Économie et Finances

Pourquoi la stabilité des prix est-elle un objectif important ?

I/ Comment est mesurée l’inflation ?

L’inflation est la hausse moyenne généralisée des prix des biens et services, c’est-à-dire qu’en moyenne, l’augmentation des prix de certains produits est plus importante que la baisse des prix d’autres produits. L’inflation est généralement mesurée sur des périodes de 12 mois.

Il existe deux principales méthodes de mesure de l’inflation : le déflateur du PIB et l’indice des prix à la consommation (IPC).

C’est cette dernière méthode qui est couramment utilisée par les instituts de statistique. Comment fonctionne-t-elle ? 

Tout d’abord, un panier de biens et services (« panier de la ménagère ») est défini. Il est représentatif de la consommation moyenne d’une population. De cette manière, on tient compte du fait que certains produits sont nettement plus consommés que d’autres, et aussi du fait que certains produits sont plus chers que d’autres. Ainsi, l’on traitera différemment l’évolution du prix du pain et l’évolution du prix des voitures, par exemple. 

Ensuite, on mesure le prix de ce panier à divers moments : généralement, chaque mois, afin de pouvoir produire des statistiques mensuelles.

On peut ainsi calculer l’inflation d’une année à l’autre par la formule suivante :

 (Prix durant l’année N – Prix en l’année N-1) / Prix en l’année N-1.

Exemple : mon « panier de la ménagère » coûte 100 € en 2011. En 2012, les nouvelles mesures indiquent qu’il coûte 105 €. L’inflation est donc de (105-100)/100 = 5%.

 

II/ Les coûts de l’inflation

L’inflation a divers coûts pour l’économie et la société.

Tout d’abord, elle mène à une redistribution de la richesse au détriment des personnes ayant des revenus non-indexés sur l’inflation (par exemple des épargnants et certains prêteurs) et au profit de ceux qui ont des dettes non indexées sur l’inflation.

En effet : Taux d’intérêt réel = Taux d’intérêt nominal – Taux d’inflation.

Ceci dit, la plupart des revenus sont aujourd’hui indexés, d’une manière ou d’une autre, sur l’inflation.

Par ailleurs, l’augmentation des prix domestiques diminue la compétitivité des produits domestiques par rapport aux produits étrangers. Cela conduit souvent à une baisse des exportations, ce qui déséquilibre la balance commerciale nationale.

De plus, l’inflation brouille les signaux de prix. En effet, en principe, le prix d’un produit ne devrait augmenter que si la demande pour ce produit augmente tandis que l’offre n’arrive pas à se développer dans les mêmes proportions.

En outre, l’inflation peut mener à un cercle vicieux. En effet, si les personnes anticipent une hausse de l’inflation, elles vont demander des hausses des salaires nominaux pour éviter une diminution de leur pouvoir d’achat. Suite à cela, les entreprises vont effectivement augmenter les prix, afin d’éviter une diminution de leurs marges. Donc l’inflation anticipée se réalise, ce qui conforte les personnes à demander des hausses de salaire, qui mènent à des hausses de prix, etc.

Enfin, l’on peut mentionner le fait que si les prix changent trop souvent, les coûts matériels (par exemple, changer les étiquettes) augmentent.

L’IPC a toutefois certaines limites :

–          C’est une moyenne. Il ne tient donc pas compte des inégalités (de revenus, de santé, etc.) entre consommateurs.

–          En raison de la stabilité du « panier de la ménagère » durant une longue période, il ne tient pas compte de l’effet de substitution. Si un produit devient trop cher, les consommateurs tendront à chercher un substitut, moins cher. L’IPC tendrait donc à surestimer l’inflation.

III/ Pourquoi de nombreuses personnes ont-elles l’impression que l’inflation est plus élevée qu’elle ne l’est réellement ?

L’une des raisons pour cela est que nous consommons beaucoup plus souvent des produits dont le prix a augmenté (par exemple, l’alimentation et les sources d’énergie) que des produits dont le prix a diminué (notamment les biens de haute technologie). Cependant, comme ces derniers demeurent beaucoup plus chers, ils conservent un poids non négligeable dans le « panier de la ménagère » et contribuent à modérer le taux d’inflation qui, je le rappelle, est une moyenne. 

