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Présidentielle 2012 : Sarkozy domine Hollande lors du grand débat


Contrairement à la plupart des éditorialistes français et aux ténors socialistes, il me semble ressortir clairement du débat du second tour, tenu hier soir, que Nicolas Sarkozy l’a emporté face à François Hollande. Contrairement à ce que j’ai pu lire, j’estime que c’est François Hollande qui était sur la défensive et qui a failli s’emporter plusieurs fois, tandis que Nicolas Sarkozy le mettait régulièrement face à la réalité des chiffres et à l’incohérence du projet du PS. Pour illustrer cela, je propose tout simplement de suivre le fil du débat.

Le rassemblement: « Il y a ceux qui parlent de rassemblement et ceux qui l’ont fait vivre. » (N. Sarkozy)

Le débat a été introduit par une question des deux journalistes sur les attentes des candidats envers ce débat.

François Hollande a rappelé qu’il voulait être le « Président de la justice », qui doit être au cœur de toutes les décisions publiques, le « Président du redressement » et « le Président du rassemblement ». Je note, sur ce dernier point, que certaines déclarations récentes, sur la composition de son hypothétique futur gouvernement, allaient en sens contraire…

Nicolas Sarkozy a répondu à son adversaire que son principal défi [à Hollande] était d’être vrai. Par ailleurs, il s’est également posé en rassembleur, soulignant qu’au cours du quinquennat qui s’achève, il n’y avait eu aucune violence ou manifestation de masse obligeant à retirer un texte (comme ce fut le cas pour A. Savary, en 1984, sur l’école privée).

Enfin, François Hollande a dénoncé la volonté de son contradicteur de se poser en victime, rappelant que lui aussi avait été insulté au cours de la campagne. Il a également justifié l’appel à voter contre Sarkozy, émis par la CGT et le Syndicat de la Magistrature, ce que Nicolas Sarkozy a condamné, jugeant que les syndicats n’ont pas ce rôle.

La première partie du débat a été consacrée à l’économie : ainsi, les thèmes de la croissance, de l’emploi, du pouvoir d’achat, du déficit et des impôts ont été abordés. Ont ensuite été traités : l’éducation, l’Europe, l’immigration, le style de Présidence et la politique internationale.

Croissance et emploi

François Hollande a dénoncé le bilan du Président sortant, avec un chômage qui aurait augmenté d’un million de personnes (le BIT – cité par Nicolas Sarkozy – parle de 422.000 personnes), arrivant au double du niveau promis en 2007 par son adversaire.

Il a également exposé ses solutions : créer une banque publique d’investissement, mobiliser l’épargne des ménages, modifier la fiscalité des entreprises, et enfin, créer le contrat de génération (un employeur qui gardera un senior jusqu’à la retraite tout en embauchant un jeune ne paiera de cotisations sociales sur aucun des deux emplois).

NB : Sur le contrat de générations, ses déclarations ne sont pas conformes à ce qui est annoncé dans ses 60 propositions, dans lesquelles il plafonne l’allègement de charges patronales à 1 SMIC pour l’emploi du jeune de moins de 25 ans en CDI, et à 2 SMIC pour l’emploi du senior. Ce n’était pas la seule contradiction du candidat socialiste au cours de la soirée…

Le candidat socialiste a également proposé d’indexer le SMIC, non seulement sur les prix, mais aussi sur la croissance. Etant donné que l’inflation est plus forte que la croissance, à quoi cela sert-il ? Par ailleurs, le Président a reproché à son adversaire d’oublier ceux qui ne sont pas au SMIC et ceux qui n’ont pas de travail.

Enfin, François Hollande a proposé d’augmenter l’ARS de 25%.

Face à François Hollande, Nicolas Sarkozy a mis en avant l’impact de la crise, l’une des plus graves jamais connues. Il a également comparé la situation de la France à d’autres pays (ce que François Hollande a critiqué, préférant se concentrer sur le bilan du quinquennat). Les chiffres du Président sortant, s’ils n’étaient pas toujours exacts, étaient toutefois généralement plus proches de la réalité que ceux de son adversaire.

