Économie et Finances/L'Europe à la carte

Le cercle vicieux des relances par l’inflation cachée

La courbe de Phillips (A. W. Phillips était un économiste néo-zélandais) met en évidence un lien positif entre hausse de l’inflation et baisse du chômage.

 Ainsi, si les entreprises embauchent, elles ont plus de coûts salariaux, donc leurs coûts de production augmentent, donc elles augmentent les prix pour conserver leurs marges.

A l’inverse, si le chômage augmente, les revenus des travailleurs-consommateurs sont plus faibles, donc la demande est moindre, et donc les entreprises doivent baisser leurs prix pour réussir à vendre leurs produits.

L’inflation aiderait-elle donc à stimuler l’emploi ? C’est ce qu’affirment un certain nombre d’économistes de tendance plutôt keynésienne…

Mais d’autres économistes, appartenant plutôt au courant monétariste, ont modifié le modèle et abouti à la conclusion que l’inflation n’aide en rien à résorber le chômage à long terme (elle n’a une action qu’à court terme).

U est le taux de chômage. Un est le taux de chômage « naturel » qui existe, entre autres, parce qu’il y a toujours un délai – même très court – entre le moment où l’on perd son emploi et le moment où l’on en retrouve un).

π est l’inflation réelle. πe est l’inflation anticipée par les agents.

π – πe est donc l’inflation non anticipée. Quand π = πe, alors le taux de chômage est à son niveau de long terme (Un) ; en principe, l’inflation est correctement anticipée à long terme (LT).

α est le paramètre (le « degré ») de sensibilité du taux de chômage au taux d’inflation non anticipée (ce n’est pas essentiel pour comprendre ce modèle).

La formule « U = UN – α (π – πne) » exprime le fait que le taux de chômage évolue à l’inverse du taux d’inflation non anticipée : quand l’un augmente, l’autre baisse.

 

Pourquoi l’inflation ne parvient-elle pas à diminuer durablement le chômage ?

Si π > πe (c.à.d. qu’une part de l’inflation réelle est non anticipée), alors le pouvoir d’achat (les salaires réels) va diminuer, puisque les salaires nominaux n’auront pas augmenté au même taux que l’inflation.

Puisque les salaires réels sont plus bas que prévus, les coûts de production sont plus faibles, donc les entreprises sont incitées à embaucher. On passe du point A au point B, sur le graphique (inflation plus élevée ; chômage plus bas).

Seulement,  les salariés vont finir par se rendre compte que leur pouvoir d’achat a baissé, donc lors des négociations salariales suivantes, ils vont demander des hausses de salaire plus fortes que l’inflation, pour compenser la perte antérieure de pouvoir d’achat, ce qui entraîne une hausse des salaires réels, donc des coûts de production. Les entreprises vont donc diminuer leur personnel, pour conserver des marges constantes. On passe du point B au point C (inflation constante, chômage à nouveau plus élevé).

Et ainsi de suite : C → D ; D → E ; … L’inflation augmente sans que le chômage ne baisse durablement.

 

Conclusion sur l’inflation et le chômage

Certains pays, comme l’Allemagne, sont très crédibles en matière de lutte contre l’inflation, donc l’inflation anticipée (πe) par les salariés reste faible et la courbe de Phillips (courbe en bleu sur le graphique) ne monte pas trop haut. L’inflation réelle reste donc faible.

D’autres pays, comme l’Italie, ont historiquement une crédibilité moindre, ce qui fait que l’inflation anticipée est beaucoup plus élevée, entraînant une inflation réelle plus élevée, ce qui, nous l’avons vu précédemment, a des coûts pour l’économie et la société.

Il ressort également de ce qui précède que le chômage ne peut se résorber par le recours à l’inflation : des réformes structurelles du marché du travail s’imposent pour le réduire durablement.

Il semble donc inutile de demander à la BCE de résoudre la crise en l’absence d’initiatives politiques suffisantes.

 

Pierre-Antoine KLETHI

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s