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Les intentions ambigües de David Cameron


Alors que les principaux leaders européens tombaient d’accord sur un compromis portant sur davantage de responsabilité, de solidarité et de croissance lors du dernier Conseil européen de Bruxelles, David Cameron a fait une déclaration pour le moins inaperçue mais tout aussi importante que les concessions faites par Angela Merkel.

Le Premier ministre britannique a en effet déclaré qu’il soutiendrait la tenue d’un référendum dans son pays portant sur la redéfinition des rapports entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, une manière assez subtile de ne pas froisser aussi bien l’aile eurosceptique que les Libéraux-Démocrates. Interrogé par le Sunday Telegraph, le leader conservateur a notamment déclaré que les mots « Europe » et « référendum » n’étaient pas antinomiques et qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un référendum pour ou contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union mais portant plutôt sur la position de son pays qu’il souhaite « différente, plus flexible et moins coûteuse » au sein de l’Union 

David Cameron rouvre donc un débat que l’on pensait clos, au risque de se montrer une nouvelle fois ambigu. Déjà en octobre 2011, certains députés conservateurs avaient déposé un amendement portant sur la tenue d’un référendum, amendement qui fut finalement rejeté mais qui avait jeté le trouble sur les intentions de Londres. Les récents écrits de David Cameron ajoutent encore un peu plus de confusion quant à la volonté réelle de la Grande-Bretagne. 

De fait, l’idée du référendum cache assez mal une certaine frustration de la part de David Cameron – et du parti conservateur d’une manière plus large – vis-à-vis d’une construction européenne qu’il n’influence plus et surtout n’est pas conforme avec l’idée qu’il se fait de l’Union européenne, à savoir un espace devant privilégier le libre-échange et donc écarter toute entreprise fédérale ou fédéraliste. A plusieurs reprises, David Cameron avait tenté de peser sur la construction européenne notamment dès 2009 où les députés conservateurs britanniques avaient quitté le Parti populaire européen (jugé comme trop fédéraliste) pour créer un groupe eurosceptique au sein du Parlement européen. Un groupe – l’ECR, littéralement, « Européens, Conservateurs and Réformistes » – dans lequel on trouve notamment la droite traditionnaliste polonaise et qui n’a jamais véritablement pesé au sein de l’hémicycle européen, à la grande insatisfaction du patron des Tories qui n’a jamais réussi à jouer les trouble-fêtes 

Il en est de même au sein du Conseil européen où le chef du gouvernement britannique n’a trouvé aucune marge de manœuvre et surtout d’alliés pour imposer ses vues, renforçant ainsi la perte d’influence de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne comme le montre le pacte budgétaire rejeté par Londres (et donc non signé) car considéré comme portant atteinte à la souveraineté du royaume. 

David Cameron le sait et l’a même écrit, son pays n’a aucun intérêt à quitter l’Union européenne même si le Traité de Lisbonne lui donne largement cette possibilité, d’autant plus qu’il doit composer avec des alliés libéraux-démocrates farouchement pro-européens à l’image du vice-premier ministre, Nicholas Clegg, diplômé du prestigieux Collège d’Europe, il y a une vingtaine d’années. Qui plus est, la Grande-Bretagne s’est finalement toujours arrangée pour obtenir d’importantes clauses dérogatoires (les opt-out) permettant à l’Union européenne de poursuivre son intégration et sa politique sans réelles encombres. De fait, les récents propos de David Cameron n’ont pour effet que de donner des gages à une opinion publique britannique historiquement et résolument eurosceptique et qui s’interroge sur ce nouveau saut fédéral. Une manière surtout pour le premier ministre britannique de faire un coup d’éclat d’autant qu’un tel référendum – portant pour rappel sur une redéfinition de la relation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne – ne mange pas tellement de pain, sans compter que David Cameron n’est absolument pas résolu à claquer la porte, ne serait-ce pour des considérations d’ordre économique, commerciale et même géopolitique.

 

The ambiguous intentions of David Cameron

 While the main European leaders reached a compromise about more responsibility, solidarity and growth during the latest European Council in Brussels, David Cameron made a unnoticed speech as important as the concessions made by Angela Merkel.

The British Prime minister declared he would back a referendum on the redefinition of the UK-EU relationships, a subtle way not to hurt the euro-sceptical wing as well as the Liberal-Democrats. In the Sunday Telegraph, the Conservative Leader mainly wrote “Europe” and “referendum” “can go together” and it was not in any case a referendum in or out the Union but rather on the current position of his country he wishes “different, more flexible and less onerous” within the Union.

