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7/7. Interview du Représentant Permanent de Chypre auprès de l’UE, Kornelios Korneliou

Chypre est un petit pays, membre de l’UE depuis 2004. Puisqu’il va présider aux destinées de l’UE durant les six prochains mois, c’est l’occasion de découvrir l’Etat membre situé le plus à l’Est. A cette occasion, Au Café de l’Europe a interviewé Son Excellence Kornelios Korneliou, Ambassadeur Représentant Permanent de Chypre auprès de l’Union Européenne.

 

Au Café de l’Europe : Commençons par parler de l’histoire et de la culture chypriotes. Chypre appartenait à l’Empire ottoman puis à l’Empire britannique, a des liens étroits avec la Grèce et est proche des côtes turques. C’est donc un pays à la croisée des chemins. En quoi cela influence-t-il la culture chypriote ? Peut-on dire que Chypre est multiculturelle ?

K. Korneliou : La société chypriote est, sans nul doute, multiculturelle ; il suffit de regarder l’histoire de l’île à travers les différentes époques. Aujourd’hui, à Chypre comme dans de nombreux pays européens, la démographie montre une société multiculturelle et multiethnique très dynamique. D’une certaine manière, c’est naturel que les standards de vie élevés et, bien sûr, le soleil attirent de nombreuses personnes du monde entier. Malgré l’influence de plusieurs cultures, une caractéristique de Chypre demeure : c’est un lieu très hospitalier !

La position géographique de Chypre en fait un Etat membre idéal pour traiter des relations entre l’UE et les autres pays méditerranéens, qu’il s’agisse de ceux impliqués dans les conflits au Proche-Orient ou ceux vivant le « printemps arabe ». Que compte faire Chypre en matière de relations avec nos voisins des autres rives de la Méditerranée ?

K. Korneliou : L’une des priorités de la présidence chypriote de l’UE est précisément de rapprocher l’Europe de ses voisins, en mettant l’accent sur la dimension « sud » de la Politique Européenne de Voisinage, afin d’améliorer les relations avec les partenaires méditerranéens tout en garantissant le pluralisme et une relation à plusieurs facettes. Les relations politiques et économiques entre Chypre et les pays de l’Est de la Méditerranée, du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord sont traditionnellement excellentes, permettant à Chypre d’agir en tant que lien honnête et impartial entre l’UE et ses voisins du sud. Chypre espère jouer un rôle de soutien constructif aux efforts de l’UE pour dialoguer avec les Etats de la région, en matière de relations commerciales et économiques aussi bien que sur d’autres thèmes d’intérêts communs tels que les migrations, la mobilité et la sécurité, la promotion des droits de l’Homme et la réalisation des aspirations démocratiques des populations ayant vécu le « printemps arabe ». Afin de réaliser ces objectifs, Chypre coopérera étroitement avec la Haute Représentante pour la PESC, Catherine Ashton, et le Service Européen d’Action Extérieure (SEAE).

Chacun connaît les relations difficiles avec la Turquie. Est-ce que l’appartenance à l’UE a permis une évolution de la situation ? Chypre voit-elle l’Allemagne comme un modèle de réconciliation ?

K. Korneliou : Malgré l’intention exprimée par la Turquie de geler les relations avec l’UE durant la présidence chypriote de l’UE, nous sommes engagés à fournir tout effort de progrès concernant tous les points du dossier global de l’élargissement. Guidés par les principes de traitement égal de tous les candidats et de conditionnalité, la présidence chypriote ne s’épargnera aucun effort pour faire progresser le processus d’adhésion de tous les candidats, y compris la Turquie. La politique d’élargissement a été un outil catalytique de transformation pendant des décennies et elle bénéficiera de la même manière à la Turquie, contribuant positivement au processus de démocratisation, paix et sécurité du voisinage au Sud-est de l’Europe. Etant donné la situation politique à Chypre et le fait que la Turquie est un voisin proche, les progrès des négociations d’adhésion de la Turquie bénéficieront  indiscutablement également à Chypre.

Les interactions de la présidence avec la Turquie resteront dans le cadre du statut de pays candidat dont dispose cette dernière, avec l’objectif de progresser tout en demeurant strict quant à la nécessité que le pays candidat respecte sans délais les obligations encore en attente, y compris celles relatives à Chypre. Le respect, par le candidat, de l’ordre institutionnel et des règles de l’UE sont une condition sine qua non, quel que soit l’Etat qui préside le Conseil.

S’agissant du problème chypriote, le gouvernement a plusieurs fois exprimé son intention de poursuivre les discussions entre les deux communautés, démontrant notre volonté d’aboutir à une solution sur la base convenue, aussi rapidement que possible. Toute expérience historique antérieure en ce domaine pourrait être utile, mais nous devons garder à l’esprit que dans le cas de Chypre, la division de longue date de l’île résulte d’une invasion étrangère, de la poursuite d’une occupation militaire et de la violation de droits de l’Homme essentiels pour tous les Chypriotes, grecs ou turcs.

Passons aux sujets économiques. Chypre demande de l’aide financière à l’UE et à la Russie. Pourquoi s’adresser à la Russie en plus de l’UE ? Et quelles conditions espérez-vous négocier avec les autres Etats membres ?

