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Pays-Bas: la victoire surprise des pro-européens

Ce mercredi, les Néerlandais sont retournés aux urnes afin de renouveler la Chambre basse, suite à la démission du Premier ministre Mark Rutte suite au retrait du PVV (Partij voor de Vrijheid), le parti populiste de Geert Wilders de son soutien au gouvernement de coalition libéral – chrétien-démocrate au printemps dernier.

 

Cette élection, la cinquième en dix ans, était très attendue et surtout très suivie dans le contexte d’une Union européenne en crise et marque également le retour en grâce des partis pro-européens après une vague populiste majeure débutée il y a dix ans avec le leader d’extrême droite Pim Fortyun. En effet, le PVV mais également le SP (Socialistische Partij) furent, durant un temps, considérés comme les grands favoris du scrutin, le parti d’extrême gauche espérant même créer la surprise à l’issue du scrutin face au gouvernement libéral sortant de Mark Rutte. Durant la campagne, le PVV tout comme le SP avaient axé leur stratégie sur une remise en cause de la construction européenne, Geert Wilders plaidant même pour une sortie de l’Union européenne, un argument particulièrement séduisant dans un pays traditionnellement eurosceptique. De son côté, Emile Roemer, promettait de remettre en question le nouveau traité de stabilité et de croissance âprement négocié, s’il remportait le scrutin et devenait par conséquent le nouveau Premier ministre. Comme l’explique Burgoon Brian, professeur à l’Université d’Amsterdam pour Euronews : « Il y a des divisions très fortes sur cette question. Dans le contexte de crise économique, de crise de l’euro et des dettes souveraines, on constate une progression très forte à chaque extrême de l‘échiquier politique »

Une stratégie qui n’a cependant pas été validée par les Néerlandais si l’on en croit les résultats annoncés par la NOS. D’après la télévision publique, le VVD (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, parti libéral) de Mark Rutte et le PvdA (Partij van de Arbeid, parti travailliste) semblent être les grands gagnants du scrutin avec respectivement 41 et 39 sièges. De son côté, le PVV connaît un fort recul en perdant une dizaine de députés (passant de 24 à 15 sièges) et le SP d’Emile Roemer réalise un score décevant, loin des projections réalisées par les instituts de sondages qui lui prédisaient une trentaine de sièges, suffisant pour peser au sein de la Chambre basse.

Le recul du PVV et du SP s’explique sans doute par un certain réalisme chez les Néerlandais quant à la crise et aux solutions proposées. Face aux propositions certes séduisantes mais radicales de Geert Wilders et d’Emile Roemer, les électeurs bataves ont finalement choisi la voie du pragmatisme en accordant leurs suffrages à deux partis traditionnels. Le VVD et le PvdA l’ont d’ailleurs bien compris dans le sens où si leurs chefs de file ont réaffirmé leur engagement européen, ils se sont montrés en revanche plus modérés et évasifs sur les solutions à apporter et surtout plus fermes sur les politiques actuellement menées notamment vis-à-vis de la Grèce et de la zone Euro.

Comme l’indique le sociologue Paul Scheffer dans le Monde, « la politique extérieure est devenue intérieure ou a, en tout cas, largement pesé sur le débat national », ce qui explique sans doute le succès des libéraux et des travaillistes qui seront amenés à gouverner les Pays-Bas au sein d’une nouvelle coalition, dans la mesure où ni le VVD ni le PvdA n’a obtenu la majorité absolue. La tâche ne sera pas évidente en raison des points de divergences qui demeurent entre les deux vainqueurs notamment sur la crise de l’Euro et de l’attitude à adopter face à la Grèce, ce qui laisse présager une fragile coalition qui sera sans doute aux libéraux de gauche de D66 et du CDA, le parti chrétien-démocrate, malgré sa déroute politique. Toujours est-il que la performance électorale des partis pro-européens (à l’exception du CDA qui passe sous la barre des dix sièges, soit le pire score de son histoire) montre qu’en dépit de la crise et des plans d’austérité imposés par le gouvernement de Mark Rutte, les Néerlandais ont finalement préféré des solutions pragmatiques et réalistes à des recettes radicales et incertaines. Ce qui marque également une tendance, à savoir que les partis populistes (de droite comme de gauche) n’arrivent finalement pas à capter suffisamment la colère des citoyens pour espérer rafler la mise dans les urnes comme l’ont montré les précédents scrutins au sein des Etats-membres de l’UE, notamment ceux qui sont les plus durement frappés par la crise comme la Grèce ou bien encore le Portugal sans oublier l’Irlande.

Gilles Johnson 

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2 réflexions sur “Pays-Bas: la victoire surprise des pro-européens

  1. Les Pays-Bas sont-ils vraiment un pays « traditionnellement eurosceptique » ? C’est quand même l’un des Etats fondateurs de la CEE. Il y a, certes, le rejet du TECE en 2005, par référendum. Mais il me semble que jusque dans les années 1990, au moins, les Néerlandais étaient plutôt bienveillants à l’égard de l’intégration européenne…

  2. Les Néerlandais sont devenus progressivement eurosceptiques au fil des années (certes, de manière moins flagrante que les Britanniques ou les Danois, mais quand même !) Disons qu’au fur et à mesure de la construction européenne, ils sont devenus un peu plus critiques et plus réticents à s’engager dans une voie fédérale. En même temps, les Néerlandais sont pragmatiques, comme tu l’as souligné, ce sont des membres fondateurs de l’UE et se rendent compte que l’UE fait partie intégrante de leur vie et de la politique internationale des Pays-Bas, et ils en sont conscients !

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