États/États-membres/Euroscepticisme/Le Citoyen

Le poids politique inquiétant de l’extrême droite en Europe

Les élections présidentielles Françaises au printemps 2012 ont vu une ascension historique de l’extrême droite eurosceptique. La candidate du Front National Marine Le Pen a obtenu 17,9% des suffrages, soit un record pour le parti d’extrême droite, qui avait obtenu 16,86% des suffrages en 2002. Ce vote protestataire, venu de gauche comme de droite, reflète-t-il une exception française ou représente-t-il une contestation plus générale, qui toucherait nos voisins européens ?

Si la France a pu être considérée comme une exception en Europe lorsqu’au début des années 1980 le parti du Front National a connu sa percée électorale, aujourd’hui la montée inquiétante de l’extrême droite est une tendance qui s’inscrit dans un contexte européen. Ces dix dernières années, de nombreux pays de l’Union Européenne ont vu le poids politique des partis populistes, xénophobes voire néo-fascistes s’accroître de façon alarmante (particulièrement pour l’avenir de l’Europe). Si l’extrême droite européenne était encore marginale jusqu’aux années 2000, elle constitue à présent un acteur de poids avec lequel il faut compter.

Qu’en est-il du poids politique des forces d’extrême droite en Europe ? Les fervents défenseurs de l’Europe ont-il raison de redouter ces poussées populistes qui gênent le développement paisible de l’Union Européenne ?

L’Autriche a initié le mouvement lorsque le Parti autrichien de la liberté (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ), parti de droite nationaliste, populiste, aux tendances racistes marqua le retour fulgurant de l’extrême droite en Autriche en recueillant un score de 18% lors des législatives de 2008, ce qui suscita l’inquiétude auprès des autres dirigeants européens. Au jour d’aujourd’hui, au parlement autrichien, le FPÖ occupe 34 des 183 sièges avec 17,5 %. Sa force est largement confortée par le BZÖ (Bündnis Zukunft Österreich), issu d’une scission de FPÖ, qui dispose de 21 sièges et qui défend les mêmes thèses populistes, eurosceptiques et islamophobes.

Mais ce vent d’extrême droite ne semble pas avoir de frontières, et la Hongrie suit le modèle de son voisin. Lors des législatives hongroises de 2010, le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik), jeune parti d’extrême droite créé en 2003, qui dispose d’un mouvement milicien et paramilitaire – la Garde hongroise – a emporté 16,67% des voix, soit 47 sièges à l’Assemblée nationale. Le Jobbik est maintenant en position pour faire entendre sa voix face au parti majoritaire le FIDESZ (droite). Globalement nationaliste, fervent défenseur de l’identité nationale hongroise et défavorable à la construction européenne et à l’immigration, le Jobbik, qui se réfère parfois aux symboles nazis des années 1930, a de quoi inquiéter. Sa position de force est alarmante pour de nombreux dirigeants européens, qui s’affolent de voir ses actes de provocation – comme brûler des drapeaux européens – appréciés par tous les extrémistes de droite.  

Au Pays-Bas, c’est le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV), l’extrême droite néerlandaise eurosceptique et islamophobe du leader Geert Wilders, qui connaît une ascension à la fois fulgurante et préoccupante. Fondé en 2006, il obtient 16,9% des suffrages lors des élections européennes de 2009, devenant ainsi la seconde force politique du pays. Les élections législatives anticipées de juin 2010 ont permis au parti de passer de 9 à 24 des 150 sièges. Mais en retirant son soutien à la seconde chambre, le parti a mis fin à la coalition entre les libéraux (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD) et les chrétiens démocrates (Christen Democratisch Appèl, CDA), provoquant ainsi la chute du gouvernement néerlandais. Etait en cause : l’Europe.

La Finlande suit-elle le mouvement ?