David Cameron is opening again a debate that was thought to be closed, risking being ambiguous once again. In October 2011, some Tories MPs put an amendment proposing a referendum, but was finally rejected and stirred up trouble on the London’s intentions. David Cameron’s recent writings add more confusion on Britain’s true will.

In fact, the idea of a referendum shows a certain frustration of David Cameron – and the Tories more widely – vis-à-vis a European integration he does not influence anymore and not in accordance with his conception of the EU: a space dedicated to free-trade and without any federal or federalist initiative. David Cameron tried several times to influence the European integration since 2009, when the British Conservative MEPs left the European People’s Party (considered as too federalist) to create a euro-sceptic group within the European Parliament. This group, named ECR (« European Conservative and Reformists ») and to which belongs also the Polish traditionalist Right, did never really weigh within the European hemicycle, which did not please the Tories’ leader who never managed to act as a trouble-maker.

The situation is the same in the European Council, where the British PM never found latitude, nor allies, to impose his views, intensifying the loss of influence of Great Britain within the EU. This was shown, for example, by London’s rejection of the fiscal compact, because it questions the country’s sovereignty.
David Cameron knows and even wrote it: “leaving [the EU] would not be in our country’s best interests” even if the Lisbon Treaty allows it. He must take into account his lib-dem allies fiercely pro-Europeans like their leader, Nicholas Clegg, deputy PM, who graduated from the College d’Europe about twenty years ago. Furthermore, Great-Britain always managed to obtain important opt-out clauses, allowing the European Union to follow her integration without too many troubles. In fact, David Cameron’s recent statements just give some guarantees to a British opinion that remains resolutely and historically euro-sceptic and that is questioning the new federal step. This is a way for the British leader to make a grand gesture, knowing that such a referendum wouldn’t carry many costs and that David Cameron is really not determined to slam the door because of economic, commercial and even geopolitical considerations. »

 Gilles Johnson 

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5 réflexions sur “Les intentions ambigües de David Cameron

  1. J’aime bien l’article ! J’ai lu le français et l’anglais. J’adore ! C’est trop bien que vous avez les deux langages ! Mais de temps en temps l’anglais n’a pas de bons sens et ce n’est pas compréhensible. Pour vous aider ;

    a subtle way to not hurt as the euro-sceptical wing as the Liberal-Democrats –> in such a subtle way as not to strain relations with the Eurosceptics NOR the Lib Dems (les Lib Dems ne sont pas eurosceptiques, au contraire, en anglais as=comme)

    the Conservative Leader mainly wrote “Europe” and “referendum” “can go together” and it was not in any case a referendum in or out the Union –> “Europe” and “referendum” are not polar opposites (pas antinomiques), and that it wasn’t a question of a referendum FOR or AGAINST keeping the UK in the EU.

    David Cameron is opening a debate again it was closed -> DC is REopening a debate which was thought to be closed.

    He must take into account his lib-dem allies fiercely pro-Europeans as their leader, Nicholas Clegg, deputy PM and College of Europe graduated, about twenty years ago -> he has to contend with the fiercely Pro-European Lib Dems, whose leader Nick Clegg (c’est toujours Nick, pas Nicholas), the Deputy PM, graduated from the College of Europe around 20 years ago.

    J’espère que ça vous aide. De toute façon ton anglais est meilleur que mon français !
    x

  2. Il est certain que David Cameron joue à l’équilibriste, la question de l’UE agitant son parti et la coalition.
    Mais le Royaume-Uni s’est historiquement toujours intéressé de très près à ce qui se passe sur le continent, et sortir de l’UE équivaudrait à ne plus rien peser.

    A part ça, au passage, je me faisais la réflexion amusante (ou non) qu’au Royaume-Uni, les eurosceptiques reprochent à l’UE d’instaurer trop de règles, trop de contraintes, alors qu’en France, les eurosceptiques reprochent exactement l’inverse…

  3. Merci Pierre-Antoine d’avoir mis en ligne la version corrigée de mon texte traduit en anglais ! Il ne faut pas m’en vouloir, l’anglais n’est pas langue maternelle mais I do my best comme on dit pour le rendre le texte compréhensible tout en étant fidèle à la version orginale

    Sinon, je suis entièrement d’accord avec ton précédent commentaire Pierre-Antoine donc rien à ajouter ! 😉

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