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A la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne… ou pas !

Une surprise. Une véritable surprise.

Alors qu’on s’attendait à un échec (plutôt un semi-échec), le Conseil européen de Bruxelles a finalement accouché d’un accord, arraché à l’Allemagne.
L’Espagne et l’Italie, malmenées par la crise, ont en effet obtenu plusieurs garanties quant à leur situation financière respective et notamment une recapitalisation directe de leurs banques sans passer par le futur Mécanisme européen de Stabilité, tordant le bras à Angela Merkel qui faisait de l’intégration budgétaire un préalable à toute solidarité financière entre les Etats-membres (et tout particulièrement ceux de la zone Euro)

Le Conseil européen a donc ouvert la voie à une union bancaire dont les contours doivent être précisés et affinés par Herman Van Rompuy, le président de l’institution et par la Commission. Toujours est-il qu’il s’agit là d’une véritable surprise dans la mesure où aucun signe avant-coureur ne laissait présager une telle issue tant l’Allemagne semblait camper sur ses positions comme le rappelle si justement Jean Quatremer, correspondant permanent pour le journal Libération.

Il faut dire que la position allemande, intransigeante et inflexible, avait fini par en désespérer plus d’un et surtout exaspérer ses partenaires, inquiets pour leur économies nationales et l’avenir de la zone Euro. Pour la chef du gouvernement allemand, la marche vers le fédéralisme, somme toute indispensable, ne pouvait se faire sans instaurer une discipline de fer entre Etats-membres, ce qui supposait l’austérité tous azimuts.

Un positionnement mis en cause par l’Italie et l’Espagne mais également par la France même si l’intérêt était également politique notamment pour François Hollande. Pour le Président français, nouvellement élu et pour qui c’était son premier Conseil européen, l’enjeu était simple, montrer qu’il pouvait fléchir non seulement la position d’Angela Merkel mais aussi qu’il avait suffisamment d’autorité pour imposer ses vues, lui qui avait souvent déclaré durant la campagne présidentielle qu’il ne signerait le pacte budgétaire âprement négocié que si un volet consacré à la croissance avec des engagements précis était inclus. La mise en place du pacte de croissance d’un montant de 120 milliards d’euros, concédé par l’Allemagne, a, à cet égard, une traduction politique importante dans la mesure où François Hollande peut se targuer d’avoir fait plier Angela Merkel, ce qui expliquait sa relative satisfaction à l’issue du Conseil, vendredi matin. 

Longtemps considéré comme le sommet de la dernière chance, le Conseil européen a au moins eu un mérite : celui du réalisme affiché par les dirigeants italien et espagnol et imposé à l’Allemagne. Déjà aux prises avec la crise grecque, Angela Merkel ne peut se permettre d’ouvrir un second front avec deux autres pays méditerranéens et voir sa popularité, déjà mise à mal, davantage plombée. La chancelière l’a bien compris : si elle veut imposer ses vues et voir son leadership conforté, elle est contrainte de lâcher du lest et de faire des concessions afin de paraitre comme un accélérateur et non un frein à la construction européenne.

Dès lors, l’Allemagne ne gagne pas toujours à la fin, ce qui ne veut pas dire qu’elle ait complètement perdu la main comme l’ont montré le débat sur les euro-obligations que rejette toujours Angela Merkel (ce qui ne l’empêche d’adopter un schéma similaire dans son propre pays, cependant). Si l’Allemagne veut devenir le cœur politique de l’Union et de la construction européenne, elle doit apprendre de mettre de l’eau dans son vin pour mieux imposer ses vues.

 

       

At the end, Germany always wins… or not!

It’s a surprise, a big surprise!

The latest European Council of Brussels finally reached an agreement, snatched from Germany, while a failure (or a semi-failure) was expected.
Spain and Italy, who are given a rough ride by the crisis, obtained several guarantees regarding their respective financial situation and a direct recapitalization of their banks without going through the future European Mechanism Stability, despite the fact that Angela Merkel considered budgetary integration as a condition of any financial solidarity between Member States, especially within the euro area.