Par ailleurs, nous portons davantage attention à une hausse des prix qu’à une hausse de la qualité. Ainsi, si la qualité d’un produit s’améliore et que son prix demeure identique, le consommateur y gagne, mais il ne s’en rend pas vraiment compte…

De plus, tout dépend des habitudes individuelles de consommation. Les fumeurs, par exemple, percevront fortement la hausse du prix des cigarettes, tandis que les non-fumeurs ne sont absolument pas concernés.

Par ailleurs, aujourd’hui, la mode est à l’acquisition de multiples biens high-tech (téléphones mobiles, télévisions à écran plat, ordinateurs, …) qui ont un prix élevé par rapport aux produits à la mode il y a 20 ou 30 ans.

Enfin, alors que la plupart des indices mesurent l’inflation annuelle (sur 12 mois), beaucoup de personnes (notamment plus âgées) ont tendance à comparer aux prix d’il y a 10-15 ans.

La réalité est la suivante : en France, le pouvoir d’achat augmentait de 5,7%, en moyenne, chaque année entre 1960 et 1974 ; depuis, l’augmentation moyenne annuelle est de 2,1%.

Sachez également que l’euro ne porte aucune responsabilité dans une éventuelle inflation cachée, car il n’est pas possible de cacher l’augmentation des prix aux statisticiens (sauf à facturer des prix différents de ceux affichés en magasin…).

IV/ Quelques chiffres…

Comme nous ne parvenons pas à insérer le tableau sur le blog, cliquez icipour trouver les chiffres de mai 2012 (p.2 du document) fournis par Eurostat.

V/ Pour autant, il ne faut pas de déflation…

La déflation est une situation « d’inflation négative », autrement dit une baisse moyenne généralisée des prix des biens et services.

L’on pourrait supposer que c’est excellent pour les consommateurs, puisque leurs achats leur coûtent moins cher, mais ce n’est pas le cas…

En effet, si la tendance est à la baisse des prix, le consommateur va considérer qu’il vaut mieux attendre encore un peu avant d’acheter, puisque les prix baisseront encore.

Or, si tout le monde fait ce raisonnement, les entreprises ne parviennent plus à vendre. Donc le chômage augmente et l’économie est en récession.

Le cercle vicieux prend fin lorsqu’une politique de relance de la demande est mise en place ou lorsque les prix sont tellement en-dessous de leur niveau normal que les consommateurs ne reportent plus leurs achats.

Voilà pour ce premier article explicatif des modèles économiques sur lesquels s’appuient mes articles, notamment quand j’y exprime ma propre opinion. Plusieurs autres suivront !

Pierre-Antoine KLETHI

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3 réflexions sur “Pourquoi la stabilité des prix est-elle un objectif important ?

  1. Je me permets d’ajouter un concept : La stagflation est la situation d’une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d’une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est souvent accompagnée d’un taux de chômage élevé.

    Ce mot-valise, contraction de « stagnation » et d’« inflation », a été employé en premier par le Chancelier de l’Échiquier Iain Macleod en novembre 1965[1] pour décrire la situation économique du Royaume-Uni, à une époque où tous les autres pays développés à économie de marché connaissaient une forte croissance (période des « Trente Glorieuses »). Mais, au cours des années 1970, et spécialement avec le premier choc pétrolier en 1973, la stagflation s’est banalisée.

    Le keynésianisme, qui prévoyait un arbitrage entre inflation et chômage (principe de la courbe de Phillips), et les politiques de relance qu’il préconisait, furent pris à contrepied et se révélèrent inefficaces. Ces politiques qui visaient à faire baisser le chômage (sans trop se préoccuper de l’inflation) n’y réussirent pas, on le vit même augmenter considérablement.

    Ils laissèrent le champ libre aux préceptes du monétarisme (Milton Friedman, école de Chicago, …) et de l’ordolibéralisme, qui, eux, visaient une baisse de l’inflation.

  2. Pingback: Au Café de l’Europe souffle sa première bougie ! | Au Café de l'Europe

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