savoir un référendum  » anti-Sarko » et une confrontation droite/gauche :

«Nombreux sont les gens de droite qui même s’ils ne sont pas des fans de Nicolas Sarkozy iront voter pour lui car la perspective de se retrouver avec un président socialiste leur déplait plus encore. L’effet anti-Sarkozy a, à mon sens, atteint son apogée au premier tour. »

Ainsi, après avoir bien réfléchi, Bruno Bernard votera le 6 mai pour Nicolas Sarkozy : «  Il reste celui le plus à même de faire changer la France en la réformant en profondeur. » Il reconnaît cependant qu’« en toute logique » François Hollande a des chances de remporter l’élection présidentielle. Il finit néanmoins l’interview en me confiant :  » Je n’arrive pas à me départir de l’idée qu’il peut y avoir une surprise. Les gens aiment rarement les scénario écrit à l’avance. »

Pauline Armandet 

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