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Un discours fondateur mais passé inaperçu


Mercredi dernier s’est déroulé un moment important au Parlement européen de Strasbourg. Le président de la Commission européenne a en effet prononcé le traditionnel discours sur l’état de l’Union européenne où il est notamment revenu sur le contexte de la crise, mais également les défis qui attendent les Etats-membres et la construction européenne.
Parmi les points forts de son discours, José Manuel Barroso a notamment annoncé la publication d’un rapport visant à renforcer l’Union économique et monétaire et a plaidé pour un changement de cap et une nouvelle philosophie, évoquant ainsi une « fédération d’Etat-nations », une première pour un Président de la Commission européenne réputé pour son fédéralisme timoré.

Un discours attendu en ce temps de crise de la zone Euro et même de la construction européenne. En effet, à l’heure où l’euroscepticisme ne s’est jamais aussi bien porté au sein de l’Union, la déclaration de Barroso parait comme audacieuse et intéressante, confirmant le fédéralisme comme quelque chose à la mode auprès de certains de nos gouvernants européens. Cependant, la prise de position de l’ancien Premier Ministre portugais (2002 à 2004) est passée quasi-inaperçue au grand dam de certains, dont le bloggeur Fabien Cazenave, ayant même eu des mots assez durs envers les médias français sur son blog.

La colère de l’ancien rédacteur en chef du Taurillon, le journal des Jeunes Européens France, est logique et compréhensible dans la mesure où aucune chaîne de télévision, ni station de radio, n’a jugé utile de commenter le discours de Barroso ou bien encore de le diffuser en direct, ni même de relayer l’information dans leur journaux télévisés respectifs. Face à la sortie de l’I-Phone 5 et autres faits divers, le discours sur l’Etat de l’Union avait une forte concurrence et pouvait difficilement rivaliser. Un tel écart de la part de TF1, France Télévisions, M6 et autres chaînes d’information en continu (à l’exception logique et notable d’Euronews) donne une fois de plus le sentiment que l’actualité européenne reste au second plan et qu’elle ne concerne qu’une infime partie des citoyens qu’ils soient eurosceptiques comme europhiles.

Malgré tout, si une telle colère semble légitime, elle ne devrait pas être surprenante tant on connait le traitement déjà faible de l’actualité européenne dans les médias français. Si France Télévisions couvre régulièrement l’Union européenne et ses Etats-membres (et encore !), que dire de TF1, la première chaine de télévision française et européenne (en terme d’audience et de téléspectateurs) qui préfère envoyer ses équipes à Lille pour couvrir le Conseil de l’Union en lieu et place d’un correspondant permanent ?

S’il est du devoir des rédactions (notamment télévisées) de traiter une telle information (surtout de cette importance), il convient de rappeler – à leur décharge – que le discours sur l’état de l’Union reste encore assez peu connu dans la mesure où il est encore récent. En effet, un tel exercice n’existe que depuis 2010 et reste peu ancré dans l’esprit des citoyens à l’inverse de la version américaine du discours sur l’état de l’Union qui au fil des décennies, est devenu une véritable institution et un véritable rendez-vous politique outre-Atlantique. Autrement dit, il faudra encore quelques temps pour que le discours sur l’état de l’Union européenne rentre dans les habitudes des Européens et en premiers lieux des médias nationaux. A eux de jouer leur rôle de relais, ne serait-ce que pour garantir le débat entre citoyens européens et nationaux, condition sine qua none pour ne pas tomber dans l’euroscepticisme primaire ou pire l’euro-indifférence.

«Trouver scandaleux le fait de ne pas parler du discours de José Manuel Barroso n’est pas un caprice de pro-européen. Le discours du président de la Commission européenne est important et doit permettre un débat. Les eurosceptiques, les pro-européens et les fédéralistes ne sont pas les seuls à devoir être informés de cette déclaration. De plus, cela a été fait de manière solennelle devant les représentants des citoyens », comme l’explique très clairement Fabien Cazenave sur son blog. A ce titre, il parait nécessaire pour ne pas dire évident que le discours du président de la Commission européenne aurait mérité davantage de couverture médiatique, surtout à l’heure où le sentiment de défiance des citoyens à l’égard de l’Union européenne reste fort. Malgré tout, et en dépit de l’indifférence quasi-générale, le discours sur l’état de l’Union version 2012 n’en demeurait pas moins fondateur et surtout utile dans les débats actuels qui agitent la construction européenne et ses dirigeants.

 

Gilles Johnson

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Une réflexion sur “Un discours fondateur mais passé inaperçu

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