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3/7. Les difficultés traversées par l’économie chypriote

Dans le cadre de notre semaine thématique sur Chypre, à l’occasion de la présidence de l’Union exercée par ce pays, nous poursuivons notre tour d’horizon par une présentation de l’économie chypriote, dont les problèmes ont marqué l’actualité.

Entré en 2004 dans l’Union Européenne, ce pays a rapidement rejoint la zone euro, adoptant la monnaie unique en 2008.

Chypre est le dernier pays à avoir exprimé une demande d’aide financière en raison de la situation délicate de ses banques, très exposées aux perturbations de l’économie grecque. Les négociations entre le gouvernement chypriote et la Troïka – UE, Banque Centrale Européenne (BCE) et Fond Monétaire International (FMI) – ont été ouvertes début juillet et devraient durer quelques semaines.

Cet article se base essentiellement sur les recommandations de la Commission et du Conseil émises dans le cadre du semestre européen, fin mai 2012. Le document est accessible ici (cliquer ensuite sur un format de document dans la colonne FR). L’évaluation a mis en lumière des déséquilibres internes, principalement dus au secteur bancaire et au surendettement des entreprises, ainsi que des risques pour la trajectoire correctrice des finances publiques, en raison d’une compétitivité décroissante et du contexte économique environnant peu favorable, encore accentué par l’exposition des banques à l’économie grecque.

 

Réformer l’Etat-providence 

A l’instar de nombreux autres pays européens, Chypre doit réformer son système de retraites pour assurer sa viabilité. Des réformes ont déjà été engagées et sont saluées par la Commission, qui considère, toutefois, qu’elles ne sont pas suffisamment ambitieuses.

En effet, selon les projections du FMI, les dépenses publiques en matière de retraites passeraient de 9% du PIB en 2010 à 19% en 2050, en l’absence de réformes. De plus, le système est de plus en plus déficitaire avant transferts publics, ce qui obligerait le gouvernement à augmenter ses dépenses dans ce domaine de plus de 350 millions d’euros (sur un budget d’environ 11,5 milliards d’euros) d’ici à 2020.

La Commission et le Conseil invitent donc Chypre à adopter des mesures « pour préserver l’employabilité des travailleurs au sein des entreprises et favoriser le relèvement de l’âge effectif de départ à la retraite » pour tenir compte de l’espérance de vie croissante.

Enfin, demeure le problème des retraités pauvres, auquel le gouvernement s’est insuffisamment attaqué.

Par ailleurs, Chypre devrait également réformer son système de santé, dont l’équité et la qualité sont remises en cause. A cet égard, le gouvernement est invité à fixer un calendrier déterminant les prochaines étapes de la mise en place d’un système national d’assurance-maladie qui doit « assurer sa viabilité financière tout en fournissant une couverture universelle ».

 

Améliorer la compétitivité et l’emploi

En 2011, la Commission et le Conseil critiquaient l’indexation des salaires sur l’inflation par le biais d’une « allocation de vie chère ».

En effet, les salaires auraient augmenté plus vite que la productivité, ces dernières années, portant atteinte à la compétitivité de l’économie chypriote.

Les deux institutions européennes prennent acte des réformes déjà adoptées, telles qu’un gel des salaires pendant deux ans dans le secteur public. Par ailleurs, le gouvernement et les partenaires sociaux sont convenus de négocier une réforme du système de l’allocation de vie chère.

Outre l’action sur les salaires et la compétitivité-prix, les recommandations portent également sur le soutien au retour à l’emploi, alors que le taux de chômage (10,8% en mai), notamment des jeunes, est en forte hausse. En particulier, les mesures doivent être plus « ambitieuses » dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle.

Le but est d’« améliorer les compétences des travailleurs afin de renforcer leur mobilité professionnelle pour les orienter vers des activités à forte croissance et forte valeur ajoutée ».

Pour aider les jeunes, l’accent devrait être mis sur « les stages en entreprises et la promotion des activités d’indépendant ».

De manière plus large, il faudrait également privilégier « les groupes qui participent peu à des activités d’apprentissage tout au long de la vie » : travailleurs âgés, chômeurs et travailleurs peu qualifiés.

