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Artur Mas : pari perdu ?

Les Catalans étaient appelés aux urnes ce dimanche, pour renouveler leur parlement, conséquence de la convocation par Artur Mas d’élections anticipées.

Une élection qui avait valeur d’un référendum avant l’heure sur l’indépendance de cette province espagnole. En effet, ce fut le thème central de la campagne mis en avant par le président de la Generalitat et leader de Convergencia i Unio (CiU, coalition de centre-droit), Artur Mas qui voulait envoyer un signal clair à Madrid et au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, s’appuyant sur une partie de la population de plus en plus favorable à une sécession avec l’Espagne.

A l’issue des résultats, Artur Mas semble avoir réussi son pari, toutefois bien en deçà des objectifs qu’il s’était fixés. Certes, sa coalition reste en tête (avec 50 députés) mais en perdant une douzaine de sièges par rapport à 2010, ce qui l’éloigne assez nettement des 68 sièges nécessaires pour décrocher la majorité absolue. Un recul qui profite à l’Esquerra republicana de Catalunya (ERC), l’autre parti indépendantiste catalan (de gauche) qui passe de dix à vingt-un sièges et qui devient la véritable gagnante de ce scrutin, au détriment du Partit dels Socialistes de Catalunya(Parti socialiste catalan, PSC, 20 sièges) et du Partido Popular (PP, 20 sièges) qui progresse légèrement néanmoins.                                             

Le président du gouvernement catalan va devoir composer avec l’ERC pour espérer mener à bien son projet d’indépendance de la Catalogne. En effet, le leader indépendantiste escomptait sur une majorité absolue pour non seulement avoir les mains libres et surtout être en position de force vis-à-vis de Mariano Rajoy. Pour rappel, le leader du PP et président du gouvernement espagnol avait refusé, en septembre dernier, l’autonomie fiscale que réclamait la Catalogne au même titre que le Pays Basque, afin de faire face à la crise qui frappe durement la province la plus riche du royaume et considérant sa contribution financière au Royaume comme trop élevée.

En provoquant des élections anticipées, Mas espérait établir un nouveau rapport favorable à la Catalogne et mettre Madrid au pied du mur. Fort de la poussée indépendantiste dans la province – qui s’est matérialisée en septembre dernier avec un grand rassemblement à Barcelone d’environ 1 million de personnes selon les organisateurs – Mas espérait capitaliser ce succès et agiter le sceptre de l’indépendance afin de mieux faire plier Madrid. Une telle stratégie passait notamment par la promesse d’un référendum sur le statut de la province d’ici à 2014, malgré l’opposition du gouvernement central s’appuyant sur la Constitution qui ne prévoit pas une telle disposition.

La poussée des indépendantistes de gauche change partiellement la donne pour le président Mas dans la mesure où il aura besoin de ces derniers pour mener à bien ses projets. La logique voudrait que l’ERC et la CiU s’entendent notamment sur la tenue du référendum d’autodétermination. Toutefois, la percée de l’ERC marque également une sorte de désaveu pour le gouvernement catalan sortant qui s’engage depuis plusieurs mois dans une cure d’austérité afin réduire le déficit abyssal de la province qui subit de plein fouet les contrecoups de la crise, symbolisé par un fort taux de chômage. Il va sans dire que l’ERC demandera des gages assez clairs concernant les orientations économiques et sociales du futur gouvernement, condition sine qua none pour envisager une coalition gouvernementale qui est de toute façon, indispensable pour la CiU, si elle entend gouverner.

La victoire relative d’Artur Mas aura probablement des conséquences majeures sur la stratégie de la CiU. Les résultats montrent qu’au bout du compte, les Catalans, quoique séduits par la voie indépendantiste, ne demeurent pas encore prêts à mettre s’engager dans une telle direction et à placer leur destin dans les mains d’un seul parti, sans compter qu’une telle décision n’est pas sans conséquence sur le plan politique et surtout économique. Aussi, la stratégie d’Artur Mas et de la CiU sera sans doute de répondre aux préoccupations des catalans sur le plan économique et social, passage obligé, avant d’éventuellement penser à l’indépendance. En clair, un référendum courant 2014 semble être caduc, Mas devant tout d’abord s’assurer d’une coalition solide pour espérer se maintenir au pouvoir et rester en position de force vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Gilles Johson 

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Une réflexion sur “Artur Mas : pari perdu ?

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