Économie et Finances/États-membres

Le rétropédalage grec de Christine Lagarde

Christine Lagarde a connu un peu malgré elle, l’art du rétropédalage.

Vendredi dernier, l’ancienne ministre de l’Economie et des Finances et actuelle patronne du Fonds monétaire international fut invitée à s’exprimer dans les colonnes du Guardian (le quotidien britannique de centre-gauche) sur l’avenir de la zone euro et la crise grecque, une crise qui n’en finit pas.

Interrogée sur le fait que certains grecs cherchent à échapper à l’impôt – et donc à l’effort consenti pour réduire le poids de la dette – Christine Lagarde n’a pas mâché ses mots, considérant que « les Grecs devraient commencer par s’entraider mutuellement », et ce en « payant tous leurs impôts »

Des propos pour le moins maladroits qui ont suscité un vif tollé aussi bien en France qu’en Grèce où le président du PASOK et ministre des Finances sortant, Evangelos Vénizelos, a accusé la patronne du FMI d’humilier le peuple grec. Une vive réaction qui a contraint Lagarde à faire machine arrière et à se montrer plus conciliante avec le peuple grec en faisant part de sa sympathie face aux épreuves actuelles sur sa page facebook. En réaction, Alexis Tsipras, le leader du SYRIZA (la coalition de Gauche radicale) a rappelé à l’ancienne ministre française que son pays n’avait pas besoin de sympathie, renforçant ainsi le malaise perceptible depuis les déclarations de cette dernière.

Les propos de Christine Lagarde, aussi maladroits et malheureux qu’ils soient, ont cependant un mérite et même deux: celui de la vision qu’à la patronne du FMI sur la crise grecque et sur les Grecs eux-mêmes face à celle-ci et sur la pertinence d’un plan d’austérité de plus en plus dénoncé et de moins en moins soutenu par la population grecque alors que la situation du pays est loin d’être stabilisée avec notamment de nouvelles élections anticipées prévues le 17 juin prochain et qui risquent fort de se transformer en remake du scrutin du 6 mai.

Toujours est-il que la déclaration de Christine Lagarde démontre une nouvelle fois qu’il est nécessaire d’écouter le peuple – à défaut de l’associer – surtout lorsqu’il est en première ligne. Conscient de la situation et des errements passés, le peuple grec sait qu’il a plus vraiment le choix s’il souhaite redresser la barre et tenir son rang au sein de la zone euro. Toutefois, si un plan de rigueur est (malheureusement) nécessaire, il ne peut être conçu et surtout imposé sans justice sociale et surtout en prenant compte des difficultés de l’intéressé. Dans le cas grec, la majeure partie de la population considère qu’elle a déjà payé un lourd tribut à la crise et ne supporte plus davantage. A cela s’ajoute l’idée – indirectement véhiculée par Lagarde dans ses propos – que le Grec est un profiteur cherchant à voler l’Etat en payant le peu d’impôts possible. Un cliché qui en dit long sur la vision de la crise par le FMI et le reste de la Troïka (Union européenne et Banque centrale européenne) et surtout sur la susceptibilité des Grecs qui se sentent trahis et humiliés par leurs partenaires européens, ce qui atteint leur amour propre et explique in fine le vote du 6 mai dernier.

Les plans d’austérité ne peuvent être appliqués que si ces derniers reçoivent un assentiment – à défaut d’un soutien – de la part des Grecs, ce qui suppose une écoute mais également une meilleure considération. Ressortir des clichés et autres lieux communs – même maladroitement – ne peut que renforcer l’amour propre de certains Grecs et leur défiance envers des institutions censés les sortir la tête de l’eau. Et s’il convient de placer Athènes devant ses responsabilités, il parait primordial de conserver un autre regard sur une crise dont les drames restent humains, comme nous le rappelle le suicide d’un septuagénaire, il y a quelques semaines sur une place de la capitale grecque. Ce qui explique probablement pourquoi la directrice générale du FMI s’est empressée de rectifier le tir, en espérant qu’il ne soit pas trop tard.

On comprend mieux à posteriori, pourquoi George Papandreou, l’ancien Premier ministre socialiste grec, tenait à organiser un référendum sur l’adoption ou non du plan d’austérité en novembre dernier, ce qui aurait au moins permis aux Grecs de s’approprier un débat et non avoir l’impression d’être dépossédés de la maitrise de leur destin.

Gilles Johnson de Actupol 3.0 

Publicités

Une réflexion sur “Le rétropédalage grec de Christine Lagarde

  1. Pingback: Le rétropédalage grec de Christine Lagarde | Gauchosphere | Scoop.it

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s