De plus, Chypre devrait soutenir davantage l’innovation des entreprises.

Enfin, la Commission et le Conseil invitent Chypre à réduire les restrictions (accès, fixation des rémunérations, …) dans le secteur des services, tels que le commerce de détail, le tourisme et les services de construction, ainsi que plusieurs professions réglementées (notamment avocats et architectes).

 

Surveiller les finances publiques

Selon le programme (2012-2015) du gouvernement, le retour à l’équilibre budgétaire, qui est l’objectif budgétaire de moyen terme, se ferait en 2014 et serait ensuite maintenu en 2015.

La Commission et le Conseil notent que le taux de croissance des dépenses publiques devrait respecter les règles du Pacte de Stabilité et de Croissance jusqu’en 2014 (qui imposent que ce taux de croissance ne dépasse pas un taux de référence fixé pour le moyen terme).

Si les objectifs sont respectés, le ratio dette/PIB passerait d’un pic de 72,1% en 2012 à 65,4% en 2015. 

Cependant, des difficultés à la fois extérieures (notamment la crise de la dette, particulièrement en Grèce) et intérieures (ralentissement de la demande interne) pourraient mettre en danger le scénario macroéconomique envisagé, de sorte qu’il convient de définir clairement les mesures d’assainissement budgétaire à prendre, quelle que soit l’évolution réelle.

Par ailleurs, la nécessité de venir en aide aux établissements financiers de l’île pourrait aussi peser sur le budget national.

Enfin, l’administration fiscale devrait être réformée afin de devenir nettement plus efficace, car les coûts d’encaissement des impôts seraient élevés et la perception des impôts serait relativement faible. Améliorer le solde budgétaire passe donc également par une lutte accrue contre l’évasion fiscale et le travail non-déclaré.

 

Chypre et ses banques

Chypre reste fortement exposée à la dette grecque, ce qui se reflète dans la situation des trois principales banques du pays – la « Bank of Cyprus », la « Cyprus Popular Bank » et l’« Hellenik Bank » – qui, ensemble, nécessiteraient des renflouements pouvant atteindre  une dizaine de milliards d’euros (plus de la moitié du PIB du pays !), selon les premières estimations.

La restructuration de la dette publique grecque, qui a imposé des abandons de créance importants de la part des créanciers d’Athènes, a bien sûr aggravé la situation. De plus, les banques chypriotes détiennent également d’importantes créances sur le secteur privé grec, lui-aussi frappé de plein fouet par la crise économique.

Le parlement chypriote a adopté deux lois en décembre 2011, pour « accroître la résilience du secteur financier aux crises bancaires. Cependant, la Commission estime que les résultats en matière de supervision des institutions bancaires, notamment les sociétés coopératives de crédit (qui détiennent environ 40% des dépôts des Chypriotes), sont insuffisants. Elle recommande donc que la supervision de ces sociétés soit similaire à celle des banques commerciales, afin de faciliter la gestion et l’anticipation de difficultés.

Par ailleurs, elle recommande également d’améliorer les dispositions prévues pour recapitaliser un établissement financier en cas de choc extérieur (notamment grec).

 

Une nouvelle source d’espoir : les gisements de gaz en mer Méditerranée

Des gisements de gaz ont récemment été découverts au Sud-est de Chypre. Le ministre des finances, Vassos Shiarly, annonce le début de l’exploitation en 2017 et l’exportation de gaz à partir de 2019, ce qui pourrait bien sûr provoquer une révolution dans l’économie de l’île, soutenue jusqu’à présent principalement par le secteur des services (banques et tourisme, notamment).

Cette découverte aura aussi des implications géopolitiques, bien sûr, mais qui n’entrent pas dans le cadre de cet article. Je renvoie ici à d’autres articles de notre semaine thématique.

Reste à voir comment Chypre réussira à gérer efficacement et durablement cette nouvelle source de revenus. The Economist, dans un article paru dans l’édition du 7 juillet, indiquait que le gouvernement étudiait le système norvégien, où les ressources sont gérées par un fond d’investissement souverain (c’est-à-dire détenu par l’Etat).

 

Pierre-Antoine KLETHI

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