États-membres

La tentation germanophobe du PS ?

François Hollande avec Sigmar Gabriel, dirigeant du parti social-démocrate allemand (SPD), à une rencontre du PSE (Parti Socialiste Européen)

Il a suffi d’un texte du PS pour que la polémique et la cacophonie reprennent, en écho aux péripéties de la campagne présidentielle suite à l’annonce, par F. Hollande, de sa volonté de négocier avec l’Allemagne pour une politique axée sur la croissance.

En marge de la préparation de son colloque consacré à l’Europe, dans l’optique des élections européennes de mai 2014, le Parti socialiste a validé un texte d’orientation critiquant violemment la politique d’Angela Merkel, la chancelière de la République fédérale d’Allemagne, pointant son égoïsme intransigeant. Un texte qui n’est pas passé inaperçu notamment de la part de Claude Bartolone, actuel président de l’Assemblée nationale, qui a appelé de ses vœux à une « confrontation » avec la chef du gouvernement allemand.

Des propos qui ont suscité le tollé au sein de la classe politique – aussi bien dans l’opposition qu’au sein même du gouvernement – et qui rappellent assez étrangement les déclarations tonitruantes d’Arnaud Montebourg comparant l’attitude et la politique d’Angela Merkel à celle de Bismarck, en novembre 2011.

Appel à contrecarrer la politique des conservateurs allemands puis tentative d’apaisement du gouvernement : un pari politique ?

Certains analystes et éditorialistes politiques se sont rapidement inquiétés de la position radicale du Parti socialiste vis-à-vis de l’Allemagne et par extension de la construction européenne. En désignant clairement Angela Merkel et sa stratégie axée sur le tout austérité, certains socialistes français (essentiellement l’aile gauche) cherchent à pointer du doigt la chancelière et surtout son inflexibilité quitte à se mettre à dos le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. D’ailleurs certains ministres, tels Manuel Valls, Michel Sapin et le Premier ministre lui-même, par souci diplomatique et pour ne pas insulter l’avenir, cherchent à calmer le jeu avec la leader chrétienne-démocrate, réaffirmant une nouvelle fois l’importance éminente du couple franco-allemand, véritable moteur de l’Union européenne.

En incriminant Angela Merkel, l’aile gauche du PS et Claude Bartolone visent moins l’Allemagne et la construction européenne et font davantage un pari : celui de voir le SPD (le Parti social-démocrate allemand) revenir en force au lendemain des élections législatives prévues le 24 septembre prochain, outre-Rhin. Un pari qui n’est pas absurde dans la mesure où les sociaux-démocrates peuvent encore espérer revenir aux responsabilités (si on se réfère aux sondages actuels) mais qui parait pourtant un vœu pieu pour ne pas dire complètement risqué. En effet, loin d’être rejetée, Angela Merkel semble encore bénéficier d’un large soutien de ses compatriotes et peut sérieusement escompter un troisième mandat, à l’instar d’Helmut Kohl.

La fin du discours « tout austérité » au sommet de l’UE lancée par les socialistes ?

Autrement dit, il s’agit plutôt d’un coup de pouce de la part du PS vis-à-vis du SPD qui avait clairement soutenu François Hollande durant la présidentielle française, que d’une attaque sans concession de l’Allemagne. En critiquant vertement l’austérité, l’aile gauche du Parti socialiste cherche à réaffirmer sa singularité mais aussi sa critique d’une Union européenne qu’elle juge à tort ou à raison trop libérale, et incarnée à souhait par Angela Merkel. A ce titre, les récentes déclarations de Martin Schulz, président (socialiste) du Parlement européen et de José Manuel Barroso lui-même, président de la Commission européenne, critiquant eux-mêmes les politiques d’austérité, ne peuvent que les conforter dans leurs positions.

Le maintient d’anciennes lignes de fracture au sein du PS français

Néanmoins, ce retour d’ascenseur ne saurait cacher la ligne de discorde qui semble se redessiner au sein des socialistes français vis-à-vis de la construction européenne et surtout de la stratégie à mener face à la crise, quitte à ajouter encore un peu plus de cacophonie, à l’heure où il est demandé de la part du président de la République française un discours de vérité mais surtout de clarté. Car en s’en prenant à Angela Merkel, certains ministres tels Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, relayés au sein du PS par les tenants de l’aile gauche (Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann), prennent le risque de rendre inaudible et incompréhensible le discours de François Hollande vis-à-vis du partenaire allemand qui avait pourtant plaidé pour une « tension amicale » avec Angela Merkel. Ils prennent surtout le risque de réveiller les tensions internes relatives à l’Europe qui s’étaient exprimées avec force et violence lors du référendum relatif au traité établissant une constitution pour l’Europe en 2005.

Gilles Johnson

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2 réflexions sur “La tentation germanophobe du PS ?

  1. Il me semblait que les sondages donnaient la CDU largement gagnante… La question qui se pose est surtout de savoir si la coalition CDU-FDP pourra continuer ou s’il faudra une grande coalition CDU-SPD.

    Par ailleurs, les socialistes français s’imaginent toujours que leurs homologues allemands sont aussi étatistes qu’eux… ce qui est totalement faux. On peut critiquer le rythme avec lequel on revient à l’équilibre des dépenses publiques (comme l’ont fait Schulz, Barroso, Enrico Letta et d’autres encore), mais les socialistes dans les autres pays européens n’en sont pas moins parfaitement conscients (pour la plupart) que la discipline budgétaire est indispensable.

  2. Pingback: Brussels blog round-up for 27 April – 3 May: A dreary May Day, the ECB cuts rates, and could Spain become the Florida of Europe? | EUROPP

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