Économie et Finances/Conseil européen/Conseil européen, juin 2012 : crise dans la zone euro/Dossiers/Institutions de l'UE

Conseil Européen J-4 : Les Européens, la crise et la gouvernance économique

Parlement Européen de Strasbourg au Printemps source Flickr

Cet article est fondé sur les résultats du sondage Eurobaromètre (EB) 77.2, réalisé mi-mars pour le compte du Parlement Européen, auprès de 26593 citoyens européens. Il ressort de cette enquête que les Européens sont conscients des difficultés actuelles et des enjeux économiques. Ainsi, une majorité estime que l’UE doit poursuivre parallèlement la relance de la croissance et la réduction des déficits publics.
Par ailleurs, une majorité défend également l’idée d’une action commune des Etats pour trouver des solutions européennes plutôt que nationales à la crise. Il existe toutefois, nous le verrons, des disparités significatives entre Etats, surtout entre membres et non membres de la zone euro.

De plus, s’ils sont favorables à ce que les pays les plus en difficulté soient aidés, une majorité d’Européens affirme que cette aide doit être assortie de conditions au respect des règles, respect qui doit être garanti par un mécanisme de sanctions crédible.

Enfin, s’agissant des Eurobonds, de la taxe sur les transactions financières (TTF) et de la création d’une agence européenne de notation de crédit, les Européens y sont majoritairement favorables, même s’il existe des disparités et si ces sujets ne sont pas toujours bien connus des citoyens.

Il faut également noter que des clivages importants sont observés en fonction du niveau d’études et de la profession. Toutefois, pour plus de clarté dans cet article, ces clivages seront marginalisés, au profit de chiffres moyens nationaux et européens.

Quelle politique générale face à la crise ?

Ainsi qu’indiqué en introduction, les Européens (47%) souhaitent que des initiatives en faveur de la croissance accompagnent la réduction des dépenses publiques. Se limiter à l’une des deux solutions recueille à peu près le même résultat (environ 25% chacune). On retrouve cette majorité dans tous les Etats membres.

Il est intéressant de noter que la réduction des dépenses publiques connaît nettement plus de succès dans les pays de la zone euro que dans ceux qui n’en font pas partie (25% v. 18%, pour la discipline budgétaire, par rapport à 24% v. 29%, en ce qui concerne la relance de l’économie).

En France, en Allemagne, en Autriche et en République Tchèque, la réduction des dépenses est jugée prioritaire par rapport à la relance de l’économie, alors que l’on observe le phénomène inverse dans 19 Etats membres, notamment la Grèce, la Roumanie, l’Irlande, la Lituanie et le Danemark.

Quelles mesures concrètes pour relancer l’économie ?

Sur une dizaine de mesures proposées par le Parlement Européen pour assurer le retour à une croissance durable et relancer l’emploi, les sondés devaient en choisir quatre.

Globalement, les mesures les plus populaires sont « soutenir les PME et les TPE » (49%), « investir dans l’éducation, la formation et la recherche » (47%), « encourager la lutte contre le chômage des jeunes » (44%) et « réduire la bureaucratie » (35%).

Notons que dans les Etats non membres de la zone euro, c’est la lutte contre le chômage des jeunes qui arrive en tête.

Les citoyens ressortissants de 7 Etats, dont la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal, privilégient le soutien aux PME et TPE. Les sondés de 8 Etats, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas, favorisent d’abord l’investissement dans l’éducation, la formation et la recherche. Enfin, dans 8 autres pays (plusieurs pays d’Europe centrale, ainsi que la Grèce et la Finlande), la lutte contre le chômage des jeunes est jugée prioritaire. Les Tchèques sont les seuls à citer majoritairement la réduction de la bureaucratie. Les Lettons soutiennent d’abord les mesures pour encourager l’esprit d’entreprise. Quant aux Suédois, leur premier choix se porte sur les investissements dans l’innovation et la R&D.

Les réponses des traduisent une certaine sensibilité  à la situation de leur propre pays et à leur situation personnelle. Ainsi, l’on observe une certaine corrélation entre le taux de chômage des jeunes et le succès de la proposition « lutter contre le chômage des jeunes ». Par ailleurs, dans 12 pays seulement, le premier choix des jeunes sondés (ceux qui ont entre 15 et 24 ans) se porte sur cette proposition. Dans 10 pays, les jeunes privilégient les investissements dans l’éducation, la formation et la recherche.

Je trouve également intéressant de relever que l’idée d’investir dans la solidarité et de favoriser l’intégration des personnes exclues de la société ne recueille que 11% des choix. L’approfondissement du marché intérieur, lui, n’obtient que 7% des voix. Il est toutefois important de relativiser ces résultats en rappelant que les personnes interrogées ne disposaient que de 4 choix.

