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Youth Diplomacy : la diplomatie par les jeunes, pour les jeunes !


Alors que l’on fait face à un échec cuisant de la diplomatie onusienne en Syrie, la question du rôle de la diplomatie dans le monde est au centre des préoccupations. 
J’ai rencontré Thomas Friang, Président du Think Tank Youth Diplomacy, afin de parler des enjeux de la diplomatie actuelle. Youth Diplomacy est un Think Tank déjà très actif sur la scène internationale malgré son jeune âge : en effet, il a vu le jour il y a tout juste 2 ans ! 

« L’idée de fonder un Think Tank pour permettre aux jeunes de mieux comprendre les enjeux internationaux, à une époque où nous devrions vivre notre citoyenneté par-delà les frontières, est une idée qui remonte à loin dans mes projets personnels. Il s’est accéléré au fil de mes expériences lors de simulations de négociations internationales (Co-décision PE/Conseil, ONU, G8, OTAN…) au cours desquelles j’ai formé la conviction que la compréhension du monde contemporain, dans sa complexité internationale, serait plus efficace par des formes pédagogiques innovantes, pour ne pas dire ludique. Learning by doing, c’est un peu le leitmotiv de l’association et de ce que toute l’équipe que j’anime souhaite faire, notamment en permettant à des jeunes de prendre part à des sommets internationaux, soit en tant que jeunes négociateurs, soit en tant qu’observateurs pour la presse ou pour notre blog. »
 
Quelle est ta vision de la diplomatie dans le monde ?
Il y a énormément de dossiers chauds en ce moment sur la scène internationale. Mais on a besoin de faire le lien entre tous ces sujets, c’est une problématique transversale qui touche à tout d’un coup : comment fabrique-t-on une décision politique au plan internationale qui soit effective dans sa mise en œuvre et démocratique ? En somme, comment passe t’on progressivement de la diplomatie à la démocratie ?

L’Europe traverse cette crise de conscience politique dans la douleur en ce moment. Mais chaque société sent que ses dirigeants légitimes reprendront le pouvoir en le partageant avec d’autres, et que dans l’intervalle, c’est l’informel et donc le rapport de force qui dirige. 

Faut-il s’organiser au plan régional pour mieux s’organiser dans le monde ? Comment réformer l’ONU qui est irréformable ? Comment intégrer toutes les questions en même temps dans un seul système de décision pas uniquement tourné vers la paix : sécurité politique certes, mais aussi stabilité économique et développement, développement durable intégrant les composantes économiques, sociales et environnementales en même temps ? L’ONU est fragmentée, pas seulement sur son incapacité à prendre une décision forte, mais aussi intellectuellement fragmentée. Il y a besoin de repolitiser tout ça, pour que ça fasse système. Étrangement, c’est la leçon que nous apporte le G20…

Quelles sont les grandes lignes de Youth Diplomacy ?
Youth Diplomacy est association qui fête actuellement sa deuxième année d’existence et qui compte plus de 120 membres aujourd’hui.

Nous cherchons d’abord à faire vivre le débat public sur les questions internationales contemporaines : lors de notre 2ème année, nous avons organisé 4 colloques sur les questions internationales, 8 conférences de haut niveau avec des personnalités nationales (notre conférence de rentrée était avec Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, sur les résultats du G20 Social).

Ce débat d’idée passe aussi par les publications écrites que nous faisons paraitre sur notre blog ou dans les médias. En 2011-12, ce sont plus de 40 articles qui sont parus grâce à nos rédacteurs, dans de nombreux médias, dont lemonde.fr, l’express.fr ou nos blogs partenaires tels que greenetvert.fr et letaurillon.org

Enfin, nous avons pris part à 11 sommets internationaux et organisé pour cela plus d’une dizaine d’ateliers de formations avec des spécialistes : le G20 de Cannes ou encore le Sommet de la Terre de Rio+20 au Brésil comptent parmi ces évènements.

Voir la vidéo de nos 2 ans : 

Youth Diplomacy porte un nom très simple : c’est comprendre les métiers de la diplomatie ou plus largement des missions internationales par les jeunes, pour les jeunes. C’est une autonomie qui n’est pas un isolement, nous travaillons avec beaucoup de spécialistes et professionnels du Ministère des Affaires Etrangères, des finances, de l’environnement, et aussi d’éminents professeurs de Polytechnique, l’ENA ou ESCP Europe. S’ils ont accepté de rejoindre notre conseil d’orientation, c’est aussi pour saluer notre force de proposition et notre dynamique propre. Une fois par an, nous faisons le point avec eux pour voir l’avancement de nos travaux et recueillir leurs conseils.

Voir la vidéo de notre audition : 

Quels sont les thèmes phares de Youth Diplomacy ?

Nous travaillons sur :

les questions géo économiques et de finance internationale (ça va des mouvements de capitaux à la régulation bancaire internationale, en passant par les problèmes déséquilibres macroéconomiques et de commerce international) : dans ce cadre, nous travaillons notamment sur les chantiers du G20, de l’OCDE, du FMI et de la Banque Mondiale

les questions dites de « gouvernance européenne » : notamment dans le cadre de la préparation des Etats Généraux de l’Europe auxquels nous contribuons, ce programme a la chance d’être renforcé par notre petite ambassade à Bruxelles.

les questions dites de « développement durable et mondialisation » : Rio+20 était l’occasion d’ancrer ce programme dans nos travaux, mais nous nous préparons à nous rendre à la Conférence internationale sur la biodiversité (COP11 CBD) en Inde en Octobre et à la conférence sur le climat (COP18) au Qatar fin novembre. C’est un sujet très transversal et nous essayons au maximum de le décloisonner de l’approche environnementale pour le connecter à des questions sociales et économiques.

les affaires politiques et de sécurité : question chaude du moment, comment la résolution 1973 qui a permis à l’OTAN de mettre en place une no-fly zone en Libye a-t-elle été appliquée ? Est ce que son application n’entraîne t-elle pas en partie le blocage actuel de la Russie et la Chine sur la Syrie qui refuse à l’Occident une nouvelle occasion d’outrepasser un mandat de l’ONU ? C’est un programme très tranversal qui touche également à des questions plus fondamentales, comme l’importance d’entretenir la francophonie.