Nicolas Sarkozy a également critiqué plusieurs propositions de son adversaire, et relevé que d’autres étaient déjà partiellement réalisées (p. ex. la banque d’investissement public). Il a raillé le contrat de génération, critiqué par Martine Aubry lors des primaires, soulignant que lui préférait consacrer de l’argent à créer des emplois.

Enfin, il a donné ses orientations pour résoudre le problème du chômage : alléger le coût du travail (d’où l’instauration de la « TVA sociale anti-délocalisations »), améliorer la formation des chômeurs et soutenir l’innovation (ce qui a déjà été entamé avec le crédit impôt-recherche et le grand emprunt). Le mot-clé, pour Nicolas Sarkozy, est la compétitivité.

Enfin, les deux candidats se sont affrontés sur l’explication de la réussite de l’Allemagne.

Nicolas Sarkozy a donné 3 éléments : pas de 35h, la TVA sociale anti-délocalisations et les accords compétitivité-emploi. Or, François Hollande refuse ces 3 éléments, insistant sur le dogme de la durée légale du travail et sur la baisse du pouvoir d’achat qui résulterait d’une hausse de la TVA (ce qui est une vision à trop court terme). Par ailleurs, je mentionne que c’est le Président qui avait raison sur les chiffres quant à la TVA sociale allemande.

François Hollande a expliqué qu’en Allemagne, il y avait davantage de respect pour les partenaires sociaux.

Déficit commercial: « Quand vous vous trompez, je préfère vous le dire » (N. Sarkozy)

François Hollande a dénoncé le déficit commercial record, ce que Nicolas Sarkozy a reconnu, mais en rappelant qu’une très grande partie de ce déficit est due à l’explosion du prix de l’énergie importée, notamment le pétrole. Voici les chiffres réels : le prix du baril de pétrole brut est passé de 27 dollars en juillet 2003 à 60-65 dollars en mai 2007 jusqu’à 130-140 dollars à l’été 2008, avant de plonger à cause de la crise, puis de remonter à 100-105 dollars actuellement. Et Nicolas Sarkozy a raison de souligner que ces prix continueront d’augmenter à l’avenir.

Face à cette situation, François Hollande préconise de bloquer les prix de l’essence pendant 3 mois, grâce à la TIPP flottante. Il souhaite aussi limiter la hausse des prix de l’électricité, du gaz et de l’eau. Nicolas Sarkozy s’est interrogé sur le financement de ces mesures, et préfère, quant à lui, inciter les gens à acheter des véhicules propres et à consommer moins de carburants. Il en a aussi profité pour justifier le maintien de la filière nucléaire.

Déficit, dette: ‎ »Vous serez incapable de trouver des économies. C’est encore une fois le laxisme et la folie dépensière. » (N. Sarkozy)

François Hollande a, là-aussi, dénoncé le bilan du quinquennat, bien que les chiffres avancés ne soient pas tout à fait exacts…

Il propose, sur 5 ans, 90 milliards d’€ d’efforts : 40 milliards d’économies et 50 milliards de nouvelles recettes. Seuls les ménages avec les plus hauts revenus et les « grandes fortunes » payeront davantage. (Est-ce crédible ???) Les revenus du capital seront taxés comme ceux du travail. Les niches fiscales seront limitées à 10.000 €. La tranche supérieure d’impôt sur le revenu passera à 45% (contre 41% actuellement). L’ISF sera rétabli.

Selon le candidat socialiste, à la place de la TVA sociale anti-délocalisations, ce sont les ménages les plus aisés qui paieront 13 milliards d’euros en plus…

En face, Nicolas Sarkozy a défendu son bilan. Il a précisé que la Cour des Comptes avait reconnu elle-même que sur les 500 milliards de nouvelle dette au cours du quinquennat, 200 étaient le produit de la crise et 250 étaient dus au déficit structurel (issu d’avant 2007).

Il a défendu la réforme des retraites, nécessaire pour réduire le déficit de l’assurance-vieillesse et sauver notre système de retraites par répartition.

Enfin, il a ironisé sur l’embauche de 60.000 fonctionnaires dans l’Education Nationale, sans compter de nouveaux policiers, etc. François Hollande n’a effectivement pas expliqué où il supprimerait des postes, pour maintenir l’effectif de la fonction publique à niveau constant.