Aux élections législatives d’avril 2011, le parti des Vrais Finlandais (Perussuomalaiset en finlandais), parti populiste, eurosceptique et d’extrême droite finlandais, a remporté 19% des suffrages, accédant ainsi à la position de troisième force politique du pays avec 39 des 200 sièges au Parlement. Ce score inattendu a suscité à son tour la surprise et la peur auprès des dirigeants européens, puisque ce parti se réclame d’un nationalisme sans faille et d’un anti-européisme profond, dans un pays où la culture européenne est on ne peut plus ancrée. Avec le score relativement bas que le parti a obtenu à l’élection présidentielle de janvier 2012 (3,43% des suffrages), l’Union Européenne peut peut-être désamorcer l’alarme en ce qui concerne la Finlande.

La Suède, jusqu’à maintenant épargnée d’une ascension de l’extrême droite, n’est malheureusement pas en reste. Avec les élections générales de septembre 2010, où il y a obtenu 20 des 348 mandats, le parti d’extrême droite fondamentalement anti-immigration, les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna/SD) sont pour la première fois de son histoire présents au Riksdag (parlement suédois).

 Au Danemark, la force d’extrême droite née en 1995 représentée par le Parti du Peuple (Dansk Folkeparti, DF), a recueilli 12,3% des voix aux législatives de 2011. Bien qu’elle n’ait plus d’influence directe sur la politique menée au Danemark, elle fait cependant entendre sa voix. Le parti a par exemple rétabli temporairement des contrôles du Danemark en juillet 2011, entravant directement les mesures prises au niveau européen. Tout comme les autres partis d’extrême droite des pays scandinaves, ce parti inquiète, puisqu’il prône une politique anti-immigration et hostile à l’islam.

Comme au Danemark, le parti d’extrême droite belge, Vlaams Belang est en recul et n’a obtenu que douze des 150 sièges à la Chambre des représentants. Ce parti flamand est cependant pris au sérieux par les des gouvernants européens, puisqu’il met en danger l’Europe en défendant des idées nationalistes, anti-immigration et séparatistes.

Ce vent d’extrême droite qui traverse pratiquement toute l’Europe n’épargne pas nos voisins suisses. Depuis les élections de décembre 2011, l’Union démocratique du centre (UDC/Schweizerische Volkspartei), dirigée par Toni Brunner, constitue le premier groupe parlementaire au Conseil national (parlement) avec 54 des 200 sièges. Bien que non membre de l’Union Européenne, l’omniprésence d’un parti extrémiste dans un pays géographiquement au centre de l’UE a de quoi inquiéter ses voisins, puisque ce parti populiste et xénophobe ne cesse de faire parler de lui, notamment par des campagnes publicitaires provocatrices, qui peuvent attiser la haine et la violence au cœur de l’Europe.

Dans une moindre mesure, d’autres pays européens sont touchés par cette tendance à l’extrémisme droitiste. Aux élections législatives de 2009, en Bulgarie, l’Union nationale Attaque (Ataka), créée en 2005, a recueilli 9,4 des suffrages. Ce parti qui se réclame d’une « organisation patriotique et nationaliste », pourrait représenter un danger pour l’avenir de l’Europe s’il continue à monter en puissance.

L’Italie suit la tendance, puisque la Ligue du Nord, née au début des années 90, a participé aux coalitions de Silvio Berlusconi et a obtenu 8,3% des voix au législatives de 2008. Petit résultat, mais qui représente cependant le double de son score de 2006, lui permettant ainsi de se constituer en troisième force du pays et d’obtenir des postes gouvernementaux à côté du soutien de l’autre parti d’extrême droite, l’Alternative sociale d’Alessandra Mussolini, petite fille d’un certain Benito du même nom.


Mais qu’a-t-on à craindre de ces partis d’extrême droite ? Comment expliquer leur montée en puissance fulgurante ? Représentent-ils une menace directe pour l’avenir et la pérennité de l’Europe ? Sont-ils assez puissants pour contrôler les gouvernements nationaux et gêner le développement de l’intégration européenne ?

C’est un sentiment de menace et d’abandon, ressenti par les populations de façon lancinante et largement aggravé par la crise, qui se retrouve dans le vote d’extrême droite dans beaucoup de pays européens aujourd’hui.

