Économie et Finances

La crise : chance ou risque pour le développement durable dans l’UE ?


Alors que les médias et le personnel politique se focalisent depuis des mois sur la crise économique et sociale, voire institutionnelle, qui secoue l’Europe, d’autres défis paraissent avoir perdu en importance, bien que l’urgence d’y répondre demeure.

L’un de ces principaux défis est la promotion, à l’échelle globale, de la protection de l’environnement et du développement durable, c’est-à-dire d’un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » selon les mots du rapport Brundtland de 1987.

Cet article n’a pas vocation à apporter une réponse ferme et définitive à la question posée – je ne dispose pas des données nécessaires pour le faire – mais vise plutôt à soulever des questions et à susciter la réflexion. Nous verrons d’ailleurs que la situation de crise économique est susceptible d’engendrer des réactions complexes vis-à-vis du développement durable.

 

I/ Les chances de progresser vers un développement durable

Commençons par les éléments positifs, en regardant comment notre mode de vie pourrait devenir plus « durable », plus respectueux de l’environnement, malgré la crise actuelle.

Un premier aspect qu’il convient de soulever est de nature économique : les revenus des ménages stagnent, voire baissent (selon les pays), alors que les prix de l’énergie augmentent. Ainsi, par exemple, le prix du pétrole se maintient bien au-dessus des 100 dollars par baril, pour des motifs extra-européens, tels que des craintes d’instabilité au Proche-Orient et au Moyen-Orient (Syrie, Israël-Iran…). Les ménages sont donc incités à réduire leur consommation énergétique. Il peut s’agir de gestes simples, tels qu’éviter de laisser des appareils électriques en veille. Il peut aussi s’agir de gestes ayant davantage d’impact sur la vie quotidienne, tels que le choix de moins utiliser la voiture afin de réduire les dépenses en carburant. Ces actions contribuent à réduire la consommation énergétique et l’émission de polluants, ce qui permet de se rapprocher de l’objectif de développement durable.

Un second aspect, lié au premier, concerne la baisse de la consommation liée à celle des revenus. Ce développement permet d’espérer une baisse du gaspillage et de la consommation superflue que l’on observe dans les pays développés. Par ailleurs, une baisse de la consommation engendre une baisse des importations. L’on observe cela à la lumière, par exemple, des chiffres des exportations chinoises vers l’UE, qui ont fortement chuté par rapport à l’an dernier. Les importations sont bien évidemment une source de pollution, en raison du transport international aérien, maritime et terrestre qu’elles suscitent. En résumé, la baisse de la consommation est une nouvelle raison d’espérer un progrès vers un développement plus durable, plus soutenable.

Enfin, le troisième aspect – et sans doute le plus important et porteur d’espoir – concerne la potentialité de croissance dans le secteur des énergies vertes. Certains parlent même d’une potentielle nouvelle révolution industrielle. Quoiqu’il en soit, voici l’occasion de stimuler l’innovation (l’une des rares sources de croissance à long terme), afin d’acquérir une position de leadership technologique mondial et de stimuler les exportations de ces produits… Développer les énergies vertes permettrait par ailleurs de réduire de la dépendance vis-à-vis d’autres sources d’énergie. Diverses raisons peuvent inciter les gouvernements européens à orienter leurs politiques industrielles et de recherche vers ce nouveau secteur : des raisons géopolitiques (par exemple, la volonté de ne pas dépendre du bon-vouloir et de la stabilité politique des pays exportateurs d’énergie), politiques (certaines opinions publiques sont très hostiles à l’énergie nucléaire) ou encore économiques (le prix des énergies fossiles continuera d’augmenter et le coût du nucléaire à long terme est sous-estimé).

Ceci étant dit, une situation de crise économique est, bien sûr, porteuse d’incertitudes et de risques pour une conversion générale au développement durable.

 

II/ Les risques de se détourner du développement durable

Je distinguerai ici les risques économiques et les risques politiques.

Parmi les risques économiques, l’on peut tout d’abord mentionner la baisse des investissements publics directs ou des subventions incitant à un comportement plus éco-compatible.

Ainsi, il se pourrait que les investissements en faveur du développement des énergies renouvelables diminuent. L’on note toutefois un contre-exemple en Allemagne, qui met en œuvre sa « Energiewende », dont le but fait l’objet d’un large consensus, même si la méthode est contestée par certains acteurs. Son objectif est d’augmenter fortement la part des énergies renouvelables en matière de chauffage, énergie et transport. Les défis sont toutefois de taille, car il faut développer les réseaux électriques (y compris relier des installations off-shore au continent) et les capacités de stockage.

Un risque similaire est une baisse des investissements dans les logements écologiques, car ceux-ci sont plus chers. Une parade potentielle serait que l’Etat ou l’Union Européenne fixe des normes pour contrecarrer ce processus.

Un second type de risques économiques concerne les situations où il existe un marché, par exemple pour les émissions de dioxyde de carbone dans l’Union Européenne (EU Emissions Trading Scheme – EU ETS en anglais). Si l’activité se ralentit et que certaines entreprises disparaissent, la demande de permis d’émissions risque de baisser. Or, l’offre ne s’adaptant pas aussi rapidement, les prix (donc le « coût de la pollution ») pourraient décroître plus ou moins fortement. Le marché perdrait alors sa fonction d’incitation à un comportement plus favorable à l’environnement, plus durable. Une solution pourrait être le rachat de permis de polluer par les Etats, pour diminuer le nombre de permis en circulation, mais la plupart des gouvernements doivent réduire les dépenses.

Enfin, la crise engendre des risques politiques pour le développement durable. Ainsi, les élus peuvent être incités à assouplir les normes ou à ne pas les renforcer, prétextant ne pas vouloir alourdir les coûts des entreprises. On observe cette situation aux Etats-Unis, où l’administration Obama a écarté une recommandation de l’agence de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency – EPA) visant à rendre les normes plus strictes en matière d’émissions de certains polluants, tandis qu’un certain nombre de Républicains souhaiteraient supprimer cette agence.

Nous avons le choix…

En conclusion, il semblerait que l’élément-clé pour la poursuite de réformes en faveur d’un développement plus durable – économiquement, socialement et écologiquement –, malgré la crise persistante, soit le courage politique des élus et l’implication de chaque citoyen. Les choix de court-terme sont trop souvent privilégiés au détriment de réflexions de long terme. La situation actuelle est une opportunité de changer cela…

 

Pierre-Antoine KLETHI

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