Fiscalité : « Vous voulez moins de riches ; moi, je veux moins de pauvres. » (N. Sarkozy)

Nicolas Sarkozy a souligné que la suppression de l’ISF avait été intégralement financée par les plus hautes fortunes. Il a aussi rappelé que la France était le seul pays à avoir gardé l’ISF, supprimé par les socialistes en Allemagne et en Espagne.

« 93% du paquet fiscal, c’était pour les classes moyennes » a-t-il également dit.

François Hollande, lui, a critiqué la situation de l’Education Nationale laissée par Nicolas Sarkozy. Il a dit préférer que les grandes fortunes fassent des chèques au Trésor public plutôt que l’inverse, et « protéger les enfants de la République plutôt que les privilégiés ».

Nicolas Sarkozy a répliqué en soulignant que nous sommes dans un monde ouvert.

Il a critiqué son adversaire, qui cèderait à chaque demande d’un syndicat, et qui tiendrait un raisonnement incohérent (« M. Hollande, votre raisonnement est parfaitement incohérent. Si j’ai augmenté les impôts, je n’ai pas fait de cadeaux aux plus riches. »).

Education

Les deux candidats divergeaient sur le taux d’encadrement des élèves. En revanche, ils se rejoignent sur la nécessité de ne pas baisser le nombre d’enseignants au primaire.

Pour Nicolas Sarkozy, le problème n’est pas la quantité, mais la qualité !

Europe : « M. Hollande connaît mal l’Europe » (N. Sarkozy)

Les deux candidats sont d’accord pour soutenir l’€, mais pas sur le TSCG (improprement résumé sous l’appellation « pacte fiscal »).

François Hollande refuse « l’austérité », qui empêcherait de réduire les déficits. C’est un raisonnement curieux, quand même… Il souhaite l’instauration d’une taxe sur les transactions financières et que la possibilité, pour la BCE, de prêter directement aux Etats.

Il a également indiqué que les « lignes » commençaient à bouger en Europe. Je note simplement qu’elles ont commencé à bouger avant le premier tour, que les gouvernements de droite et les institutions veulent aussi la croissance, et que hier soir, le candidat socialiste a totalement détourné les propos de MM. Draghi, Rajoy, Monti, ou encore de Mme Merkel. Leurs propositions sur la croissance sont aux antipodes de celles de François Hollande.

De son côté, Nicolas Sarkozy a souligné que la France empruntait à des taux historiquement bas, et qu’il valait mieux avoir une dette modérée pour ne pas trop dépendre des marchés.

Il a aussi rappelé que, contrairement à ce que voulait faire croire son adversaire, résoudre la crise de la zone € n’était pas simple !

Enfin, il a rappelé que là où l’austérité frappait le plus durement les citoyens, c’était dans les pays où des socialistes amis d’Hollande avaient gouverné (Grèce, Espagne).

Immigration

François Hollande a dénoncé l’échec de la politique du chiffre de Nicolas Sarkozy, et réclamé que la France reste ouverte aux étudiants et aux talents étrangers, alors que son adversaire propose de diviser par deux l’immigration légale (passer de 180.000 à 90.000 entrées / an).

Le candidat socialiste a également mentionné la nécessité de maîtriser l’immigration légale et d’améliorer le traitement des immigrés illégaux, même si, bien sûr, il convient de lutter contre ce phénomène.

En face, Nicolas Sarkozy a justifié sa détermination à réduire l’immigration par la volonté d’une meilleure intégration, et non par haine ou crainte des étrangers.

Il a également réussi à pointer les contradictions de François Hollande sur la question des centres de rétention.

Contrairement à son adversaire, il refuse le droit de vote des étrangers aux municipales, craignant que ce vote soit trop communautariste et n’aboutisse à des dérives…

François Hollande a cherché à paraître ferme en affirmant également que la loi sur la burqa serait strictement appliquée, et qu’il n’y aurait pas d’horaires de piscine séparés pour les hommes et les femmes.

Il a aussi dénoncé la focalisation sur l’Islam, ce à quoi Nicolas Sarkozy a répondu qu’objectivement, les immigrés viennent avant tout d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.

Nucléaire : « Il faut le nucléaire et l’énergie renouvelable, les deux ensembles. » (N. Sarkozy)

Le Président a rappelé le consensus existant à ce sujet depuis plus de 50 ans.

