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Élargissement de l’UE : la volte-face islandaise

Manifestation pour la tenue d'un référendum sur le remboursement par l'État islandais de la dette des banques, prélude à la montée de la gauche islandaise pro-européenne

Manifestation, le 6 mars 2010, pour la tenue d’un référendum sur le remboursement par l’État islandais de la dette des banques, prélude à la montée de la gauche islandaise pro-européenne

L’Islande – par la voix de son nouveau gouvernement – vient d’annoncer qu’elle suspendait les négociations relatives à son adhésion à l’Union européenne et qu’elle envisageait un référendum à ce sujet au cours de la prochaine législature. Une info passée inaperçue. Décryptage.

Une décision sans surprise

La décision du gouvernement de centre-droit, large vainqueur des législatives du 27 avril dernier n’est pas si surprenante en soi. En janvier dernier, Johanna Siguroardottir alors chef de file des sociaux-démocrates et du gouvernement de centre-gauche avait elle-même annoncé une pause dans les négociations dans la perspective des élections législatives. Une pause confirmée par Sigmundur Gunnlaugsson, le nouveau premier ministre et chef de file du Parti de l’Indépendance qui s’était positionné durant la campagne contre l’adhésion de l’Islande à l’UE.

Bien que l’Union européenne prenne acte de la décision souveraine de Reykjavik, il n’en demeure pas moins que la volte-face de l’Islande est quelque peu déconcertante même si elle était, au final, prévisible. En effet, les Islandais n’ont jamais caché leur méfiance, pour ne pas dire leur scepticisme vis-à-vis de l’Europe bien que leur pays soit membre de l’Espace économique européen (EEE), une sorte d’antichambre de l’UE, depuis 1992. L’Islande participe même à certaines politiques de l’UE et coopérations européennes – tel Schengen par exemple – au même titre que la Norvège et la Suisse.

Lutte entre pro-européens et eurosceptiques

La crise financière de 2008 change pourtant la donne. L’Islande voit son système bancaire s’effondrer et manque de peu la banqueroute. Une situation qui profite à la gauche social-démocrate et écologiste qui dépose dans les semaines qui suivent sa victoire aux élections législatives de 2009, une demande d’adhésion auprès de la Commission européenne, avec pour objectif, une adhésion à l’horizon 2012.

Toutefois, les sociaux-démocrates – déjà très divisés sur la question européenne – n’ont jamais réussi à faire naître un sentiment pro-européen dans l’île. En dépit de la crise, l’euroscepticisme est resté très important auprès de la population. Pire, il s’est renforcé au fur et à mesure que l’Islande a repris des couleurs sur le plan économique, sortant progressivement de la crise comme en témoigne un pouvoir d’achat et une croissance actuellement en hausse sans oublier un taux de chômage en constante baisse depuis deux ans. Par conséquent et au fur et à mesure que l’Islande renoue avec la prospérité, l’adhésion à l’UE devient moins prioritaire, pour ne pas dire secondaire, surtout face à une Europe en crise chronique.

Négociations difficiles et ambivalence islandaise

Qui plus est, les négociations ouvertes depuis juillet 2010 ne cessent de piétiner entre Bruxelles et Reykjavik, les deux parties s’opposant sur nombre de dossiers comme la question de la pêche par exemple ou bien encore l’agriculture. Un certain enthousiasme, provoqué par la crise de 2008 – 2009, est donc retombé et avec lui, l’espoir de bénéficier rapidement des avantages de l’Union européenne, vu alors comme une sorte de protection, de parapluie contre la crise.

L’attitude de l’Islande est très révélatrice d’un pays qui s’est rapproché de l’Union européenne moins par idéal européen et la volonté de partager un projet et une aventure collectifs mais plus par la volonté de trouver une solution de rechange à la crise tout en maintenant ses intérêts. Dès lors, la volte-face de l’Islande est quelque peu malheureuse au point de se demander si ce pays a réellement l’intention et surtout l’envie de rejoindre l’Union à la différence de certains pays comme la Macédoine, l’Ukraine et surtout la Turquie. Et bien que l’Union européenne ait pris acte de l’annonce du gouvernement islandais, il n’en demeure pas moins qu’un tel changement d’attitude aura un impact majeur sur les négociations futures, si tant est qu’elles reprennent, ce qui dépendra de la décision des Islandais, hostiles à l’heure actuelle à toute entrée dans l’UE.

Gilles Johnson

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