États/États-membres

UE – Belgique : même destin, même combat ?

« Si la Belgique tombe, c’est toute l’Europe qui risque de s’écrouler ». C’est par cette phrase qu’Eric Zemmour avait résumé la situation du Plat pays au lendemain de la chute du gouvernement de centre-droit d’Yves Leterme en avril 2010, suite au départ des libéraux néerlandophones et à l’absence de consensus sur l’avenir électoral et judiciaire de l’arrondissement BHV (Bruxelles – Hal – Vilvorde)

 

Deux ans après, cette déclaration du célèbre et controversé polémiste et journaliste français semble faire écho, notamment au lendemain des élections communales et de la percée des indépendantistes en Flandre et de leur leader Bart de Wever à Anvers. Dans une tribune du Volkstrant, journal néerlandais, l’historien Thomas von der Dunk partage la même analyse qu’Eric Zemmour et va même plus loin considérant que l’Europe va échouer car le modèle belge (dont elle s’en inspire directement) a échoué.

UE – Belgique, même communauté de destin ? Certaines similitudes existent en effet entre les deux entités. Plusieurs communautés vivant dans un même espace fonctionnant sur le principe de solidarité (notamment financière), un principe constamment mis à mal depuis des années, pour ne pas dire des décennies et miné par la question du nationalisme et du régionalisme. Dans le cas de la Belgique, ce sont bien sur les transferts financiers entre Flamands et Francophones qui sont montrés du doigt par certains groupes et leaders politiques (telle la Nieuve Vlaams Alliantie). Au sein de l’UE, la crise de la zone Euro a montré les limites de la solidarité Nord-Sud, certains comme les Allemands ou les Finlandais exigeant de plus en plus des gages de la part des Etats en (grande) difficulté, la Grèce en tête.

A cela, s’ajoute une montée des nationalismes de plus en plus forte et revendicative. En Belgique comme dans le reste de l’UE, la question nationale devient une arme politique pour remettre en cause un système et mieux défendre ses intérêts. En Flandre, comme en Catalogne, en Lombardie, au Pays Basque ou bien encore en Ecosse, c’est encore la question de l’autonomie fiscale qui est mise en avant pour mieux brandir celle de l’indépendance politique, comme instrument de chantage.

L’UE semble donc connaitre le même destin que la Belgique pour nombre d’analystes tels Zemmour et von der Dunk : l’échec d’un modèle qui nie les réalités et les particularités régionales au profit de davantage d’intégration et de solidarité. La Belgique est donc une sorte de laboratoire pour une Union qui à force de négliger les identités et les aspirations nationales, risque tout bonnement de se retrouver contestée à terme comme le souligne si bien l’historien néerlandais. Pour lui, « si les partis flamands n’ont pas réussi à convaincre leur électorat du bienfait de la solidarité entre Flamands et Wallons, comment une solidarité entre Flamands et Grecs pourrait-elle être possible ? »

La persistance de la question nationale au sein de l’UE est un important révélateur, celle d’une Europe en crise qui peine à se réinventer et aussi à se réformer. Il en est de même pour la Belgique qui est en perpétuelle mutation et qui peine à durablement se stabiliser. Toutefois, la question nationale sert davantage de moyen de pression que comme instrument pour parvenir à un objectif. Autrement dit et comme écrit auparavant, le nationalisme sert plutôt d’arme politique et de moyen de pression pour obtenir d’importantes concessions comme le montre le récent bras de fer entre le gouvernement nationaliste catalan et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à propos d’un nouveau transfert de compétences fiscales. Un bras de fer qui s’est conclu par la tenue d’élections anticipées en Catalogne, prévues novembre prochain, aux allures de référendum sur le futur statut de cette province espagnole.

Aussi, il convient de nuancer les propos de von der Dunk même s’il ne manque pas de pertinences. De fait, tout va dépendre de la capacité aussi bien de la Belgique que de l’UE à se réinventer et surtout à réinventer un projet collectif, tout en n’oubliant pas un objectif essentiel : assurer un espace de paix et de stabilité, un objectif atteint (en partie) mais qui est constamment remis en question notamment via la montée des nationalismes. Face à la crise et à ce qu’elle engendre, l’UE se doit être en mesure d’apporter des réponses, des réponses qui passent – paradoxalement – par les Etats-membres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Elio di Rupo, premier ministre de Belgique, a souhaité, en marge du dernier Conseil européen, évoquer ces questions et que son homologue italien, Mario Monti, a proposé la tenue d’un sommet informel ad hoc sur ce sujet. Comme le souligne si bien Béatrice Delvaux dans son éditorial paru dans Le Soir – le quotidien belge francophone de référence – l’Europe est un rempart contre le populisme (et par extension au nationalisme), c’est une de ses raisons d’être et c’est sur ce principe que les Pères fondateurs l’ont imaginé il y soixante ans et que les Etats-membres doivent réaffirmer, notamment face un phénomène qui mine leur cohésion interne, Belgique en tête. 

Gilles Johnson 

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