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1/7. Chypre et son Histoire

Kourion, l’un des plus beaux sites archéologiques de l’île où fut notamment organisée la cérémonie d’ouverture de la présidence ( Photo Jean-Baptiste Maillard)

 

L’Histoire de Chypre – troisième île de la Méditerranée par sa superficie après la Sicile et la Sardaigne, et située au sud de la Turquie et à l’ouest de la côte syro-libanaise – est longue et mouvementée. Dès l’Antiquité, ses nombreuses ressources naturelles – notamment le cuivre – et sa position géostratégique en plein centre des courants commerciaux ont fait de l’île un objet de convoitise pour un grand nombre de puissances étrangères, qui n’ont cessé de s’affronter afin d’en prendre le contrôle. Au fil des siècles et des guerres, l’île a donc assimilé différentes cultures et porte encore de nombreux vestiges des civilisations qui s’y sont succédées. Mais son caractère hellénique constitue un des faits fondamentaux de son histoire, qui s’est maintenu au cours des siècles. Au XIIème siècle avant J.-C, des Grecs s’y installèrent, et à l’époque classique (V-IVème siècles), l’île était complètement hellénisée.

La succession des dominations et l’hellénisation de l’île

D’abord indépendante et autonome sous l’autorité de neuf royaumes au sein de l’île même, c’est au VIème siècle avant J.-C que l’île fût l’objet de conflits entre Perses et Grecs. Restant perse, elle fut ensuite comprise dans l’empire d’Alexandre le Grand. Après sa mort, les rois d’Egypte et de Syrie se disputèrent l’île, puis Chypre fût soumise à divers princes de la famille des Ptolémées d’Egypte. Cette période hellénistique a marqué l’hellénisation de l’île, qui s’est maintenue au cours des siècles. Aujourd’hui, le Grec est parlé par les quatre-cinquièmes de la population, sept cent cinquante mille habitants, qui ont une culture et un genre vie grecs et se réclament de l’Eglise grecque orthodoxe.

L’île resta majoritairement de culture grecque même lorsque les Romains s’en emparèrent en 58 avant J.-C, mais aussi en 330 après J.-C lorsque Chypre devint une partie de l’empire Byzantin. Les Arabes la prirent aux empereurs grecs en 648.

En 1191, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, en route pour la troisième croisade, s’en empara ; avant de la céder au Roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, en 1192. La famille Lusignan régna sur l’île pendant trois cents ans, malgré une brève invasion génoise en 1372 et par les Mamelouks en 1426.

La période qui suivit la période franque fût la période vénitienne, qui permit à l’île de se fortifier, mais qui ne dura même pas un siècle (1489-1571) avant que l’île soit reprise par les Turcs ottomans, qui la contrôlèrent pendant près de cinq siècles. Ils instituèrent l’église orthodoxe, rendirent illégal le catholicisme et étendirent l’Islam. La communauté turque ainsi créée, de langue turque et de religion musulmane, forme aujourd’hui 18% de la population.

Mais à la suite de la guerre d’Orient entre la Russie et la Turquie en 1878, l’empire ottoman céda l’administration de Chypre aux Britanniques. Ces derniers avaient pour ambition d’en faire une « place d’armes » dans le cas où les forces britanniques seraient amenés à secourir les Turcs si les Russes les attaquaient. Mais en 1915, l’Angleterre affrontant la Turquie pendant la Première Guerre mondiale, elle annexa l’île et en fît une colonie britannique en 1925.

Chypre, une colonie britannique

Le régime anglais fut bénéfique pour l’île, lui permettant d’assurer un ordre stable, d’établir une administration fiable et une justice honnête, d’atteindre des progrès économique et sanitaires, notamment l’éradication de la malaria.

Cependant, les Grecs firent rapidement comprendre leurs revendications aux Britanniques : ils réclamaient non pas l’indépendance – comme la plupart des colonies à la même époque – mais l’Enosis, l’union avec la Grèce, depuis que cette dernière était devenue indépendante en 1830. Ce mouvement national chypriote, aux racines profondes, resta longtemps pacifique. Mais après la seconde guerre mondiale, stimulé par les promesses de liberté pour les peuples colonisés contenues dans la Charte de l’Atlantique et celle des Nations Unies, puis le mouvement de décolonisation de l’Empire Britannique, le mouvement reprit de la vigueur.

Néanmoins, la couronne britannique n’avait nulle intention de céder Chypre à la Grèce, puisque l’île représentait un territoire géostratégique bien trop nécessaire à la sécurité et à l’efficacité des bases militaires qui y étaient établies en cas d’attaque soviétique ou de menace contre les intérêts pétroliers britanniques pour que Londres cède devant les revendications du mouvement national chypriote.

