Identité, Culture et Échange

Trois hommes et un Nobel

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Lundi midi, Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz se sont rendus à Olso pour recevoir le Prix Nobel de la paix décernée à l’Union européenne. 
Outre les trois principaux visages des institutions européennes, plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement se sont déplacés à cette occasion pour assister à la cérémonie parmi lesquels, le président de la République française, François Hollande, le chancelière allemande Angela Merkel ou bien encore le Premier ministre de Belgique, Elio di Rupo.


David Cameron, le premier ministre britannique ou bien encore Vaclav Klaus, le président de la République tchèque n’ont en revanche pas fait le déplacement. Nombreux furent celles et ceux qui se sont interrogés sur l’opportunité d’une telle délégation, trois personnes pour aller récupérer un Nobel. A ce titre, Jean Quatremer, sur son blog le 24 octobre dernier, avait même fustigé un tel choix considérant que cela ne faisait pas très sérieux et qu’il apportait une preuve supplémentaire du Traité de Lisbonne, en matière de représentation diplomatique.

La présence d’une telle délégation est en effet assez révélatrice de l’état d’esprit et de fonctionnement de l’Union européenne, à l’heure où celle-ci devrait faire preuve de clarté et surtout de simplicité. A ce titre, la création du poste de président permanent du Conseil européen, en décembre 2009, aurait du apporter à l’UE, ce fameuse représentation diplomatique, ce fameux visage, symbole des Européennes et des institutions européennes. Il va sans dire qu’il n’en est rien pour le moment, la faute sans doute à un Herman Van Rompuy qui, en dépit de sa probité et de son sérieux, n’a toujours pas osé endosser le rôle mais surtout à faire preuve d’autorité, vis-à-vis des chefs d’Etats et de gouvernement mais également et surtout vis-à-vis de ses homologues de la Commission et du Parlement. Pour faire simple, l’ancien premier ministre de Belgique se contente de ne pas outrepasser son rôle et surtout ses prérogatives, au grand dam de certains. Il en est de même pour José Manuel Barroso et Martin Schulz.

De fait, en restant dans leurs prérogatives, Barroso, Schulz et Van Rompuy ne font que s’en tenir aux Traités, reflétant au passage le fonctionnement actuel de l’Union européenne et de son processus décisionnel. Un processus dans lequel – indépendamment de toutes les théories politiques ci et là – il subsiste un certain équilibre ou plutôt un « pacte » de non-agression entre institutions (ou plutôt leurs trois représentants), histoire que chacune d’entre elles se sente prise en considération et surtout respectée, médiatiquement parlant. Une telle situation s’explique en grande partie par le fait qu’aucun des trois présidents cherchent véritablement à tirer la couverture à lui quant il s’agit de communiquer sur l’Europe et pas uniquement dans le cadre de leurs fonctions et de leurs politiques, laissant dès lors le champ libre aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres lorsqu’il s’agit de s’informer véritablement sur la construction et les politiques européennes.

Dès lors, la présence des présidents des trois institutions et d’une partie des chefs d’Etat et de gouvernement n’est que la conséquence logique d’une absence véritable (et sans doute volontaire) de toute stratégie de communication voulant qu’une personne, une seule représente l’UE et soit identifiée comme telle par l’ensemble des citoyens. Un objectif qui n’est pas irréalisable à terme mais qui demeure trop ambitieux dans l’immédiat en raison des subtilités du processus décisionnel européen mais également des sensibilités personnelles et des susceptibilités de nos chers dirigeants. En effet, il aurait été difficile de justifier un tel choix et non pas un autre (par exemple, que Martin Schulz vienne chercher seul le prix et non le président de la Commission ou bien encore les Vingt Sept, alors qu’ils ont tous une certaine légitimité), ce qui explique sans doute cette délégation hétéroclite à Oslo. Un sacré désordre qui paradoxalement fait le charme et constitue l’identité visuelle de l’UE et qui n’a finalement jamais empêché d’avancer, vaille que vaille.

Gilles Johnson 

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