Plus encore que ce sentiment de menace et d’abandon, c’est l’ignorance et la peur qui permettent à ces idées d’éclore : peur de l’inconnu, peur de l’autre, peur du changement, peur d’un monde qui évolue trop vite et dans lequel les populations ne se reconnaissent plus… Les partis populistes exploitent et se nourrissent de ces sentiments pour remplacer les équipes gouvernantes actuellement au pouvoir et imposer leurs idéologies. Ils ont comme objectif ultime de renverser le système politique actuel, tant au niveau national qu’européen.

Cette ascension pourrait s’avérer, à terme, dangereuse pour l’avenir de l’Europe, puisque la gouvernance européenne est devenue le bouc émissaire de ces partis, qui voit en l’Union Européenne la cause suprême des maux des peuples.

Les discours de ces partis d’extrême droite s’accordent pour accuser les institutions européennes et leur mauvaise régulation de la mondialisation, à laquelle sont associés la délocalisation des industries et le chômage qui en découle. Mais bien plus que la crise économique, ces mouvements politiques dénoncent sans complexe l’immigration extracommunautaire – particulièrement musulmane – considérée comme une menace directe pour la prospérité économique, l’identité nationale et les valeurs de la Nation et permise par l’ouverture des frontières de l’Union Européenne.

L’expansion actuelle des idées populistes, xénophobes, nationalistes et anti-européistes peuvent représenter un danger pour l’Union Européenne, puisque, à force d’être exprimés par des élites, ils finissent par s’ancrer dans la société et devenir une norme sociale et morale.

De même, ces idées alimentent la peur et conduisent à considérer l’étranger comme un bouc émissaire désigné comme responsable de tous les malheurs et qu’il faudrait géographiquement éliminer, par une fermeture des frontières, voire des expulsions… idées qui se rapprochent étrangement d’un racisme latent qui a détruit des populations entières au cours de notre Histoire – pas si lointaine…

Cette xénophobie affichée, en durcissant les partis extrémistes, est un frein explicite à l’Europe, puisque qu’il tend à séparer et opposer les peuples, projet fondamentalement contraire à l’essence même de l’Union Européenne.

L’Union Européenne a été créée et mise en place précisément pour mettre fin aux antagonismes chroniques et aux querelles latentes des peuples européens, en les unifiant dans un ensemble communautaire pacifié. Mais l’ascension actuelle de la xénophobie en Europe tend à remettre dangereusement en cause ses fondements humanistes et son ambition de créer un continent pacifié.

Ces mouvements peuvent également gêner le bon déroulement du travail de la Commission, en provoquant un bras de fer avec l’institution, comme cela a été le cas en Angleterre, en France, en République Tchèque, en Pologne ou en Italie. L’Union Européenne est également affaiblie par ces mouvements nationaux lorsqu’ils bloquent le processus d’intégration en encourageant le « non » au référendum (sur le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe, en France et aux Pays-Bas, deux pays pourtant fondateurs).

A force de faire de l’Union européenne l’adversaire favori qu’il faut gêner dans son développement prospère, on a pu voir un repli sur l’Etat-nation plutôt qu’une intégration européenne plus poussée encore.

En tant que fervents défenseurs et promoteurs de l’Union Européenne, nous avons le devoir de lutter contre ces mouvements extrémistes qui pourraient, à terme, amoindrir et fragiliser l’Europe.

Il nous faut analyser concrètement les ressorts du vote national-populiste, et démonter les thèses simplifiées et simplistes de ces partis extrémistes qui utilisent la peur et les difficultés quotidiennes des peuples pour gagner en crédibilité et en puissance.

Afin de rétablir les faits et la vérité, de façon plus juste et moins partiale, nous nous devons également de nous mobiliser par des campagnes de sensibilisation, des conférences, des rencontres.

Enfin, nous devons maintenir notre foi en l’Europe, persévérer dans notre soutien à l’Union, et ne pas oublier que l’extrême droite – bien que dangereusement grandissante – ne touche pas tous les pays d’Europe et n’a pas une majorité de citoyens derrière elle.

 

Floriane RICHTER

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s