Euroscepticisme

David Cameron oublie le Parlement européen

Accord budgétaire d’austérité : « anti-compétitivité et égoïste »

Le Parlement européen, par la voix de ses principaux leaders parlementaires, a annoncé son intention de rejeter l’accord budgétaire conclu au Conseil européen, après plusieurs heures d’âpres et de difficiles négociations entre les Vingt-Sept. La raison ? Un cadre financier multi-annuel qui ne renforcera pas, selon eux, la compétitivité de l’UE et qui ne va pas dans l’intérêt des citoyens européens.

Hannes Swoboda, président du groupe socialiste et démocrate, Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe Verts/ALE et Guy Verhofstadt, président du groupe ALDE, au Parlement européen (Strasbourg) en mai 2012

Hannes Swoboda, président du groupe socialiste et démocrate, Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe Verts/ALE et Guy Verhofstadt, président du groupe ALDE, au Parlement européen (Strasbourg) en mai 2012

Les socialistes, les libéraux, les écologistes et les conservateurs semblent déterminés à refuser un accord faisant la part belle à l’austérité et à l’égoïsme des États-membres selon eux, malgré la mise en garde d’Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, appelant le Parlement européen a prendre ses responsabilités. Un appel qui a immédiatement reçu une fin de non-revoir de Joseph Daul (président du groupe PPE), de Guy Verhofstadt (président du groupe libéral), d’Hannes Swoboda (président du groupe socialiste) et de Daniel Cohn-Bendit (le président du groupe écologiste), tous les quatre estimant que le Conseil européen n’avait pas négocié avec les députés européens auparavant.

Coup de théâtre : le message fort d’un Parlement démocratiquement élu

Il s’agit d’un coup de théâtre dans la mesure où le Parlement européen – ou plutôt les députés – tente de prendre la main et d’imposer ses vues, quitte à rejeter sans aucun état d’âme, un accord difficilement obtenu et au bout du compte décevant. En agissant de la sorte, les parlementaires européens veulent envoyer au Conseil européen le message suivant : l’hémicycle de Bruxelles et de Strasbourg représente les citoyens européens et défend l’intérêt de ces derniers, un principe que les parlementaires n’entendent pas remettre en cause surtout si c’est l’avenir et la crédibilité de l’Europe qui est en jeu.

Un message qui s’adresse tout particulièrement aux chefs d’État et de gouvernement et tout particulièrement au Premier ministre britannique David Cameron, considéré par certains analystes comme le grand gagnant de l’accord budgétaire européen dans la mesure où il a finalement imposé ses vues avec l’aide (pour ne pas dire la bénédiction) de l’Allemagne. Qui plus est, la Grande-Bretagne se paie même le luxe de conserver certains de ses avantages comme son fameux rabais qui ne sera pas remis en question, à la grande insatisfaction de certains États-membres comme l’Italie mais également de certains groupes politiques au Parlement européen qui dénoncent l’attitude du leader conservateur.

Un bras de fer engagé par le Parlement pour s’affirmer face aux technocrates et aux États

Le Parlement cherche à s’affirmer face au Conseil européen et à la Commission dans le cadre du processus décisionnel. Durant trop longtemps, on a souvent considéré cette assemblée comme faible face aux exigences des chefs d’État européens et aux « technocrates » de Bruxelles, l’empêchant ainsi de jouer pleinement son rôle. Or, en menaçant de rejeter le budget 2014 – 2020, le Parlement européen ne se contente pas uniquement d’exprimer de fortes réserves, elle rappelle ses prérogatives, prérogatives qui semble-t-il, ont été ignorées par le Conseil européen et tout particulièrement par Herman Van Rompuy et David Cameron.

De ce fait, le Parlement engage un bras de fer avec le Conseil européen et va sans doute forcer cette dernière à non seulement négocier mais prendre en considération l’avis du Parlement et donc revoir sa copie. Car en passant outre, le Conseil européen prend le risque de se faire désavouer par un Parlement européen qui dispose d’une confortable majorité pour rejeter l’accord budgétaire sans compter que les parlementaires européens, menés par leurs chefs respectifs et conscients de leur pouvoir, voudront aller jusqu’au bout, histoire d’apparaître crédible auprès des citoyens européens.

Vers une renégociation pour satisfaire le Parlement ?

Dès lors, il est fort probable qu’une nouvelle négociation (interinstitutionnelle, celle-là) s’engage au sein de l’Union européenne pour adopter un budget qui soit acceptable par tous. En brandissant la menace d’un veto, le Parlement européen n’a fait que rappeler ses prérogatives mais prend, sous l’impulsion de certains leaders parlementaires, progressivement conscience de son poids politique dans le cadre du processus décisionnel à l’instar d’un parlement national. Car sans l’aval du Parlement (c’est-à-dire des citoyens européens), pas de budget, un détail qui ne manque pas de piment et qui devrait fortement doucher la satisfaction de David Cameron à la condition que le Parlement européen aille jusqu’au bout, surtout s’il n’est pas entendu et respecté.

Gilles Johnson

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2 réflexions sur “David Cameron oublie le Parlement européen

  1. Pingback: Brussels blog round-up for 9 – 15 February: A reduced EU budget, the Anglo-German axis, and a transatlantic trade pact? | EUROPP

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