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Un prix qui engage

L’Union européenne a reçu ce vendredi, le prix Nobel de la paix à Oslo (Norvège). A ce titre, nombreux furent les responsables européens et nationaux qui se sont félicités de cette distinction tels Martin Schulz, le président du Parlement européen ou bien encore François Hollande, le président de la République française. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a parlé de grand honneur notamment les Européens que nous sommes.

Cette distinction arrive au moment même au l’Union européenne se trouve à la croisée des chemins et qu’elle affronte une crise, la plus profonde de son Histoire. A ce titre, nombre de personnes – principalement sur les réseaux sociaux – s’interrogent sur le bien fondé d’une telle récompense, à l’instar de celle attribuée à l’actuel président des Etats-Unis, Barack Obama, en 2009. Pour certains en effet, attribuer un tel prix est quelque peu incompréhensible, pour ne pas saugrenu, une façon assez subtile de redorer le blason à une institution de plus en plus critiquée par les citoyens. A cela, rappelons même le contexte politique actuel dans lequel les chefs d’Etats et de Gouvernement semblent jouer de rivalité et de surtout de méfiance notamment vis-à-vis de la Grèce et des autres PIGS, crise de l’Euro oblige. On est très loin des heures fastes de l’Union européenne où certains leaders nationaux comme Helmult Kohl et François Mitterrand ou certains dirigeants européens comme Jacques Delors (président de la Commission européenne de 1985 à 1995) n’hésitaient pas à mettre en avant leurs convictions pro-européennes notamment face à une opinion publique, pas toujours favorable.

En attribuant ce prestigieux prix à l’Union européenne, le comité Nobel a voulu rendre hommage à l’idée européenne plutôt qu’à l’institution en elle-même, une manière de dire qu’en dépit de ses contradictions, de ses difficultés ou même de ses échecs (notamment durant la crise yougoslave en 1991, prélude à la guerre qui s’en est suivi), l’Union européenne a réussi l’essentiel, à savoir la paix. On l’oublie assez souvent, mais la construction européenne fut initiée sur une espérance, celle de bâtir un espace de prospérité et de paix par et au service des Européens, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un conflit traumatisant et meurtrier pour nombre de populations. Une idée, lancée par des intellectuels tels Gasperi, Schuman ou bien encore Monet, supposait que les Européens se comprennent et se connaissent, condition sine qua none pour installer durablement la paix mais également la confiance.

L’action de ces Pères Fondateurs a été cruciale pour insuffler cette idée d’Europe et rendre le processus d’intégration, irréversible et logique et ce, malgré les soubresauts de l’Histoire. L’idée d’Europe ne va pas de soi, même si elle semble évidente et facile à évoquer notamment pour la génération actuelle, familier d’ERASMUS ou plus ouverte sur le monde qu’il entoure. Ce qui explique sans doute la réaction sceptique de certains quant à l’opportunité ou non de remettre le Prix Nobel à l’Union européenne, surtout à l’heure où on accuse de tous les maux, et de tous les déficits en particulier démocratique.

C’est donc un prix qui à la fois rend hommage à l’Europe en tant qu’idée mais qui engage l’Union Européenne en tant qu’institution. A l’instar de Barack Obama en 2009, on peut parler de pari sur l’avenir, dans la mesure où l’Union européenne doit désormais se réinventer, tout en n’oubliant pas son but initial, sa raison d’être, c’est-à-dire la paix. Une manière de dire que malgré la crise que traverse l’Union européenne, l’Europe, en tant qu’idée, reste indispensable, surtout dans le contexte actuel. Une idée qu’il convient de conserver et de respecter, ce qui suppose une nouvelle voie pour l’Union européenne, une voie plus citoyenne et plus démocratique.

C’est en cela, qu’il faut comprendre la décision du Comité Nobel, une décision à contre-courant si on se réfère aux tourments actuels de l’Union européenne. Même si cette dernière a encore beaucoup à faire, sa concrétisation et ses réalisations les plus visibles (une monnaie, une législation, des programmes, un Parlement) sont la preuve qu’elle a réussi l’objectif visé par les Monnet, Gasperi, Spaak et autres : assurer la paix dans son espace. Cela vaut bien un prix, même symbolique.

Gilles Johnson 

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2 réflexions sur “Un prix qui engage

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