The European Council opened the way to a banking union in which the outlines must be detailed and refined by Herman Van Rompuy and the European Commission. Nonetheless, it is a genuine surprise insofar as no precursor announced such an outcome, as Germany maintained its positions, as Jean Quatremer, the correspondent of Libération in Brussels, reminded it.

The German point of view, intransigent and inflexible, was despairing and exasperating its partners, worried about their national economies and the future of the euro area. For the German head of Government, the necessary progress towards federalism was not feasible without implementing a strong discipline between Member-States, in other words, all-out austerity.

This policy was questioned by Italy and Spain and also by France even if there was also a political stake for François Hollande. For the new French President the issue was simple: showing that he could extend a pressure on Angela Merkel’s position and also that he had enough authority to impose his own views, after having declared during the election campaign that he would ratify the harshly negotiated fiscal compact only if a section on growth with clear propositions and commitments was included. The implementation of the growth compact (that foresees the spending of 120 millions euros to stimulate growth), conceded by Germany, is very important politically, insofar as François Hollande can proudly say he forced Angela Merkel to change her position. This explained his relative satisfaction after the Council.

Considered for a while as the « last chance » summit, the recent European Council deserves credit for at least one thing: the realism of the Italian and Spanish rulers, imposed to Germany. Already battling with the Greek crisis, Angela Merkel could not risk opening a second front with two other Mediterranean countries and seeing her popularity decreasing more and more. The Chancellor is clearly aware of that: if she wishes to impose her views and strengthen her leadership, she needs to make some concessions to appear as an accelerator and not as a brake to European integration.

So, Germany does not always win in the end, which does not mean it lost its entire grip, as shown by the debate on the Eurobonds, still rejected by Angela Merkel, even though she adopted a similar scheme in Germany. If Germany wants to become the political centre of the Union and the European integration, it must learn to compromise to better impose its views. »

Gilles Johnson  

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7 réflexions sur “A la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne… ou pas !

  1. Qui a écrit cet article ?

    Pourquoi faire croire que Merkel aurait perdu quoique ce soit ? Je rappelle simplement deux notions : Le cours terme, et le long terme.

    Angela Merkel avait pour but de modeler la politique budgétaire de toute l’Europe et ce, à long terme et de manière contrainte, et sans embuche (du genre, un président Français qui ne veut pas ratifier). Elle a réussi.

    L’Italie, l’Espagne et la France, ont su arracher des mesures de cours terme. Ils ont bien manoeuvré et doivent être respectés pour le coup de poker qu’ils ont joué au cours de la nuit. Néanmoins il faut relativiser tout cela.

    1) Les Projectbonds n’étaient plus en négociation, cela fait plusieurs semaines/mois que le trilogue (Conseil + Parlement + Commission) était tombé d’accord sur la phase pilote. Jusqu’ici donc rien de nouveau avec ce sommet, si ce n’est qu’on demande d’aller plus vite sur la phase pilote.

    2) Les fonds structurels : Je ne connais pas bien les positions de chaque Etats sur l’utilisation des fonds structurels, mais les 55 milliards d’euros ne sont donc pas nouveaux, en réalité, la négociation importante là dessus c’est « Que faire de cet argent ».

    3) La recapitalisation de la BEI : Une bonne mesure puisque la BEI pourra utiliser un certain levier et donc lever pas mal de fonds.

    4) Accès de l’Italie et de l’Espagne a des assistances permettant de réduire les taux.

    Mais il faut relativiser, tout ça est très bien, car cela muselle la situation telle qu’elle est aujourd’hui (du moins, ça tente de la museler). Mais ce n’est que du cours terme. Rien d’autre.

    L’Allemagne a gagné sur le long terme et dans des domaines bien plus importants que les 120 milliards qui font le buzz. Elle a gagné sur l’idéologie, sur la manière dont les Etats européens devront désormais gérer leurs budgets et les finances publiques. Sur la vision qu’elle a de l’économie et de la place de l’Etat dans celle-ci. Sur sa vision de la stabilité monétaire. Bref, sur tous les sujets majeurs.

