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Géorgie, une élection à (très) haut risque

Ce 1er octobre, la Géorgie élit son nouveau Parlement dans une atmosphère très tendue entre un président contesté et une opposition qui souhaite faire de cette élection, un référendum pour ou contre le pouvoir en place. Mais derrière cette tension palpable, se cache le tiraillement d’une jeune république partagée entre une imposante Russie et une Union européenne qu’elle désire et dont elle sait que les résultats de son élection seront analysés à la loupe par cette dernière, Politique de voisinage oblige. Analyse.

Ce lundi, les Géorgiens se déplacent aux urnes pour renouveler leur Parlement dans un contexte national et politique très tendu.

Ancienne république soviétique et profitant du démantèlement du bloc de l’Est et de l’URSS en 1991 pour retrouver son indépendance, la Géorgie est toujours à la recherche d’une certaine stabilité géopolitique et interne notamment depuis 2008 et la guerre éclair avec la Russie qui l’a laissée exsangue notamment vis-à-vis de son imposant voisin. Une guerre qui a eu des conséquences majeures sur un plan politique notamment pour l’actuel président, Mikhail Saakachvili, dont certains s’interrogent sur le bien-fondé de sa politique de rapprochement envers l’Union européenne mais aussi l’OTAN qu’elle souhaite rejoindre.

Si à l’heure actuelle, le parti de l’actuel chef de l’Etat reste en tête dans les sondages, l’ambiance semble de plus en plus tendue et la défiance envers le pouvoir de plus en plus forte. Mikhail Saakachvili, fait en effet face à une opposition hétéroclite menée par Bidzina Ivanichvili, un très riche homme d’affaires réputé proche de Moscou qui remet en cause sa pratique autoritaire du pouvoir. De son côté, le Mouvement national uni, le parti de l’actuel président, accuse le Rêve géorgien (la coalition d’Ivanichvili qui regroupe des partis nationalistes, ainsi que d’anciens proches de l’actuel président) de semer le trouble au sein de la population et d’arrimer le pays à la Russie, le grand et encombrant voisin.

Car c’est bel et bien la personnalité du président sortant qui est au centre de la campagne dans la mesure où ce dernier polarise les tensions. Une personnalité ambivalente qui est mise en avant par le Rêve géorgien qui cherche à transformer le scrutin actuel en un référendum pour ou contre Saakachvili. L’homme, figure de proue de la Révolution des roses de 2003[1] et président depuis 2004, a déçu bon nombre de Géorgiens qui mettent désormais en cause sa pratique personnelle du pouvoir mais aussi l’omnipotence de son parti qui détient plus de 80% des sièges (119 sur 150) au Parlement. Face à lui, le Rêve géorgien cherche à fédérer tous les déçus de l’actuel président et capitaliser sur le mécontentent actuel pour mieux conquérir le pouvoir et pousser Saakashvili à la démission. Une hypothèse qui ne semble pas effrayer le parti présidentiel qui met cependant en garde les Géorgiens contre une éventuelle victoire de l’opposition, une victoire qui mettrait en cause le fragile équilibre du pays et sa politique pro-occidentale.

Car il convient de rappeler – et c’est même l’autre enjeu de l’actuelle campagne – que le pays fait l’objet de toutes les attentions et notamment de la Russie, des Etats-Unis et de l’Union européenne en raison de sa position géographique. Situé au cœur du Caucase, la Géorgie est un pays stratégique qui a longtemps oscillé entre le rapprochement avec la Russie et celui avec l’Occident même si Saakachvili mène depuis son arrivée au pouvoir, une politique ouvertement pro-occidentale. Une position qui suscite de nombreuses convoitises et d’importants enjeux aussi bien sur un plan intérieur qu’extérieur et qui pèsent lourdement sur cette campagne électorale très électrique. A ce propos, l’hypothèse d’un rapprochement avec la Russie, prônée par Ivanchvili, est agitée tel un chiffon rouge par celles et ceux qui craignent une perte d’indépendance de la Géorgie, nombre de Géorgiens ayant été déjà très marqués par la guerre de 2008.

C’est donc un scrutin à haut risque pour le président en exercice Mikhail Saakachvili qui joue son va-tout pour se maintenir au pouvoir en accusant l’opposition de préparer les troubles dès les premiers résultats connus. Vingt et un après sa nouvelle indépendance, la Géorgie connait encore d’importants soubresauts et semble toujours hésiter entre une voie pro-occidentale et prorusse à l’instar des républiques de l’ex-URSS. A ce titre, la polarisation de la vie politique et du scrutin autour du président Saakachvili est un bon indicateur et nul doute que les résultats seront étudiés à la loupe notamment par l’Union européenne dans le cadre de sa politique de voisinage.

Gilles JOHNSON


[1] Initiée en novembre 2003 au lendemain d’élections parlementaires truquées, la Révolution des roses est un mouvement pacifique menée par Mikhail Saakachvili, alors leader de l’opposition contre le régime d’Edouard Chevardnadze, président de la République depuis 1992. Une révolution qui a poussé ce dernier à la démission et qui s’est finalement conclue par la victoire du parti de Saakachvili aux législatives puis à la présidence en janvier 2004. 

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Une réflexion sur “Géorgie, une élection à (très) haut risque

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