Économie et Finances/Banque centrale européenne/Institutions de l'UE

Quels sont les instruments à disposition d’une Banque Centrale ?

La Banque Centrale est l’organe chargé de la politique monétaire. Dans la plupart des pays, elle est indépendante, afin d’éviter que le gouvernement ne finance ses projets en faisant tourner la « planche à billets », ce qui alimenterait une forte inflation. La politique monétaire se concentre sur l’offre de monnaie, dont la Banque Centrale détient le monopole (seule la Banque Centrale peut légalement créer des pièces et billets). Or, la monnaie est indispensable à l’économie, que ce soit comme unité de compte pour fixer les prix et faciliter le commerce ou comme unité de réserve de valeur (par exemple l’argent placé dans les banques).Si la Banque Centrale augmente l’offre de monnaie, on parle de politique monétaire expansionniste. Dans le cas contraire, il s’agit d’une politique monétaire restrictive.

Plutôt que de contrôler la quantité – il est difficile de quantifier exactement la demande de monnaie pour parvenir à l’équilibre sur le marché monétaire –, la Banque Centrale contrôle le « prix » de la monnaie, par le biais des taux d’intérêts

Comment l’action sur les taux d’intérêts se répercute-t-elle sur l’offre de monnaie ?

Lorsque la Banque Centrale augmente les taux d’intérêts, les banques vont offrir moins de crédits (moins de liquidités), car il leur coûtera plus cher de se refinancer elles-mêmes, c’est-à-dire d’emprunter de l’argent auprès d’autres banques (sur le marché interbancaire) ou de la Banque Centrale.

Précisons que la création monétaire (création de liquidités) n’est pas de la création de richesses ! La création monétaire vise à utiliser efficacement les dépôts – sinon, ces derniers seraient de l’argent « en sommeil », non-utilisé donc non profitable – mais ne multiplie pas la richesse des épargnants et des emprunteurs !

La politique monétaire a bien sûr également des effets sur la demande de monnaie, mais cela fera l’objet d’un autre article. 

Venons-en aux instruments classiques de la politique monétaire. Ils sont au nombre de trois : les opérations « d’open-market », les facilités de crédit et les réserves obligatoires.

I/ Les réserves obligatoires

Commençons par l’instrument le plus simple : les réserves obligatoires.

Chaque banque est obligée de constituer des réserves à la Banque Centrale proportionnellement au montant de certains dépôts (principalement à court-terme) qu’elle a collectés. Le taux actuel fixé par la BCE est de 1% – avant novembre 2011, il était de 2% –, sachant qu’il peut varier entre 0 et 10%.

Le rôle de cet instrument monétaire est principalement de garantir une certaine stabilité au marché monétaire, en obligeant les banques à garder une marge de sécurité. En effet, quand le taux augmente, les banques doivent placer davantage de réserves auprès de la Banque Centrale, ce qui réduit l’argent disponible pour des prêts. Je précise que ce sont les prêts les plus risqués qui sont prioritairement affectés, ce qui permet d’assurer une plus grande stabilité du marché monétaire.

Baisser le taux de réserves obligatoires, comme l’a fait la BCE en novembre 2011, peut servir à stimuler l’économie lorsque les banques ont des difficultés pour se refinancer et hésitent à prêter aux ménages et aux entreprises : c’est la situation que nous connaissons actuellement.

II/ Les opérations « d’open-market »

Dans le cas d’une politique monétaire expansionniste, la Banque Centrale achète des titres financiers (par exemple, des obligations bancaires) ou accepte de prêter de l’argent en échange de titres financiers servant de garanties. En agissant ainsi, la Banque Centrale contribue à faire baisser les taux d’intérêts (puisqu’elle accroît la demande de titres financiers). De cette manière, les banques disposent de davantage de liquidités, ce qui leur permet d’offrir plus de prêts.

A l’inverse, une politique monétaire restrictive est une situation où la Banque Centrale vend des titres financiers pour récupérer des liquidités, retirant ainsi ces dernières du marché. Les taux d’intérêts augmentent donc, puisque l’offre de titres financiers augmente sans que la demande n’ait changé.

NB : L’on pourrait imaginer que la Banque Centrale achète des titres de dette publique, contribuant ainsi à financer le déficit public. Mais cela est interdit au sein de la zone euro, afin qu’aucun Etat ne soit tenté de faire supporter ses folies dépensières à l’ensemble des membres de la zone euro.

III/ Les facilités de crédit (facilités permanentes)

Cet instrument regroupe deux facilités permanentes offertes par la Banque Centrale aux banques. 

La première est la facilité de dépôt : les banques peuvent déposer des réserves supplémentaires (non-obligatoires) auprès de la Banque Centrale, qui les rémunère à un taux d’intérêt qui constitue le taux plancher du marché interbancaire. En effet, aucune banque ne va appliquer un taux inférieur, sinon elle ne recevra aucun dépôt. Depuis juillet 2012, le taux plancher est de 0%, car la BCE souhaite que les banques prêtent de l’argent aux ménages et aux entreprises, pas qu’elles le « laissent dormir » dans les coffres de la Banque Centrale.

La seconde facilité est la facilité de prêt marginal : une banque peut demander à la Banque Centrale de lui prêter une certaine somme. En principe, les banques ne recourent à la Banque Centrale qu’en cas de nécessité, car le taux appliqué est plus élevé que le taux du marché interbancaire : il s’agit du taux plafond du marché interbancaire. En effet, aucune banque n’appliquera un taux supérieur, sinon personne n’empruntera chez elle. Depuis juillet 2012, le taux plafond est de 1,5%, afin d’éviter de fragiliser les banques et de leur permettre de se refinancer à un prix relativement bas.

Depuis plusieurs mois, voire années dans certains pays tels que les Etats-Unis, les taux d’intérêts directeurs sont déjà à 0%. Cela signifie que la Banque Centrale ne peut plus utiliser les instruments classiques pour essayer de stimuler l’économie. C’est pourquoi elles utilisent des mesures dites non-conventionnelles, dont nous parlerons dans un prochain article.

Pierre-Antoine KLETHI

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2 réflexions sur “Quels sont les instruments à disposition d’une Banque Centrale ?

  1. Pingback: Réflexions sur les décisions de la BCE le 06.09.2012 | Au Café de l'Europe

  2. Pingback: Brussels blog round up for 25 – 31 August: Taking Draghi seriously, EU encouraging over-fishing in Africa, and is European identity in crisis? | EUROPP

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