    En fait, c’est exactement comme si l’Allemagne avait proposé à la France, l’Italie et l’Espagne de ne plus jamais prendre la voiture pour aller quelque part. Alors la France, l’Italie et l’Espagne ont dit « D’accord, mais uniquement si on a le droit de faire un tour en ferrari ! ». Alors l’Allemagne, consciente que ce n’est pas grand chose, que ça ne coute qu’1% du PIB européen, accèpte, les 3 font un tour en Ferrari, et accèptent de ne plus jamais prendre la voiture …

    Voilà ce que vous qualifiez de victoire 🙂

    Cordialement,

  2. Pour votre gouverne, c’est moi qui a rédigé l’article,

    Votre analyse est pertinente et je suis partiellement d’accord avec vous. L’Allemagne n’a pas si perdu mais sa concession somme toute symbolique est importante. Merkel avait mauvaise presse et ne pouvait se permettre de se mettre à dos les populations espagnoles et italiennes. De leur côté, Rajoy et Monti devaient montrer à leur opinion publique qu’ils pouvaient s’opposer à la cure tous azimut imposée par l’Allemagne et qu’ils pouvaient également montrer les crocs.

    Je ne pense pas que l’Allemagne ait cependant réussi à imposer ses vues sur la façon de gérer les finances publiques. Certes, elle a imposé davantage de responsabilité et imposé son modèle mais son refus de toute solidarité et d’engagements clairs sur la croissance montre que sa stratégie avait des limites. En clair, c’est plutôt un compromis qui a été trouvé à Bruxelles, ce qui est un évènement en soi !

    • Je vous ai followé sur Twitter pour vous embêter à chaque fois que je suis en désaccord 😉

      Et oui c’est un bon compromis qui a été trouvé, il est dommage de le transformer en match de boxe 😉

      Quoiqu’il en soit, je trouve malsain de parler de vainqueurs et de perdants. Mais si on en vient à le faire, alors il ne faut pas biaiser les cartes. Comme je l’ai dit, la majorité des instruments évoqués lors de ce conseil étaient déjà sur le point de l’être (les fonds structurels, les projects bonds, le cadre multinanuel etc). Tout était déjà dans les cartons. A la limite, le seul truc qui nous intéressait c’était « Que faire de ces fonds, qu’est-ce qu’on en fait, dans quelles régions de l’Europe etc ». Cette question sera tranchée plus ou moins facilement en ce qui concerne l’initiative des projects bonds puisqu’elle se limite à 3 domaines : Les transports, l’énergie et la communication.

      Pour le reste, PERSONNE ne sait où ça va aller, et personne ne s’étonne que cela ne fut pas discuté au sommet.

      Bref, tout cela pour dire que l’Allemagne va réussir le tour de force de faire voter au Parlement Français (et en congrès, s’il vous plait), à une majorité socialiste (« de gauche »), une proposition qui est tellement à rebours de leur fond idéologique que lorsque c’est Nicolas Sarkozy qui la proposaient, ils s’y sont violemment opposés. Magnifique. En termes de symbolique politique, ça faisait longtemps que l’Allemagne n’avait pas fait montre d’une telle domination.

      Je fais une petite allégorie pour rigoler encore : Imaginez que les socialistes Français n’aiment pas trop le chocolat, de toute part il y a des idéologues qui essaient de lui faire aimer le chocolat, et ils y arrivent notamment en 1983 un peu .. puis plus tard aussi. Il y a même des éléments internes qui promeuvent le chocolat par ci par là, mais rien à faire, les socialistes français dans leur ensemble n’aiment pas le chocolat, et pire, ils en jouent en incitant les autres à ne pas manger de chocolat !