Au sujet de la TTF (taxe sur les transactions financières), 66% des sondés y sont favorables (dont 30% « tout à fait favorables), et seulement 22% y sont opposés. Cette idée est surtout plébiscitée dans la zone euro, avec 73% d’opinions positives contre 18% de rejet, alors que dans les pays hors de la zone euro, le rapport est 53% v. 30%.

Il n’y a qu’à Malte que la proposition rencontre plus d’opposition que d’approbation. Même au Royaume-Uni ou en Irlande, la population y est majoritairement favorable. Notons qu’au Luxembourg, souvent qualifié inconsciemment de « paradis fiscal », la proposition emporte 73% d’opinions favorables.

Les deux principales raisons avancées en soutien de l’instauration d’une TTF sont la lutte contre les excès de la spéculation et la participation à la prévention de futures crises, et la volonté de faire contribuer les acteurs financiers au coût de la crise.

Les opposants à la TTF eux, sont équitablement partagés entre quatre raisons : l’affaiblissement de la compétitivité du marché européen, le refus d’une TTF à l’échelle européenne si elle n’est pas mise en place à l’échelle mondiale, la crainte d’une fuite des capitaux hors d’Europe et, enfin, le fait qu’une TTF européenne ne ferait contribuer que les acteurs financiers européens au coût de la crise.

Enfin, s’agissant des Eurobonds (obligations européennes), seuls 50% des sondés en ont entendu parler, dont seulement 15% savent ce que c’est. Hors de la zone euro, la proportion de personnes n’ayant jamais entendu parler d’Eurobonds atteint même les 57%.

Ceux qui connaissent le moins ce sujet sont les Danois, les Roumains, les Portugais, les Français (c’est surprenant, considérant l’importance accordée par François Hollande à cette proposition pour relancer la croissance…) et les Lettons. A l’inverse, les mieux informés sont les Grecs (81% ont entendu parler des Eurobonds !), les Allemands, les Tchèques et les Irlandais.

Parmi les ressortissants d’Etats membres de la zone euro et qui ont déjà entendu parler des Eurobonds, les opinions sur l’opportunité de les introduire sont très partagées : 44% y sont favorables (dont 10% « tout à fait »), 25% y sont opposés et 31% n’ont pas d’opinion !

Plus d’intégration ?

En outre, les Européens sont très largement favorables à des mesures coordonnées au niveau de l’UE (55%, contre 38% pour des mesures nationales). Il convient toutefois de nuancer ces chiffres en distinguant entre Etats membres et non membres de la zone euro. Parmi les premiers, l’écart atteint 29 points (61% v. 32%), alors que parmi les seconds, les mesures individuelles sont préférées aux mesures coordonnées (48% v. 43%) ! Cette constatation pourrait renforcer le concept d’une « Europe à deux vitesses », où seuls les pays de la zone euro iraient, pour l’instant, vers davantage d’intégration.

Sans surprise, ce sont les Britanniques qui sont les plus hostiles à la coordination à l’échelle européenne, suivis des Tchèques, des Autrichiens, des Lettons et des Chypriotes.

A l’inverse, les Finnois, Maltais, Allemands, Danois et citoyens du Benelux y sont les plus favorables.

L’on note également que les citoyens des pays les plus touchés par la crise sont plutôt favorables à des solutions européennes.

S’agissant de la convergence des politiques budgétaires et de la concertation préalable entre institutions européennes et institutions politiques nationales, l’idée recueille un large assentiment parmi les sondés (65% y sont favorables, dont 20% « tout à fait », contre 21% opposés, dont 7% « tout à fait »).

Là aussi, l’on observe des différences importantes entre membres et non membres de la zone euro : 70% favorables dans la zone euro, contre seulement 56% hors de cette zone. Les plus hostiles sont le Royaume-Uni, l’Irlande et la Lettonie. Cependant, même dans ces pays, le solde reste positif en faveur d’une plus grande convergence ; l’on y note aussi un nombre important d’absences de choix.

Par ailleurs, par rapport à septembre 2011, cette proposition enregistre une forte baisse de consentements chez les Néerlandais, les Slovènes, les Roumains et les Chypriotes, alors que les Maltais et les Belges sont davantage convaincus qu’auparavant.