 K. Korneliou : Sachant que Chypre n’a plus accès aux marchés financiers internationaux depuis l’an dernier, pour se financer, le pays a sollicité des prêts auprès d’Etats tiers avec lesquels il a traditionnellement eu et a encore d’excellentes relations. Ces demandes d’assistance financière ont été présentées bien avant celle adressée à l’UE et au FMI. Cependant, entre temps, il y a eu la date limite du 30 juin, fixée par l’Autorité Bancaire Européenne (European Banking Authority), pour la recapitalisation des banques.  Le deuxième plus important groupe bancaire de l’île n’ayant pas réussi à lever, seul, le capital nécessaire, le gouvernement a dû intervenir rapidement pour protéger la stabilité du système financier et contenir les risques courus par l’économie chypriote, notamment ceux d’un effet de dominos au sein du système financier, très exposé à l’économie grecque. Actuellement, le gouvernement chypriote travaille en étroite collaboration avec la Commission Européenne, la BCE et le FMI afin d’identifier les besoins de financements du pays et les principaux paramètres du programme d’aide. Les détails du programme de prêts, y compris le montant et les conditions, seront déterminés après une analyse détaillée, par les institutions concernées, des défis que Chypre devra relever. L’architecture du programme se concentrera prioritairement sur le secteur financier, tout en tenant compte, en parallèle, de la cohésion sociale et du modèle de croissance de l’économie chypriote, y compris l’environnement international favorable aux affaires. Chypre souhaite également incorporer dans le programme d’aide des leçons tirées de l’application de programmes similaires à d’autres Etats membres.

Quelle est la position chypriote sur les exigences d’une discipline budgétaire accrue, prioritaire pour certains Etats membres, et sur les demandes d’une solidarité accrue émanant d’autres Etats membres?

K. Korneliou : La crise économique a montré la nécessité d’une meilleure efficacité des politiques et mesures de l’UE. La stratégie de redressement des économies européennes doit inclure à la fois la discipline budgétaire et des mesures en faveur d’une croissance économique soutenable. La Présidence cherchera à travailler sur le nouveau cadre de gouvernance économique amélioré et à renforcer la surveillance budgétaire, de manière à assurer la stabilité budgétaire. Il est extrêmement significatif que le cadre de régulation des services financiers soit renforcé par la mise en œuvre de mesures en faveur d’une transparence accrue des marchés et pour la protection des consommateurs et investisseurs.

L’UE a également besoin de récupérer de la crise ; des mesures de stimulation de la croissance doivent donc être adoptées. A ce sujet, la supervision de la mise en œuvre de la Stratégie Europe 2020 est très importante pour la Présidence chypriote.

L’un des sujets les plus difficiles sera le cadre financier multi-annuel (2014-2020). Les fédéralistes demandent un budget européen important doté de ressources propres. Quelle est l’opinion de Chypre à ce sujet ?

K. Korneliou : Les négociations à propos du cadre financier multi-annuel sont la principale question qui sera traitée au cours de la présidence chypriote. Nous cherchons à atteindre un compromis qui contribuera à la cohésion économique, sociale et territoriale. La Présidence travaillera en faveur de la finalisation des négociations et d’un budget européen juste et efficace. Le cadre financier multi-annuel est une opportunité pour s’accorder sur un budget qui contribuera à la croissance et au développement durable et promouvra des politiques efficaces, améliorant la compétitivité de l’UE et créant davantage d’emplois.

Blog : Quels résultats espérez-vous obtenir au cours de cette présidence de l’UE ?

K. Korneliou : La Présidence chypriote souhaite contribuer à la cohérence et à la continuité de l’agenda européen et à la réalisation des perspectives et objectifs de l’UE pour un meilleur futur pour ses citoyens. Nous voulons et nous avons besoin d’un accord sur le cadre financier multi-annuel, car notre première priorité est de sortir de la crise. L’idée est de travailler en faveur d’une meilleure Europe, en créant une Union plus importante pour ses citoyens et pour le monde, un lieu qui puisse effectivement offrir des perspectives positives aux citoyens européens, en particulier les jeunes générations, en leur assurant que les troubles actuels peuvent être surmontés et qu’un meilleur futur les attend.

Une dernière question : pensez-vous que la situation de l’UE, en particulier de la zone euro, sera meilleure dans 6 mois ?

Oui, je le pense sincèrement ! Tous les leaders politiques européens ont exprimé de façon répétée leur engagement en faveur de toute action nécessaire pour protéger les acquis des 60 dernières années d’élargissement et d’intégration de l’UE. Tous les leaders politiques de la zone euro ont constamment affirmé leur engagement ferme et leur détermination à faire tout ce qui sera nécessaire pour protéger l’euro. Comme disait Harry Truman, « les Etats-Unis n’ont pas été bâtis sur la peur. Les Etats-Unis ont été fondés sur le courage, l’imagination et une détermination imbattable d’accomplir le travail à réaliser ». Etant donné la détermination exprimée par les leaders politiques européens, avec du courage et de l’imagination au cours des six prochains mois, la situation de l’UE et, surtout, de la zone euro sera meilleure.

Note : Cette interview a été réalisée en anglais. La traduction en français a été effectuée par Pierre-Antoine Klethi.

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