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Les Ecoles Européennes : pour des citoyens européens

                                                       Ecole Européenne du Luxembourg

Décriées à intervalles réguliers par les médias nationaux (souvent britanniques…), dénoncées comme un privilège pour les enfants des « eurocrates », les Ecoles Européennes sont une initiative éducative formidable à laquelle il convient de s’intéresser.
Créée pour permettre aux enfants des fonctionnaires européens d’effectuer leur scolarité dans leur langue maternelle, la première école européenne vit le jour à Luxembourg, en 1953. Aujourd’hui, il existe 16 écoles européennes : 4 à Bruxelles, 2 à Luxembourg – la seconde s’apprête à ouvrir ses portes en septembre, 1 à Francfort, à Karlsruhe, à Munich, à Mol (BE), à Alicante, à Varese (IT), à Bergen (NL) et à Culham (UK). Sans compter les « écoles associées » au réseau, dont l’une a ouvert à Strasbourg (enfin !) en 2008.

Etant moi-même un « pur produit » de l’Ecole Européenne de Luxembourg I (la plus grande, à l’heure actuelle), je fonderai cet article principalement sur mon expérience.

L’atout n°1 : les langues

L’apprentissage de langues étrangères occupe une place centrale au sein des Ecoles Européennes. Comment pourrait-il, d’ailleurs, en aller autrement, puisque des enfants venant de toute l’Union Européenne s’y côtoient quotidiennement et communiquent donc entre eux ?

Ainsi, dès la première année primaire (le CP, en France), les écoliers commencent à apprendre une langue étrangère choisie parmi les trois langues véhiculaires, à savoir le français, l’anglais et l’allemand.

Les résultats ne sont généralement pas visibles tout de suite, mais à long terme, l’enfant maîtrise mieux la langue, puisqu’il l’entend et la manipule déjà très jeune.

Par ailleurs, il est extrêmement avantageux de disposer de professeurs dont la langue qu’ils enseignent est la langue maternelle. Ainsi, par exemple, les professeurs d' »allemand langue étrangère » sont-ils  Allemands ou Autrichiens.

Je soulignerai, au passage, qu’il existe aussi un certain nombre de cas où les parents choisissent d’inscrire leur enfant en section française ou anglaise, bien qu’ils soient d’une autre nationalité, afin que leur enfant maîtrise parfaitement cette langue.

Par la suite, dans les dernières années du primaire, outre les cours de langues, des activités (bricolages, films) sont proposées dans la première langue étrangère : ce sont les « heures européennes », où les enfants peuvent pratiquer cette langue commune.

A partir de la 2ème année secondaire (la 5ème, en France), une seconde langue étrangère est rendue obligatoire. Généralement, outre les trois langues véhiculaires, le choix peut se porter sur l’espagnol et l’italien, voire le néerlandais.

A partir de la 3ème année secondaire (la 4ème, en France), les cours d’histoire-géographie, ainsi que (parfois) les cours optionnels de musique et d’art sont dispensés en première langue étrangère.

Enfin, à partir de la 4ème année secondaire (la 3ème, en France), il est possible de commencer à apprendre une troisième langue étrangère.

Mieux connaître les autres

La pratique de multiples langues étrangères permet donc de communiquer facilement et de nouer des amitiés avec des enfants d’autres nationalités.

Ainsi, il n’est pas rare de voir une Grecque et une Allemande parler ensemble français, ou un Suédois et un Portugais échanger en anglais.

Ce multilinguisme contribue aussi à découvrir la culture des autres (la langue fait partie de la culture !), chacun apportant à la communauté scolaire une meilleure connaissance de son pays.

Par ailleurs, enseigner l’histoire dans la première langue étrangère joue également un rôle primordial, puisque de ce fait, le programme n’est pas celui traditionnellement enseigné dans le pays d’origine, mais il est plutôt orienté vers les faits historiques majeurs dans l’Histoire de l’Europe, avec la vision, la perception de ces faits qui existent dans le pays d’origine du professeur. Parfois, l’accent sera même mis sur des aspects moins connus ou moins développés en France, alors que d’autres thèmes, centraux en France, ne seront pas ou peu étudiés. Ainsi, pour donner un exemple tiré de mon expérience personnelle, nous avons bien approfondi la guerre froide et ses implications en Allemagne ; en revanche, nous n’avons quasiment pas traité de la décolonisation.

Aussi, de cette manière, les jeunes acquièrent-ils une vision européenne de l’Histoire.

L’émergence d’une véritable identité européenne

Il y a quelques mois, j’ai rédigé un article intitulé « Comment créer une identité européenne ?« 

Dans cet article, j’identifiais trois grandes lignes à suivre: « expliquer », « échanger » et « partager ».

« Expliquer » est essentiel, car il est impossible d’adhérer pleinement à une idée que l’on ne comprend pas. Dans ce cadre, je soulignais le rôle majeur de l’éducation. L’Ecole a joué, historiquement, un rôle primordial dans la construction d’une identité nationale. Aujourd’hui, elle peut jouer le même rôle dans l’émergence d’une identité européenne, en diffusant la connaissance d’une histoire européenne et de grands auteurs et philosophes européens. C’est ce que font les Ecoles Européennes, ainsi que je l’ai expliqué ci-dessus.

« Echanger », ensuite, concerne aussi directement l’éducation. C’est pourquoi il est particulièrement important de développer l’apprentissage des langues étrangères, pour pouvoir véritablement aller vers l’autre, pour pouvoir mieux le connaître et mieux le comprendre, pour mieux vivre ensemble. A cet égard, les Ecoles Européennes sont, nous l’avons vu précédemment, en pointe aussi. Par ailleurs, en rassemblant des enfants et des adolescents issus de tous les pays de l’Union Européenne (à Luxembourg I, nous avons une vingtaine de sections linguistiques), les Ecoles Européennes offrent un espace de rencontre privilégié.

Enfin, il faut « partager ». En se côtoyant quotidiennement, les enfants des Ecoles Européennes partagent leur langue, leur culture, leurs activités, créant ainsi une véritable communauté dotée d’une identité européenne, fruit d’un « melting pot » européen. Ainsi, un sentiment commun d’appartenance à une vaste communauté peut se développer et mûrir en chacun de ces enfants et jeunes, qui, à leur tour, rapporteront et partageront cette expérience par la suite, dans les pays où ils étudieront puis travailleront.

S’inspirer des Ecoles Européennes

Je pourrais bien sûr présenter encore plusieurs différences avec le système français. J’en citerai une : l’absence de filières les deux dernières années précédant le bac, ce qui permet d’éviter des aberrations telles que l’absence de cours de mathématiques pour les élèves de filières « littéraires » ou de cours d’histoire pour les élèves « scientifiques ».

Par ailleurs, il faut être conscient que le modèle des écoles européennes est difficile à reproduire dans de nombreuses villes, en raison notamment de l’absence ou de l’insuffisance d’une diversité de population européenne et de la taille réduite des établissements scolaires,  qui ne permet pas de profiter d’économies d’échelles pour offrir un grand choix d’options.

Toutefois, il ne fait pas de doute que les programmes d’enseignement gagneraient à être un peu plus « européanisés », afin de mieux connaître les autres Européens et de mieux pouvoir communiquer  avec eux ; bref, afin de créer un sentiment d’appartenance à une même communauté.

Pierre-Antoine KLETHI

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2 réflexions sur “Les Ecoles Européennes : pour des citoyens européens

  1. Pingback: L’identité européenne, l’un des fondements de l’union politique | Au Café de l'Europe

  2. Pingback: The European identity: a fundament of a political Union | Europe's Café

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