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« Quelles perspectives pour la relation franco-turque après les élections en France ? »

Mercredi matin, de 8h30 à 10h00, j’ai assisté à un petit-déjeuner débat en présence de personnalités de l’Union européenne. Organisé par l’Institut du Bosphore, premier think-tank entièrement dédié aux relations entre la France et la Turquie, le débat avait pour thème : « quelles perspectives pour la relation franco-turque après les élections en France ? »

Sont intervenus au cours du débat :

Bahadir Kaleagasi,Président de l’Institut du Bosphore
Elisabeth Guigou,Présidente de la Commission des Affaires étrangères, Assemblée Nationale
Yasar Yakis, Ministre des affaires étrangères de Turquie (2002-2003), Président la Commission d’Harmonisation avec l’Union européenne (2003-2011), Co-président de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie (2003-2011), Président du Groupe d’Amitié France-Turquie  (2007-2011)
Hélène Flautre,Membre du Parlement européen (Groupe des Verts/Alliance libre européenne) , Co-présidente de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie, Parlement européen
Kadri Gursel, Chroniqueur, le quotidien Milliyet
Didier Billion, Directeur des publications de l’IRIS

Sur la liste des personnes invitées : de grands noms de la presse française mais aussi des diplomates, des ambassadeurs et des personnalités politiques françaises. 

Elisabeth Guigou : un discours porteur d’espoir

D’emblée, la Présidente de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale s’est dit « optimiste » concernant la relation franco-turque. Si elle déplore que la succession des gouvernements français n’a pas apporté de « grands changements », c’est pour mieux mettre en avant l’espoir qu’elle porte dans le nouveau gouvernement français. 

Concernant le «dossier majeur » – id est les négociations d’adhésion de la Turquie dans la sphère européenne – Mme Guigou espère qu’il y aura un «déblocage » des sanctions de la France contre la Turquie, même si d’autres États membres bloquent encore le processus. En effet, huit chapitres sont bloqués par l’Union européenne en raison de la non application par la Turquie du protocole d’Ankara. De même, plusieurs Etats membres s’opposent de pied ferme à l’intégration de la Turquie pour des raisons politiques (Chypre, Grèce, Allemagne et Autriche).  

Cependant, l’ancienne ministre déléguée chargée des Affaires Européennes reste réaliste. D’une part, elle s’interroge : la Turquie ne risque-t-elle pas de basculer un jour dans une «position fâcheuse» vis-à-vis de l’Union européenne qui la rejette depuis tant d’années ? D’autre part, les élections législatives en Turquie (juin 2011) n’ont toujours pas permis de faire évoluer les choses en matière de « respect des droits de l’homme ».

Elisabeth Guigou reste néanmoins convaincue que la «Turquie peut surpasser ces difficultés». En fin de compte, l’Union européenne aurait intérêt d’accueillir la Turquie dans son club. Non seulement cet Etat serait un «multiplicateur de puissance »  mais en plus, comme le souligne Mme Guigou, «l’Europe doit aller chercher de la croissance à l’extérieur d’ elle-même».

Yasar Yakis : un discours plus amer

Yasar Yakis, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Turquie (2002-2003), a introduit la question du génocide arménien. M. Yakis déclare : « Qu’est-ce que la France a gagné sur la question arménienne ? On ne peut pas savoir ce qu’elle a gagné mais plutôt ce qu’elle a perdu. » 

Par ailleurs,Véronique Auger, la Rédactrice en chef du magazine européen « Avenue de l’Europe » souligne : « L’ancien ministre des Affaires étrangères turc, Monsieur Yasar Yakis, s’est montré moyennement séduit par les propos d’Elisabeth Guigou. Il ne comprend pas pourquoi on s’évertue à bloquer l’ouverture de négociations sur les chapitres alors que la Constitution française prévoit de toute façon un référendum en bout de course pour ou contre l’intégration de la Turquie. « La France s’épuise pour une cause irréelle » a-t-il déclaré. En attendant, a-t-il ajouté, elle fait perdre des milliards d’euro à ses entreprises sanctionnées par Istanbul. » 

Hélène Flautre : pour une adhésion de « bonne foi » 

Selon la députée européenne (Groupe des Verts/Alliance libre européenne) et co-présidente de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie, les négociations entre la France et la Turquie sont actuellement « au point mort ». C’est pour cela qu’elle voit en la  présidence de François Hollande un « facteur pouvant relancer la dynamique de ce processus d’adhésion ». 

Par ailleurs, l’eurodéputée nous a confié que Laurent Fabius utilisait très fréquemment l’expression de « bonne foi » pour qualifier la relation entre la Turquie et l’Union européenne. Selon elle, le processus d’adhésion doit être « fiable, loyal et de bonne foi ». Enfin, la question des sanctions européennes contre la Turquie reste un « gros cailloux «  à régler.


Finalement, chaque discours aura abordé la question de la relation franco-turque sous un angle différent. Elisabeth Guigou a tenu un discours plein d’espoir tandis que Yasar Yakis semblait moins convaincu par l’amélioration de la relation entre les deux pays. Hélène Flautre, quant à elle, attend beaucoup des changements politiques en Europe. En effet, deux changements politique majeurs pourront influencer la relation franco-turque : la nouvelle présidence française ainsi que les futures élections chypriotes. Ces deux changements politiques pourront-ils faire avancer les négociations ? Réponse dans quelques mois …

Pauline Armandet 

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