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Portraits des dirigeant(e)s européen(ne)s élu(e)s : voyage au coeur de nos aristo-démocraties

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Ici nous discutons de l’Europe, le continent des démocraties. Dans nos régimes politiques, sur le Vieux Continent, on reconnaît à toutes et tous l’égal accès au pouvoir. En mettant fin aux privilèges des anciens régimes contrôlés par une minorité légitime du seul fait de sa naissance, nous laissons à l’ouvrier, le paysan ou l’employé la même chance de peser dans nos systèmes politiques. Or en s’arrêtant sur le profil sociologique de nos dirigeant(e)s, nous observons que la réalité est fort éloignée de ces belles théories

Les pays européens sont avant tout gouvernés par une petite élite appartenant aux classes sociales supérieures et éduquées pour gouverner parfois de père en fils. Ceci n’est pas une surprise mais l’énumération des exemples a le mérite de mettre en lumière plus clairement ce phénomène. De même, il semble intéressant d’analyser le rôle que joue l’élection dans nos système politiques comme moteur de la perpétuation de cette élite au pouvoir.

Filles et fils de…

Lorsque l’on s’attarde sur les professions qu’exerçaient les parents de 24 de nos chefs d’État ou premiers ministres actuels élus au suffrage direct universel, on remarque une sur-représentation des catégories sociales supérieures dans trois secteurs particuliers comme la santé, l’éducation et les affaires.

  • Portugal : Pedro Passos Coelho, 1er ministre, a un père médecin
  • Suède : Fredrik Reinfeldt , 1er ministre, a été élevé par un psychologue
  • Hongrie : Victor Orban, 1er ministre, a un père orthophoniste
  • Grèce : Antonis Samaras, 1er ministre, a un père cardiologue
  • France : François Hollande, président, a un père médecin
  • Islande : Johanna Sigurðardóttir, 1ère ministre, a un père professeur d’université
  • Danemark : Helle Thorning-Schmidt, 1ère ministre, a un père professeur d’université
  • Allemagne : Angela Merkel, chancelière, a une mère institutrice.

Il est aussi intéressant d’observer que certains descendent davantage de pères fortement dotés en capital économique :

  • Royaume-Uni : David Cameron, 1er ministre, a un père agent de change qui a fait en partie fortune en investissant dans des paradis fiscaux
  • Italie : Mario Monti, président du  Conseil équivalent de 1er ministre) est fils de banquier
  • Pays-Bas : Mark Rutte, 1er ministre, est le fils d’un directeur d’une société de commerce international.

On remarque aussi une présence importante d’héritiers qui pratiquent la politique comme on le fait dans une entreprise familiale, de père en fils. Ainsi :

  • Suède : Fredrik Reinfeldt avait un père conseiller municipal
  • Grèce : Antonis Samaras avait un grand-père député
  • Bulgarie : Boïko Borissov, 1er ministre, avait un grand-père maire et un père qui a travaillé pour le Ministère de l’Intérieur, en tant que responsable de la police
  • Espagne : Mariano Rajoy, 1er ministre, est le petit-fils d’un homme politique qui a co-rédigé le statut de la Communauté de Galice dans les années 30
  • Irlande : Enda Kenny, 1er ministre, mérite la palme de la transmission du savoir politique de père en fils. Il a succédé à son père comme député après que ce dernier soit décédé durant son mandat en 1975.

Fonctionnaires et professions libérales

Étant nés pour la plupart dans une famille à fort capital social ou économique, à l’exception de Jean-Claude Juncker (Luxembourg) et Robert Fico (Slovaquie) tous deux fils d’ouvriers, les actuels chef d’État ou de gouvernements européens ont aussi tous fait des études supérieures et souvent eu la chance de pratiquer des métiers qui peuvent servir de tremplin à la politique.

On remarque ainsi la sur-représentation de l’exercice d’une profession libérale (le droit ou les affaires). Lawrence Gonzi (Malte), Robert Fico (Slovaquie), Victor Ponta (Roumanie) et Jean-Claude Juncker ont tous les quatre fait des études de droit et obtenu le diplôme d’avocat. Viktor Orban est lui aussi diplômé de droit de l’université d’Oxford. Enfin, en dehors des professions libérales liées au droit on distingue les hommes d’affaire comme Monti qui a conseillé la banque Goldman Sachs tout comme Andrus Ansip (Estonie) qui a été banquier. De même Rutte (Pays-Bas), a été directeur des ressources humaines pour la multinationale Unilever et Passos Coelho fut, avant d’être premier ministre du Portugal, le dirigeant de deux holdings. Quant au Polonais, Bronislaw Komorowski, il fut éditeur avant de devenir Président.

On observe enfin la présence de ceux issus de la fonction publique. Hollande (France) a été haut fonctionnaire à la Cour des Comptes, Monti (Italie) ou Elio di Rupo (Belgique) ont été professeurs d’université. Quant à Rajoy, il fut en son temps le plus jeune Espagnol à obtenir de le concours de conservateur des hypothèques.

Parmi les 24 dirigeant(e) étudiés, il semble qu’il n’ait que la Première Ministre islandaise qui ait exercé une profession d’employé dans le secteur privé, en l’occurrence comme hôtesse de l’air.

Il ne s’agit pas ici d’accuser les dirigeant(e)s des pays européens de faire partie d’un groupe de super riches qui auraient acheté leur domination mais bien de mettre en avant que leur profession (fonctionnaire ou libérale) ont été un avantage certain. La sécurité de l’emploi pour un fonctionnaire ou le fait d’être à son compte pour un avocat ou un dirigent d’entreprise laissent en effet plus de temps pour se consacrer à la chose politique. De plus on sait que les métiers de professeurs d’université, de chefs d’entreprise ou d’avocats impliquent une certaine habitude à faire face à un public et à s’y adresser et donc d’être un bon orateur.

La faute à l’Abbé Sieyès?

Pour comprendre comment les classes sociales supérieures s’imposent à la tête de nos États, il est pertinent de se pencher sur Les principes du gouvernement représentatif, de Bernard Manin. Comme le rappelle ce politologue, ce que nous appelons aujourd’hui « démocratie » n’était pas appelé ainsi il y a moins de trois siècles. Montesquieu considérait que seul le tirage au sort permettait la démocratie alors que le suffrage par choix était selon lui digne d’une aristocratie. Ici réside certainement une des explications de la captation du pouvoir par une élite: l’élection! L’ « élection » qui comme le rappelle Manin a en commun au moins une chose avec « l’élite »: sa racine latine.

En parcourant Les principes, on réalise que la situation actuelle d’une sur-représentation des classes sociales supérieures à la tête de nos « démocraties » n’est pas une surprise ni un hasard de l’histoire mais bien une propriété de la démocratie représentative. Si les révolutionnaires de 1789 ont choisi l’élection et non pas le tirage au sort pour mettre fin à l’Ancien Régime, ils savaient très bien que cela mènerait à la situation qu’on connaît aujourd’hui en Europe.

Comme l’expliquait l’Abbé Sieyès, député du Tiers-Etat à l’époque, l’élection permettra le bon fonctionnement de notre société marchande. Dans cette société le Peuple travaille et produit la richesse. Mais trop occupé par sa besogne il n’a point le temps de se consacrer à la politique. Une partie de la population alors plus capable et qui a plus de temps à dédier à la cause publique se fera un plaisir d’assumer les responsabilités politiques. Et voilà la division du travail appliquée au domaine politique. Le vote scinde en fait la population en deux faisant d’une minorité des professionnels de la politique et apprenant à la majorité a en ignorer les ressorts.

Maxime Orhon

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