Il a redit les avantages du nucléaire, en termes de coût de l’électricité et d’emplois, et affirmé que le maintien de la filiale nucléaire et le développement des énergies renouvelables allaient de pair. Il a d’ailleurs rappelé qu’en 5 ans, la puissance éolienne avait été multipliée par 4 et la puissance voltaïque par 100.

François Hollande a répondu qu’il souhaitait simplement diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité en France. Seule la centrale de Fessenheim, la plus vieille de France (35 ans) fermera.

Nicolas Sarkozy l’a accusé de vendre les salariés de Fessenheim pour un accord électoral avec les Verts (ce que le candidat socialiste a réfuté) et a rappelé que l’Autorité de Sûreté Nucléaire avait donné son feu vert pour poursuivre l’exploitation. Il a également critiqué les comparaisons hâtives entre la catastrophe de Fukushima et la situation du nucléaire en France.

Style de présidence : « Votre normalité n’est pas à la hauteur des enjeux. » (N. Sarkozy)

Nicolas Sarkozy a rappelé son engagement, son expérience et sa capacité à assumer les responsabilités et à prendre des décisions difficiles.

François Hollande a énoncé une longue litanie (Moi Président, je … »), qui ressemblait à une récitation d’écolier sans changement de tonalité : pas de cumul des mandats, réforme du statut pénal du chef de l’Etat, réforme de la procédure de nomination à de nombreux postes, un Président qui n’est pas le chef de la majorité (cela a été le sujet d’un échange prolongé), hauteur de vue et capacité à donner des impulsions, sans décider de tout, etc. Bref, il a voulu se peindre en Président normal.

A cela, Nicolas Sarkozy lui a répondu : « La fonction de Président de la République n’est pas une fonction normale. La situation que nous connaissons n’est pas normale. Votre normalité n’est pas à la hauteur des enjeux. »

Il a aussi souligné que c’était lui qui avait supprimé la Présidence du CSM par le Président de la République (pour renforcer l’indépendance de la justice !), et que les commissions parlementaires avaient eu la possibilité de donner leur avis sur les 60 premières nominations (et de les bloquer, si elles le souhaitaient).

Par ailleurs, il a également rappelé l’ouverture du gouvernement et l’attribution de fonctions importantes (Président de la Cour des Comptes, Président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, un membre du Conseil Constitutionnel) à des personnalités de l’opposition.

Enfin, en mentionnant brièvement DSK, il a indiqué que la moralité n’était pas nécessairement du côté socialiste.

Politique étrangère

Sur l’Afghanistan, François Hollande a considéré que la mission était terminée et qu’il fallait retirer nos troupes d’ici la fin de l’année, afin de ne pas leur faire prendre le moindre risque inutile.

Nicolas Sarkozy a contesté le fait que la tâche soit terminée et a souligné que la France s’était engagée aux côtés de ses alliés jusqu’en 2013. Il en va donc de l’honneur et du respect des engagements de la France. Par ailleurs, un retrait précipité favoriserait l’insécurité et un risque de retour des Talibans. Il faut aider le peuple afghan à se libérer de la gangrène du terrorisme et à assurer sa sécurité.

Sur la question des otages, les deux candidats sont restés très prudents et consensuels.

Le mot de la fin : « Ne laissez pas les autres voter à votre place. » (N. Sarkozy)

François Hollande a proposé le « changement », avec la priorité pour l’éducation et la jeunesse, une exigence de justice (sur laquelle il veut que ses décisions soient jugées, s’il est élu), et le rassemblement de tous les Français, pas seulement du peuple de gauche.

Nicolas Sarkozy, quant à lui, s’est encore une fois adressé aux électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou, en rappelant son respect pour eux et les convergences de leurs programmes avec le sien. Enfin, il a également lancé un appel aux abstentionnistes, en les invitant à ne pas laisser les autres voter à leur place, et souligné son expérience « dans un monde dangereux et difficile. »

Pierre-Antoine KLETHI

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Une réflexion sur “Présidentielle 2012 : Sarkozy domine Hollande lors du grand débat

  1. Meme si François Hollande ne s’est peut-etre pas très bien défendu, l’article s’est focalisé sur les arguments de Nicolas Sarkozy.

    Bon vote.

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