États-membres/Bioéthique, Genre et Société

« Deux Italies » : entre Éthique laïque et Morale catholique

vatican (1)Pour faire suite à l’article sur le traitement en Italie de certaines problématiques sociétales et de bioéthique (homosexualité, divorce, avortement, euthanasie et PMA), je propose ici de comprendre les déterminants des politiques italiennes dans ce domaine. Pour comprendre la situation italienne, il faut s’intéresser de près à l’Église Catholique et au Vatican. D’abord en termes politiques et économiques, puis en voyant ses relations avec l’État et enfin les oppositions qui en découlent en matière de morale et d’éthique.

L’Église catholique, une puissance politico-économique : 

L’Église joue aussi un rôle financier. L’Institut pour les Œuvres de Religion, soit l’une des banques les plus secrètes au monde, gère entre 6 et 7 milliards d’euros. Comme souligné par le département d’État américain, cette banque n’est pas exactement une « banque de charité chrétienne ». Elle est mise en cause pour non-respect des règles internationales contre le blanchiment d’argent.

La lutte contre les trafics illégaux n’y est pas suffisante, surtout concernant les drogues et le financement occulte, notamment du terrorisme. D’autre part la non-transparence et les nombreux scandales, du Banco Ambrosiano à l’éviction de Gotti Tedeschi, font douter de l’intransigeance et de l’intégrité de la « banque des mystères ».

Église et Italie : entre conflits et intérêts

Porta Pia, lors de la prise de Rome par l’artillerie de l’armée italienne, par Giacomo Pagliari (20 septembre 1870)

D’autre part la politique de Cavour, premier 1er ministre italien, et de ses successeurs était conduite sous le signe de la laïcité et la société italienne allait se diviser entre le soutien au Pape et un soutien à la cause de l’Unité étatique qui naturellement montrait aussi, à cause de l’obstination pontificale, un sentiment qui est encore répandue entre une large partie des Italiens : l’anticléricalisme.

Malgré quelques changements, cette situation de conflit, durera jusqu’en 1929 quand Mussolini signera avec le Saint-Siège les accords du Latran faisant notamment du catholicisme la religion d’État et donnant des droits fiscaux et politiques à l’Église en Italie. Ces accords sont en grande partie valables aujourd’hui, même si la religion catholique n’est plus la religion d’Ét

L’Italie de l’éthique et l’Italie de la morale

Il existe en fait deux Italies différentes. Il y a des concentrations géographiques de l’une ou de l’autre, notamment les historiques régions rouges du centre (Toscane, Emilie-Romagne, Ombrie et Marches) qui sont parmi les régions les plus laïques et civiquement avancées d’Europe ou les régions historiquement ultra-conservatrices et catholiques comme le Veneto ou la Sicile.

La poétesse et révolutionnaire Eleonora de Fonseca Pimentel, pendue par les réactionnaires du cardinal Ruffo, entrés à Naples le 13 juin 1799 pour noyer dans le sang la jeune République Napolitaine.

La société italienne est à la fois tiraillée et divisée par, d’un côté la morale catholique et de l’autre une éthique laïque. Le philosophe Paul Ricœur soulignait qu’ « on peut discerner une nuance entre morale et éthique ». La première, propre de l’Italie conservatrice, met l’accent « sur ce qui s’impose comme obligatoire ». C’est une limite que l’Homme s’auto-impose en fonction de ce qu’il croît comprendre de déterminismes indépassables dits naturels et absolue, c’est la justice divine et donc intemporelle de l’Église.

L’éthique s’adresse à l’humain en tant que être libre. Elle met l’accent « sur ce qui est estimé bon ». C’est une réflexion argumentée sur les principes à suivre. Ces principes peuvent même contrevenir aux lois établies et à la bienséance admise. Ils tendent à s’échapper de la morale conformiste dictée par une autorité supérieure pour aller dans le champ l’auto-détermination des Hommes par eux-mêmes. Elle s’intéresse au dépassement des modèles sociaux ancestraux établis pour aller vers des sociétés souhaitées.

Depuis l’ère berlusconienne, l’Italie a vécu une longue période de victoire des forces moralistes conformistes soutenues par l’Église. Mais on peut penser qu’avec la montée en puissance du Parti Démocratique et les élections de février, une autre direction soit prise. Peut-être, et je l’espère, qu’au nom de la laïcité, valeur centrale des démocraties occidentales, l’Éthique sera mise en avant et permettra d’affirmer des droits pour les individus concernant leur corps.

Francesca Tortorella

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