En ce qui concerne des règles communes, les Européens plébiscitent le fait que les aides financières accordées aux Etats en difficulté soient conditionnées au respect de règles fixées en commun (80% favorables, dont 34% tout à fait favorables), ainsi que l’application automatique de sanctions financières progressives pour les Etats qui ne respecteraient pas les règles communes en matière de dette et de déficits (72% favorables, dont 31% tout à fait). Dans les deux cas, on constate que l’adhésion à ces propositions est plus forte dans les Etats de la zone euro que dans ceux qui n’en sont pas membres (10 points de différence, en ce qui concerne les opinions favorables).

Au sujet de la mise en commun d’une partie de la dette des Etats membres, les Européens la voient comme un possible dispositif pour surmonter la crise, tout en étant, pour une part significative, conscients que ce n’est pas une solution miracle et qu’elle présente des risques.

Plus précisément, 64% (dont 21%, « tout à fait d’accord » ; 27% ne sont « pas d’accord ») estiment que cette mesure serait nécessaire au nom de la solidarité entre Etats membres et 61% (dont 17% « tout à fait d’accord » ; 27% ne sont « pas d’accord ») jugent qu’elle renforcerait la stabilité financière des Etats.

Cette mesure est également perçue comme bénéficiant surtout aux Etats membres les plus en difficulté (66%, dont 27% « tout à fait d’accord » ; 25% ne sont « pas d’accord ») et risquant de pénaliser les Etats qui ne sont pas en difficulté (61%, dont 26% « tout à fait d’accord » ; 30% ne sont « pas d’accord »).

Enfin, 57% (dont 16% « tout à fait d’accord » ; ne sont 30% « pas d’accord ») considèrent que cette mesure permettrait de réduire le coût de la crise.

Faut-il créer une agence de notation de crédit (rating) européenne ?

61% des sondés ont déjà entendu parler des agences de rating, dont 32% savent véritablement de quoi il s’agit. Le nombre de personnes bien informées est similaire dans et hors la zone euro.

67% des personnes ayant déjà entendu parler des agences de rating estiment que celles-ci ont joué un rôle important dans le développement de la crise financière.

Pour autant, une proportion presque identique (62%) juge que les informations qu’elles fournissent sont utiles aux différents acteurs économiques pour appuyer leurs décisions financières.

L’opinion sur leur rôle est donc ambiguë. Par ailleurs, dans les réponses à la première question, l’on note un contraste important : en effet, 70% des sondés de la zone euro affirment que les agences de rating ont joué un rôle significatif dans le développement de la crise financière, contre seulement 58% des sondés hors de la zone euro.

Toujours dans le même échantillon, 54% des sondés estiment qu’en situation de crise profonde, les agences de rating ne devraient pas noter les Etats membres de l’UE aidés financièrement par d’autres Etats membres. Là aussi, la mesure rencontre une adhésion plus importante dans la zone euro (58%) qu’en dehors (45%).

L’on observe aussi que les citoyens des pays les plus touchés par la crise sont les plus favorables à cette idée : les Grecs (76%), les Chypriotes (74%) et les Portugais (66%). Les Espagnols et les Italiens soutiennent également cette idée à une majorité des deux tiers. A l’inverse, dans seulement trois pays, les opposants à cette idée sont majoritaires : il s’agit du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède.

Enfin, à la question de savoir si une agence de rating européenne indépendante permettrait de contrebalancer le pouvoir des agences existantes, 67% des personnes ayant déjà entendu parler de ces agences adhèrent à cette idée , contre 17% « pas d’accord » et 16% sans opinion. La majorité est toutefois nettement moins marquée hors de la zone euro : 56%, contre 72% dans la zone euro.

Conclusion : les Européens soutiennent une réponse européenne à la crise

Malgré la percée des extrêmes dans plusieurs scrutins nationaux, malgré la morosité ambiante, malgré les discours eurosceptiques, les Européens continuent de croire en l’intégration européenne et en son rôle essentiel pour sortir de la crise.

Bien sûr, des différences importantes demeurent entre les Etats membres, notamment entre ceux de la zone euro et ceux qui n’en font pas partie . Mais il ne faut pas oublier qu’il existe des différences notables entre les économies des Etats membres, ce qui explique des sensibilités diverses. Ainsi, la dette publique est de 82,5% du PIB en moyenne dans l’UE,  mais s’étale de 6% du PIB en Estonie à 165,3% du PIB en Grèce. Des écarts significatifs s’observent également au niveau des taux de chômage.

Il reste donc à espérer que nos dirigeants expriment une confiance en l’Union Européenne similaire à celle des peuples et adoptent des décisions qui seraient autant de pas décisifs en direction d’une intégration approfondie.

Prochain article, demain : « Eurobonds, Eurobills, Project bonds : des remèdes miracles ? »

Pierre-Antoine KLETHI

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