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Grèce : fermeture de l’ERT, la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

L’ERT, la télévision nationale grecque (Ellinikí Radiofonía Tileórasi), a cessé d’émettre depuis mardi 11 juin à minuit (heure d’Athènes) suite à la décision du gouvernement d’Antonis Samaras de fermer son signal quelques heures auparavant. Suite à cette annonce inattendue et brutale, les principaux syndicats et corporations du pays ont appelé à une grève nationale pour jeudi dernier.

Bien que l’ERT n’ait pas cessé d’émettre en réalité – le groupe audiovisuel diffuse désormais ses programmes via Internet –, la décision prise par le premier ministre et leader de la Nouvelle Démocratie risque de mettre le feu aux poudres. Cette décision a une lourde charge symbolique pour la population, qui ne cesse de subir les contrecoups et conséquences d’une politique d’austérité qui peine à donner des résultats tout en se montrant inefficace. Car si de son côté, le chef du gouvernement justifie sa décision en pointant sur le doigt un service audiovisuel vieillot et surtout corrompu, il n’en est pas de même pour le PASOK (parti socialiste grec) et DIMAR (gauche démocrate grecque membre de la coalition) qui ont exprimé de très fortes réserves quant à la décision unilatérale de Samaras.

Démantèlement justifié d’un service public corrompu et clientéliste ou diktat de la Troïka ?

La décision brutale et quasi-inattendue du gouvernement grec est quelque peu troublante même si elle demeure logique selon certaines personnes et analystes politiques qui pointent du doigt un service public audiovisuel où le clientélisme semblait être la norme. A ce propos, Jean Quatremer, le correspondant de Libération auprès des institutions européennes livre un point de vue à contre-courant de la situation, dénonçant l’influence corporatiste d’une entité composée, pour l’essentiel, de fonctionnaires proches du PASOK et de la Nouvelle-Démocratie. En clair, et à la différence de France Télévisions ou la BBC, l’indépendance de l’ERT était, selon certains, bien théorique, et Antonis Samaras n’a fait ce qu’aucun n’avait osé faire jusqu’ici : démanteler un service public inopérant et surtout inefficace.

Le fait que Samaras revendique la fermeture de l’ERT comme étant son initiative est finalement une manière assez subtile de dédouaner la fameuse troïka (Commission européenne, FMI, Banque Centrale Européenne), qui a pourtant été immédiatement pointée du doigt.  La Troïka n’est en effet pas directement responsable de la fermeture de l’ERT, même si elle a insisté sur une sévère cure d’amaigrissement dans les services publics et suggéré en 2011 de s’intéresser à la télévision publique. Certains, comme Isabelle Durant, vice-présidente écologiste du Parlement européen et ancienne ministre belge des Transports, en ont profité pour dénoncer l’illégitimité de la Troïka et réclamer son démantèlement.

Une décision lourde à portée politique

Autrement dit, le démantèlement de l’audiovisuel semble, en réalité, une aubaine pour Antonis Samaras qui profite de la situation économique actuelle de son pays pour s’attaquer à la fonction publique, jusqu’ici épargnée et surtout protégée de la crise. Qui plus est, et selon Jean Quatremer, il en profite pour faire porter le chapeau à la troïka, mettant dans l’embarras ses partenaires de gauche du PASOK et du DIMAR qui n’ont aucun intérêt (surtout les socialistes grecs déjà bien mal en point) à provoquer de nouvelles élections.

Toutefois, si la décision de Samaras demeure habile, elle n’en reste pas moins lourde symboliquement. Car en démantelant l’ERT, même s’il s’agissait d’un service public clientéliste et corrompu, le chef du gouvernement s’en prend à une liberté fondamentale qu’est la liberté d’information et de communication. Sans compter que personne ne sait comment sera constitué et surtout composé le nouveau service public audiovisuel : Antonis Samaras pouvant être tenté d’y placer ses proches, ce qui ne ferait qu’aggraver le problème. Reste à savoir si cette décision brutale n’aura pas des conséquences surtout politiques, profitant surtout aux radicaux tels SYRIZA (l’équivalent du Front de gauche) et aux extrêmes comme l’Aube Dorée, le parti d’extrême droite se réclamant du nazisme.

Gilles Johnson

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