États-membres/Commission/Institutions de l'UE

Une Commission (ouvertement) anglophone ?


Jean Quatremer n’est pas content et l’a récemment fait savoir sur son blog.

Lors d’une conférence de presse de la Commission européenne relatif à la situation économique des pays de la Zone Euro, le correspondant permanent de « Libération » en Belgique et au sein de l’Union européenne a eu la mauvaise surprise de découvrir que la partie dédiée à la France fut initialement rédigée en anglais.

Le mécontentement du journaliste et de ses confrères ne s’est pas fait attendre, demandant même des explications à un des porte-paroles de la Commission – un francophone – même si la version française du rapport fut finalement disponible quelques heures après. Quelque peu gêné, Olivier Bailly a pu se montrer compréhensif tout en expliquant à son interlocuteur que l’anglais est la langue la plus fréquemment utilisée au sein de la Commission européenne et qu’il convient d’accepter cette situation.

Des explications qui n’ont absolument pas convaincu le journaliste français qui considère qu’il s’agit là d’une violation manifeste du droit communautaire qui veut que l’Union européenne reconnaisse vingt-trois langues officielles, celles des pays membres. D’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’une telle controverse se produit puisqu’en septembre 2010, en pleine tension entre la Commission et la France sur la question Rom, Viviane Reading – luxembourgeoise et donc parfaite francophone – avait sermonné le gouvernement de François Fillon pour non-respect du droit communautaire et qu’il était sous la menace de sanctions. Une intervention mémorable et percutante qui fut intégralement faite en… anglais, suscitant déjà la colère de Jean Quatremer.

Si la polémique parait à certains égards exagérée, elle n’en demeure pas moins pertinente surtout quand on regarde l’évolution de la Commission européenne de nos jours. Une Commission qui semble de plus en plus anglophone et de moins en moins multilingue, ce qui peut être tout à fait logique au sein de la fonction publique européenne mais qui devient de plus en plus problématique lorsque l’Union européenne s’adresse directement aux citoyens européens et tout particulièrement aux membres d’un Etat-membre, comme cela fut le cas de la France, à maintes reprises.

Comme le souligne si bien Jean Quatremer, cette attitude de l’Union ne peut que renforcer l’idée que la Commission – et d’une façon plus large l’Union Européenne – apparait comme un corps étranger, une autorité extérieure qui n’est là que pour donner des ordres aux Etats membres, touchant au cœur de leur souveraineté. La Commission parait de plus en plus éloignée et incapable de parler une langue que les citoyens d’un Etat membre comprennent, ce qui ne peut que renforcer une certaine défiance et surtout l’euroscepticisme qui se traduit de plus en plus dans les urnes, les dernières élections présidentielles françaises ( avec les résultats de Marine Le Pen ou encore de Jean-Luc Mélenchon) mais aussi les élections européennes de 2009 sont des exemples flagrants.

L’Union européenne – et tout particulièrement une de ses institutions, la Commission – ne peut gagner en crédibilité et surtout en popularité, que si elle se rapproche concrètement des citoyens, ce qui suppose qu’elle s’exprime dans une langue compréhensible pour tous et non par tous. Cela est extrêmement important si l’Union veut être totalement légitime auprès des populations des Etats-membres. Comme l’écrit si justement Jean Quatremer, « ce n’est pas un hasard si moi-même je ressens de plus en plus Bruxelles comme un corps étranger, alors que je suis l’Europe depuis 22 ans maintenant. Je ne me reconnais plus ni dans son langage, ni dans son mode d’expression, ni dans son mode de communication »

Cette nouvelle affaire montre une nouvelle fois que la question des langues doit être prise avec considération et non avec légèreté, surtout quand cela concerne non pas 30 000 fonctionnaires européens mais des centaines de millions de citoyens européens dont la grande majorité ne maitrise pas l’anglais. C’est une question de respect mais aussi de crédibilité si l’Union européenne veut se montrer efficace et surtout être considérée à l’échelon national (ce qui suppose qu’elle respecte au moins le droit communautaire, ce qui ne lui ferait pas de mal)

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English version :  A (blatantly) English- speaking Commission?  

Jean Quatremer is angry and noticed it on his blog.

During a European Commission conference on the Eurozone Member States’ economic situation, the “Libération” French permanent correspondent in Belgium and the EU discovered the part concerning France was initially written in English. Annoyed, the journalist demanded some explanations to one of the Commission spokesperson – a French-speaking man – even if the French version of the report has been available some hours after finally. More or less embarrassed, Olivier Bailly wanted to be comprehensive explaining to Quatremer English is the most used language within the Commission and it is needed to accept this situation.

These explanations did not convinced the French journalist considering there was a big violation of the EU law requiring that the twenty-three national languages of the EU Member States are the official languages of the Union. Moreover, it is not the first time, such a controversy happens. On September 2010, Viviane Reading (coming from Luxembourg and perfect French-speaking woman), vis-à-vis the tension between Commission and France on the Roma issue, moralized the François Fillon government for breaking the EU law. This intervention was remarkable and hard-hitting but done… in English, provoking the Jean Quatremer’s anger.

Even if the controversy seems to be exaggerated, it remains relevant especially when we notice the evolution of the European Commission nowadays. The Commission seems to be more and more English-speaking and less and less multilingual which may be logical within the European civil service but more and more problematic when the European Union directly speaks to European citizens and to members of the Member State mainly, as it was the case for France, several times.

As Jean Quatremer underlines, this attitude reinforces the idea that Commission – and the European Union in large way – appears as a stranger body, an external authority being there to give orders to Member States, whatever the respect of their sovereignty. Commission seems more and more far and unable to speak a language a Member State’s citizens understand, which reinforces a certain distrust and euro-scepticism, more and more present in the ballots as the recent French presidential elections and the 2009 European one showed.

The European Union – and one of its institutions, the Commission – might be more credible and popular if it was more close to citizens concretely, which suppose it speaks in a understandable language for everybody and not by everybody. This is extremely important if the Union wants to be totally legitimistic vis-à-vis the Member States’ populations. As Jean Quatremer wrote on his blog, “it is not by chance if I’m feeling myself Brussels as a stranger body although I’ve covered Europe for twenty-two years now. I don’t recognize myself neither in its language, nor in its expression, nor its communication, anymore”

This new controversy shows once again the languages issue should be more regarded especially it concerns not 30 000 European civil servants but hundreds of millions of European citizens in which the largest part doesn’t master the English language. It is a question of respect and also of credibility, if the EU wants to effective and regarded at the national scale (which suppose its institutions respect the European law at least!)

Gilles Johnson de Actupol 3.0

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Une réflexion sur “Une Commission (ouvertement) anglophone ?

  1. Absolument ABSURDE! Le Latin, qui représente 85% de la littérature de l’Europe, et qui est, actuellement, de plus en plus parlé entre les érudits, ne figure même pas parmi les langues de l’UE !!!
    On ne pourrait pas imaginer une meilleure preuve de l’inanité de cette UE que les citoyens instruits feront sans les Politiciens dont l’histoire s’empressera de faire oublier les noms!
    Quomodo viri eruditi hoc tolerare possint!

    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques
    http://www.scholanova.be
    http://www.concertschola.be
    http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146
    http://www.rtbf.be/video/detail_jt-13h?id=1889832

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