Mais après une lutte anti-coloniale acharnée et des violences incessantes visant les lois britanniques, les Nations Unies prirent la décision d’établir un Etat indépendant de Chypre en 1957 ; et l’indépendance chypriote fut ainsi accordée en 1960 par le traité de Zurich. Ce traité protégeait aussi les droits des chypriotes turcs. L’archevêque de Nicosie, Makarios III, accéda à la présidence de la République de Chypre ainsi constituée.

Une île divisée

Cependant, le système imaginé ne fonctionna pas de façon satisfaisante sur l’île, car il nécessitait de la confiance entre les deux communautés – grecque et turque – alors qu’elles étaient profondément méfiantes l’une envers l’autre. Suite aux propositions de réformes de Mgr Makarios en 1963, de violents affrontements éclatèrent entre les communautés turque et grecque, plongeant l’île dans une guerre civile.

Profitant de cette situation de tension, la Turquie réactualisa une ancienne revendication : la partition de l’île. La communauté turque, très liée à Ankara, mit en œuvre ce plan de séparation partout où elle le pût dans l’île. Les opérations d’épuration ethnique provoquées par la partie grecque provoquèrent des représailles de la part du côté turc. Au début de 1964, Chypre était à feu et à sang.

Les tentatives de médiation américaines se soldèrent par un échec, laissant les milices chypriotes grecque et turque s’affronter. A l’issue de l’adoption de la résolution 186, l’ONU envoya des casques bleus (UNFICYP) en mars 1964 afin de rétablir la paix et de calmer la situation.

Mais la situation ne cessa de s’envenimer, et le coup d’Etat perpétré par la Grèce des colonels en 1974 destiné à rattacher l’île à la Grèce renversa la démocratie chypriote et conduisit à une intervention militaire de la Turquie, prenant pour prétexte la protection de la minorité turque de l’île pour s’immiscer dans les affaires chypriotes. Cette intervention conduisit au rétablissement de la démocratie à Chypre, mais la Turquie en profita pour imposer par la force la partition de l’île, concrétisée en 1983 par la proclamation de la République turque de Chypre du Nord. Cette dernière étant issue d’une violation des règles de droit international, n’est pas reconnue par la communauté internationale, à l’exception de la Turquie.

Après l’échec des négociations entre le Nord et le Sud de l’île, le secrétaire général de l’ONU proposa aux Chypriotes la réunification de l’île. Soumos à un référendum le 24 avril 2004, le plan Annan fut approuvé par les Chypriotes turcs mais rejeté par la population grecque et l’île reste divisée jusqu’à ce jour.

La République de Chypre dans l’Union Européenne

La République de Chypre a cependant été admise dans l’Union Européenne le 1er mai 2004, alors qu’une partie de son territoire est toujours militairement occupé par la Turquie. Les lois communautaires ont d’ailleurs été suspendues au Nord de l’île, et l’inégalité économique entre les deux parties s’est aggravée.

Depuis son adhésion à l’Union Européenne, l’île de Chypre est face à un nouvel espoir de réunification, qui mettrait en cause des enjeux économiques, mais également politiques importants pour l’île. La création de points de passage entre les deux parties de l’île depuis 2005 représente un premier pas dans l’amélioration de la situation.

Cependant, la solution à ce conflit qui sépare les deux communautés depuis 1974 semble devoir être trouvé par l’Union Européenne dans son rôle de médiateur, car l’U.E, à la différence des Nations Unies, peut exercer une pression sur les parties. Cependant, les divergences existantes entre les différents Etats membres de l’U.E témoignent de l’incapacité de l’Union Européenne à adopter une position commune décisive.

C’est à l’Union Européenne de trouver les moyens et ressorts de se rendre plus efficace face à la question chypriote, en surmontant les limites statutaires qui bloquent son action. Elle doit également prendre en compte la Turquie afin de régler le conflit chypriote, puisque le retrait d’Ankara de Chypre est une des conditions d’adhésion à l’Union Européenne pour la Turquie. Mais cette solution relancerait un autre débat : l’Union Européenne doit-elle accepter la Turquie parmi ses membres ? Ce débat est sans doute encore trop épineux pour espérer qu’il conduise à la résolution du conflit chypriote…

Il est certain que l’espace européen doit s’inspirer de ce conflit ethnique afin de faire vaincre l’idée de l’adhésion des peuples européens à une paix durable, sur un continent pacifié, et respectant les règles du droit international et communautaire.


Floriane RICHTER     

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