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Le Prix Nobel de la Paix attribué à l’UE : un message d’espoir

Une nouvelle inattendue nous est parvenue ce matin de Norvège, où le comité des prix Nobel a annoncé que celui de la Paix était attribué à l’Union Européenne. Je commencerai par présenter quelques réactions, avant de souligner pourquoi ce prix est justifié.

Quelques réactions

Cette récompense a généralement été accueillie positivement, en ces temps de difficultés économiques. Ainsi que l’a dit Joseph Daul, Président du groupe PPE au Parlement Européen, « l’Union européenne est le plus grand projet de paix qui ait jamais existé, non seulement en Europe, mais dans le monde entier. Aujourd’hui, l’histoire de l’Union européenne et ses valeurs sont reconnues. Nous connaissons l’importance de la tolérance, du dialogue et de la solidarité et nous avons fait de la promotion de ces valeurs dans le monde notre priorité. »

Quant à Jacques Delors, ancien Président de la Commission Européenne, il a exprimé son émotion et rappelé le souvenir des Pères fondateurs – Schuman, Monnet, Adenauer, De Gasperi, … – à qui nous devons ce prix.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que « l’UE est plus qu’une monnaie », même si les travaux de ces derniers mois se sont concentrés sur la monnaie unique, et que 60 ans sont très courts à l’échelle de l’Histoire. C’est pourquoi il importe de toujours continuer à défendre la liberté et la démocratie.

Martin Schulz, Président du Parlement Européen, a dit que ce prix était « pour tous les citoyens européens » et a noté que « plusieurs nations négocient librement leur adhésion à l’UE, un signe que malgré les défis économiques actuels, l’Union Européenne continue d’être un pôle de stabilité, prospérité et démocratie ». Il a également ajouté que « les principes et valeurs de réconciliation de l’UE peuvent servir d’inspiration à d’autres régions du monde. Des Balkans au Caucase, l’UE sert de balise en matière de démocratie et de réconciliation. »

D’autres réactions étaient plus sceptiques, s’interrogeant sur l’opportunité de donner ce prix Nobel à l’UE maintenant, alors que les citoyens souffrent des conséquences de la crise économique et que la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) reste assez faible.

Les commentaires ci-dessous visent à répondre à ces critiques et à expliquer pourquoi cette récompense est bienvenue.

La reconnaissance du succès d’un projet remarquable

Dans sa déclaration à la presse, le comité norvégien du Prix Nobel a souligné le fait que « depuis 1945, [la] réconciliation [franco-allemande] est devenue une réalité ». En effet, la période de paix se poursuivant jusqu’aujourd’hui est sans doute l’une des plus longues, voire la plus longue de l’Histoire européenne. Il convient de se souvenir qu’avant 1945, la France et l’Allemagne s’étaient affrontées au cours de 3 guerres en 75 ans ! Ainsi qu’indiqué dans la déclaration du comité, « cela montre comment, par des efforts efficaces et par le développement d’une confiance mutuelle, des ennemis historiques peuvent devenir de proches partenaires. »

Ayant réussi à réconcilier d’anciens ennemis, l’Union Européenne (à l’époque, la Communauté Européenne) est également devenue un symbole de paix hors de ses frontières. Les premiers pays à en bénéficier furent la Grèce, l’Espagne et le Portugal, anciennes dictatures devenues membres de la CEE/CE après leur conversion à la démocratie. Quelques années plus tard, après la chute du Mur de Berlin, le message en faveur de la paix, la démocratie et les droits de l’Homme atteignait les pays de l’ancien bloc communiste, accompagnant les changements des années 1990 avant la vague d’adhésion en 2004 et 2007. Et les perspectives d’élargissement ne sont pas épuisées, puisque l’UE s’apprête à accueillir un 28ème membre l’an prochain : la Croatie.

Ce prix n’est pas seulement pour le passé, mais concerne aussi le présent et l’avenir

Le Comité, ainsi qu’écrit ci-dessus, a mentionné les perspectives d’élargissement pour les pays voisins de l’UE comme incitation, pour ces derniers, à vivre en paix et à davantage respecter les Droits de l’Homme (même si, encore une fois, la situation n’est pas parfaite). En effet, les critères de Copenhague, qui sont un prérequis pour l’adhésion à l’UE, incluent la paix, la démocratie et le respect des Droits de l’Homme.

Par ailleurs, l’UE est un exemple de réconciliation réussie et peut partager son expérience avec des Etats situés dans des zones telles que les Balkans où, après une diplomatie chaotique au début des années 1990, les Etats membres de la CE se sont finalement unis pour mettre fin à la guerre et promouvoir la paix sous drapeau européen.

L’UE est plus qu’une simple union économique

Tandis que « l’UE traverse actuellement de graves difficultés économiques et fait face à des troubles sociaux considérables », le comité du Prix Nobel a souhaité « se concentrer sur ce qu’il considère comme la réalisation la plus importante de l’UE : le combat réussi en faveur de la paix et de la réconciliation et pour la démocratie et les Droits de l’Homme ». C’est également ce qu’Angela Merkel a noté très justement (cf. ci-dessus).

L’UE dans le monde

Il est vrai que l’action de l’UE pour promouvoir la paix et les Droits de l’Homme à travers le monde demeure assez méconnue et se limite généralement à des instruments de soft power. En outre, le Service Européen d’Action Extérieure (SEAE), un jeune organe, a besoin de temps pour être pleinement opérationnel et efficace.

Les raisons de cette faiblesse de la PESC sont diverses. La principale, à mon sens, est que les décisions sont prises à l’unanimité par des gouvernements nationaux

Donc, l’UE peut et doit faire davantage, mais il me paraît faux d’affirmer que l’UE ne fait rien pour promouvoir la paix hors d’Europe. Premièrement, l’UE est leader mondial de l’aide au développement. Deuxièmement, elle contribue à plusieurs missions de maintien de la paix dans le monde entier. Et troisièmement, un certain nombre d’accords commerciaux avec des pays moins développés incluent des clauses de conditionnalités liées au progrès de la démocratie, des Droits de l’Homme et de la paix.

Le combat incessant pour la démocratie

Terminons par cet aspect qui n’est pas le moins important, selon moi. D’après le comité du Prix Nobel, « le travail de l’UE représente la ‘fraternité entre nations’ ». Ce travail n’est jamais fini : la paix doit être défendue et ne doit pas être considérée comme un acquis, car c’est précisément en ces moments d’inadvertance qu’elle est le plus menacée. Des exemples évidents s’offrent à nos yeux : la montée des extrémismes et du nationalisme et la tentation du repli sur soi sont une réalité dans plusieurs Etats membres.

Nous devrions nous souvenir que pour préserver la paix en Europe, il faut également garantir la justice sociale en ces temps de crise économique. Les Pères fondateurs de l’Europe savaient que la paix ne pouvait être obtenue qu’en garantissant la prospérité pour tous. Le concept d’économie sociale de marché est apparu dans les années 1950 en Allemagne et reste une composante essentielle du « modèle social européen ».

En conclusion, ce Prix Nobel de la Paix est une reconnaissance du passé, un message d’espoir pour le présent et un encouragement à faire davantage dans le futur.

Pierre-Antoine KLETHI

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