      Un jour, l’Allemagne qui adore le chocolat et aimerait bien que tout le monde aime aussi car cela lui éviterait beaucoup de problèmes (notamment pour tous ceux à qui il faut payer de la vanille …). Et elle sait que ça sera difficile de le faire mais elle s’accroche, elle s’accroche tant et si bien que non seulement elle va convaincre le président de la France que le chocolat c’est bon, mais en plus les socialistes Français, qui jusqu’à il y a quelques semaines hurlaient contre le chocolat et le trouvaient proprement horrible, ont tous voté pour (au parlement européen) et seront appelé à voter pour que le chocolat devienne le seul aliment.

      Bien sur, il faut faire des compromis, alors l’Allemagne a accepté la dernière piqûre de vanille que leur demandait les socialistes Français (le pacte de croissance d’1%, dont 0.5% étaient déjà prévus ^^) et du coup, maintenant que la piqûre de vanille a été accordée, il va falloir que nos amis se résignent à accepter d’être condamné au chocolat.

      Ouaw, ma capacité à faire des allégories me plait !

      Bref, au plaisir de discuter avec vous sur ces sujets passionnants 🙂

      Cordialement,

  3. Pingback: A la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne… ou pas ! « actupol 3.0

  4. J’irai, une fois de plus, à rebours de la plupart de la presse (d’ailleurs, quand je vois la Une de Libération, samedi, « Hollande 1 – Merkel 0 », c’est risible…).

    L’Allemagne, contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, est prête à plus de solidarité, sous réserve d’une plus grande responsabilité. Elle est consciente qu’il faut aussi de la croissance, pour éviter que les difficultés de certains pays de la zone € empirent.
    Elle n’a donc pas (ou peu) dévié de sa ligne en acceptant ce « Pacte budgétaire » de 120 milliards d’euros, montant dont il était déjà question depuis des semaines et qui n’a pas été inventé par François Hollande. Les project bonds représentant quelques 5 des 120 milliards, ce n’est pas très significatif, comme mutualisation des dettes, mais ce sera un outil-test très intéressant, pour voir si ce concept fonctionne.

    Par ailleurs, Liior a raison de souligner, ci-dessus, qu’il faut se mettre d’accord sur quels projets financer… (c’est d’ailleurs ce que j’indiquais dans l’article sur les Eurobonds, Eurobills, etc., de la semaine dernière). Je pense toutefois qu’il appartient au Conseil, pas au Conseil Européen de trancher cela, ce qui peut expliquer que le sujet n’ait pas été développé.

    Là où l’Allemagne a fait une belle concession, c’est sur la possibilité que le MES rachète de la dette souveraine. En même temps, il faut être conscient que l’Italie (et, progressivement, l’Espagne) fait les réformes structurelles nécessaires. Il me paraît donc légitime de faire un geste envers les populations de ces pays, pour leur montrer que leurs sacrifices portent leurs fruits. Par ailleurs, il fallait impérativement que Mario Monti ramène un succès à la maison, afin d’avoir un nouvel élan et de maintenir la majorité actuelle qui le soutient.

    Quant à la possibilité d’aider directement les banques sans passer par les finances publiques, c’est un bon choix, pour rompre le cercle devenu vicieux entre difficultés bancaires et difficultés budgétaires nationales. Là encore, les Allemands étaient conscients du problème.

    Bref, globalement, l’Allemagne a fait des concessions nécessaires pour arranger la situation à court terme (car les plans à long terme ne règlent pas les problèmes immédiats), mais il est vital d’avoir une vision à long terme. Et là-dessus, la plupart des pays (au moins de la zone € et, peut-être – voire sans doute -, à part la France) sont d’accord pour aller vers une Europe plus fédérale, avec transferts de souveraineté à l’échelle européenne.

    En effet, et c’est ma conclusion, une solidarité sans responsabilité ne ferait que repousser la crise de quelques mois. Parce que si l’on entre en crise à l’échelle européenne (en cas de « mauvaise gestion » de la solidarité – MES, futurs eurobonds, budget européen), là, ce sera vraiment fini…
    Le Conseil Européen a un devoir de tracer les grandes lignes, de donner les grandes orientations : qu’il le fasse !

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