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Balkans occidentaux : l’UE ne séduit plus

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Les pays d’ex-Yougoslavie attendaient beaucoup d’une intégration à l’Union européenne pour achever leur reconstruction et sceller définitivement la paix dans la région. Mais la crise dont est victime la vieille Europe fait aujourd’hui douter ces États et leur population de l’intérêt d’une adhésion future.

« Les Balkans occidentaux ont vocation à intégrer l’Union européenne (UE) ». C’est ainsi qu’est affirmé pour la première fois, lors du sommet européen de Thessalonique en 2003, la destinée européenne de ces pays qui sortent d’une grande période d’instabilité. Pour ceux d’entre eux, à l’image de la Slovénie et bientôt de la Croatie, qui ont franchi le pas de l’adhésion, le soutien populaire d’un tel choix fait désormais défaut. Quant aux pays candidats ou en passe de le devenir, comme la Bosnie-Herzégovine ou la Serbie, les hésitations sont plus que jamais vivaces.

Un sondage réalisé en Serbie le 29 janvier dernier révèle que seulement 41% des Serbes voteraient en faveur d’une adhésion à l’UE. Le niveau le plus bas depuis dix ans. La méfiance des peuples des Balkans occidentaux vis-à-vis de l’UE ne s’explique pas uniquement par la peur d’adhérer à une union aujourd’hui en crise. C’est plutôt le modèle de l’UE en lui-même – si tant est qu’il y en ait un, et un seul – qui est rejeté par une partie de l’opinion.

La paix sans l’UE

Les eurosceptiques prennent comme exemple le cas de la Roumanie et de la Bulgarie, deux pays qui, selon eux, n’ont pas tirés profits de l’intégration européenne. Si l’on en croit les statistiques de l’ONG Transparency International, le niveau de corruption dans ces pays reste l’un des plus élevés en Europe, et aurait même augmenté depuis leur adhésion.

Les réformes économiques libérales que suppose une intégration à l’UE sont aussi difficilement acceptées. Les « expériences » menées en la matière au Kosovo, toujours sous perfusion européenne, ont déçus les populations, qui ne perçoivent que rarement les résultats concrets des investissements européens – la corruption en est, là encore, grandement responsable.

Autre donnée importante, l’arrivée à l’âge adulte d’une génération qui n’a pas connue la guerre. Alors que l’UE était perçue par les générations précédentes comme la seule manière de régler définitivement les tensions nationalistes et ethniques dans la région, les plus jeunes voient dans la coopération régionale une manière efficace, si ce n’est exclusive, d’entretenir de bonne relations avec leurs voisins – sans avoir à se plier aux exigences de Bruxelles.

La « Yougosphère », alternative à l’UE

Sentiment d’autant plus justifié que la coopération régionale entre les anciennes nations ennemies s’est considérablement renforcée depuis la fin du conflit kosovar, en juin 1999. Sur le plan politique comme économique, différentes initiatives sont lancées par les dirigeants de la région, à l’instar de l’adhésion des ex-républiques Yougoslaves au CEFTA, accord de libre-échange centre européen. Des accords commerciaux bilatéraux sont aussi signés, dans l’objectif de faciliter la reconstruction des liens économiques après la guerre.

Mais c’est sans aucun doute sur le plan culturel que les Balkans occidentaux se retrouvent le plus. Les 24 millions d’habitants de la région parlent la même langue, à quelques différences près. La musique diffusée sur les ondes et les plats servis dans les restaurants sont bien souvent similaires. Enfin, le développement du tourisme, même s’il n’a pas retrouvé sa dynamique d’avant-guerre, vient achever cette renaissance culturelle.

Alors que les populations nationales doutent de plus en plus de la nécessité d’intégrer l’UE, la coopération régionale, au sein de cette « Yougosphère », selon le terme introduit par Tim Judah, serait pour certains une alternative à l’adhésion. Toutefois, et malgré les avancées de ces dernières années, les Balkans occidentaux sont encore loin d’avoir réglé toutes leurs difficultés. Que ce soit dans l’objectif d’intégrer un jour l’UE, ou de renforcer la coopération régionale hors de l’union, c’est avant tout des réformes politiques et économiques qui sont attendus par les habitants de la région. Faute de quoi, les velléités nationalistes risquent de reprendre la main.

Esteban Wendling

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Une réflexion sur “Balkans occidentaux : l’UE ne séduit plus

  1. « Mais c’est sans aucun doute sur le plan culturel que les Balkans occidentaux se retrouvent le plus. Les 24 millions d’habitants de la région parlent la même langue, à quelques différences près. La musique diffusée sur les ondes et les plats servis dans les restaurants sont bien souvent similaires. »
    Le Conseil de l’UE désigne par Balkans occidentaux, l’ensemble des Etats composant l’espace balkanique qui n’ont pas encore rejoint l’UE, c’est une invention géographique. Ainsi, cet espace comporte les anciens Etats de l’ancienne Yougo et l’Albanie. Il existe de fortes différences culturelles entre le Monténégro et la Macédoine, entre la Serbie et l’Albanie. De plus, face à l’euroscepticisme grandissant, les politiques nationales s’orientent vers des mesures forgeant l’identité nationale, souhaitant mettre en avant les différences qui peuvent exister dans les pays.
    En somme, il n’y à pas pas de culture commune dans cette zone et les dirigeants actuels ne souhaitent pas y parvenir dans le futur.

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