Nous avons ensuite deux programmes qui touchent à de nombreux thèmes : « Relations internationales et nouvelles technologies » (comment les NTIC font elles changer les relations internationales, le fonctionnement de la diplomatie et de la démocratie ? comment Internet a-t-il fait faire un bon à la croissance mondiale ? Comment est ce que les NTIC révolutionne la problématique du développement dans les PVD et émergents ?) et « Géopolitique de l’Eau » (une ressource, un bien, un droit ? Qu’est ce que l’eau ? Un cas d’école pour des tensions géopolitiques modernes autant que le développement durable ?).

Quelles ont été les dernières actions de YD auxquelles tu as participé ?

Dernier évènement en date : notre séminaire d’accueil pour toutes les nouvelles équipes, le 14 juillet à Paris. Ça a été un plaisir de sentir autant de motivation de la part des bénévoles et de tous les animateurs de l’association qui font vivre nos projets en régions (Lorraine, Ile de France, Rhône Alpes, Bretagne, Aquitaine…) et à l’étranger (Londres, Washington, New York, Bruxelles, Pékin, Tokyo…), nos groupes de réflexion (cf. les programmes). Je les remercie encore ici pour toute l’énergie dont ils font preuve pour mettre leurs compétences et leur bonne volonté au service d’un projet collectif généreux comme celui de YD : partager les connaissances.

Quels sont les évènements de YD qui t’ont le plus marqués ? 

Lors du G8 de Deauville, notre équipe avait envoyé cinq reporters. Je guidais cette petite équipe et grâce à nos contacts au secrétariat général de la Présidence Française du G20-G8 (nous organisions à l’époque le G20 des jeunes pour la France), les diplomates français m’ont invité à venir voir le moment de la « photo de famille » des dirigeants du G8. Marcher aux côtés d’Obama fait un drôle d’effet. On ne sait pas si on est à la télé… ou en vrai ! Mais en dehors de cette forme d’émerveillement pour un leader politique dont la réputation n’est plus à faire chez nous, j’avais le sentiment d’une forme de reconnaissance de la part des autorités françaises pour le travail de société civile que nous menions en tant qu’organisateurs du G20 et du G8 pour les jeunes. Ca a été une expérience magnifique.La semaine d’après à Paris, on réunissait 150 jeunes pour préparer des recommandations à l’intention des chefs d’Etat et de gouvernement. Le résultat est encore en ligne ici

Pourquoi avez-vous décidé de vous délocaliser ?

Pour remplir notre mission pédagogique, et donc pré-politique, ça ne marche que si nous parlons à tous ceux qui ont envie d’être à l’écoute. Dans chaque ville de France, il y a des jeunes qui ont envie de comprendre le monde du 21ème siècle, car la radio ne cesse d’en parler et ils n’ont pas forcément la chance d’y voir clair malgré leurs études.

Par ailleurs, lorsque nous recrutons des délégations internationales, les portes sont ouvertes à tous les étudiants et jeunes actifs. Avoir des implantations territoriales, c’est essentiel pour construire les bons relais afin de permettre à chaque jeune de s’identifier à nos projets, pour qu’ils se proposent pour l’aventure que nous cherchons à offrir.

Audition de la délégation française par le Conseil d’Orientation de Youth Diplomacy en mars 2011

Comment vois-tu YD dans quelques années ? 

J’espère qu’elle aura réussi à s’implanter dans toutes les régions de France afin d’offrir ses opportunités et son débat à tous. Je suis d’origine de l’Est et je sais que dans cette région comme partout en France, il y a des jeunes qui ont tout pour défendre une opinion construire, pourvu qu’on leur donne les moyens de se former, sur les questions internationales. Sans cela, nous risquons de devenir des citoyens obsolètes. Du moment que l’éducation ne le permet pas ou pas à tous, nous serons là.

J’espère qu’elle aura réussi à consolider ses travaux et à permettre aux jeunes de se faire force de proposition sur chaque thème de l’agenda international. En 2010, je me rappelle avoir écrit une note pour JP Raffarin, qui devait rencontrer le Président de la République qui consultait les anciens premiers ministres dans le cadre de la présidence française du G20. C’était un honneur de pouvoir répondre à sa demande : il voulait se préparer à connaitre le dossier. C’était surtout une énorme occasion de faire passer le message sur un certain nombre de sujets qui m’intéressent, des sujets qui nécessitent de travailler sur le temps long, comme la gouvernance mondiale. YD, c’est permettre à ceux qui en ont la capacité de ne pas louper ce type d’opportunité.

J’espère surtout que l’association laissera un souvenir fort et heureux à ses membres, et si possible, qu’elle leur aura permis d’avancer dans la vie, personnellement, professionnellement ou en tant que citoyens.


Thomas Friang a été interviewé par Pauline Armandet 

Pour plus d’informations sur Youth Diplomacy : vous pouvez consulter leur site , leur page Facebook ainsi que leur Twitter .

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Une réflexion sur “Youth Diplomacy : la diplomatie par les jeunes, pour les jeunes !

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