Commission/Institutions de l'UE

L’étrange Barroso-bashing

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José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne

Le divorce semble consommé entre la France (ou plutôt les responsables politiques français) et José Manuel Barroso, l’actuel président de la Commission européenne. Dernière polémique en date ? Les déclarations de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, qui déclare dans Le Parisien du 26 juin dernier, que l’ancien premier ministre portugais est un « homme dépassé ».Une déclaration choc qui s’ajoute à celles prononcées contre l’homme fort de la Commission européenne, gauche et droite comprises, la palme d’or revenant sans doute au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui n’a pas hésité à établir un parallèle entre Barroso et Marine Le Pen, la présidente du Front national et actuelle députée européenne.

Barroso, un européaniste mou ?

Le Barroso-bashing n’est pas tellement nouveau en soi dans la mesure où il a toujours existé d’une certaine manière, notamment dans l’Hexagone. Depuis 2004, le président de la Commission européenne entretient des relations compliquées avec la France et ses responsables politiques. Certains voient en lui un atlantiste zélé, récompensé par la Grande-Bretagne de Tony Blair pour avoir soutenu l’intervention américaine en Iraq. Et donc un fidèle tenant à une Europe néolibérale peu protectrice et suivant le credo : « less regulation, better regulation » (moins légiférer, mieux légiférer). D’autres voient en lui un homme mou, peu connu pour être clairement en faveur d’une Europe fédérale et qui s’est contenté de veiller aux prérogatives des chefs d’État et de gouvernement au détriment de l’intérêt des citoyens Européens et de la construction européenne. En clair un anti-Delors.

De fait, cette image peu flatteuse est régulièrement relayée par les médias français et suit Barroso comme une ombre. Un Barroso qui ne fait pas grand-chose pour soigner (au mieux lifter) son image et sa réputation, notamment auprès d’une opinion française de plus en plus critique (voire virulente) envers l’Union européenne, et dont l’actuel président de la Commission européenne devient une des incarnations.

Les chefs d’État et de gouvernement : ultimes responsables de la mollesse de Barroso

Toutefois, le Barroso-bashing a une expression politique claire, notamment dans la perspective des élections européennes de 2014. Pour la gauche et le Parti socialiste (français comme européen), l’ancien premier ministre portugais s’avère une cible de choix, symbolisant tout ce qui ne tourne pas rond dans la construction européenne. Une manière subtile et intelligente mais involontaire d’épargner certains acteurs, comme les chefs d’État et de gouvernement. Ce sont ces derniers qui, en réalité, ont les clés du bateau européen et de par leurs choix et leurs stratégie ont contribué au Barroso-bashing en France.

Le Conseil européen, en s’imposant peu à peu au cœur du processus décisionnel, a en effet affaibli puis écarté la Commission européenne qui ne joue plus son rôle de gardienne des traités. Bien que la faute soit largement imputable à José Manuel Barroso, les leaders nationaux ont également une part de responsabilité notamment en ayant reconduit ce même José Manuel Barroso en 2009 pour un second mandat à la tête de la Commission européenne. Bien que désavoué par la crise des subprimes, l’ancien chef du gouvernement portugais a finalement eu le soutien (surprise) de son parti, le Parti Populaire Européen mais également des chefs d’État et de gouvernement dirigés par des conservateurs (essentiellement Angela Merkel, si critique aujourd’hui, et Nicolas Sarkozy) et celui de certains socialistes dont Gordon Brown et même José Socrates, alors leader du PS portugais et premier ministre, sous le simple motif qu’il était portugais. Ces derniers soutiens ont divisé davantage les socialistes européens, qui n’avaient pas de ligne politique et surtout aucun candidat à opposer à Barroso1, ratant ainsi la possibilité de politiser les élections européennes et s’attaquer véritablement au bilan du président de la Commission.

Dès lors, alors que la crise de 2008 – 2009 aurait pu donner l’occasion pour le Conseil européen de prendre une nouvelle direction en changeant le président de la Commission européenne, les enjeux nationaux ont finalement pris le pas sur l’intérêt des Européens et de la construction européenne. La personnalité et le caractère de José Manuel Barroso semblait convenir pour nombre de chefs d’État, qui ne souhaitait pas d’un président d’une grande envergure, capable de ferrailler avec eux. De ce fait, si le Barroso-bashing peut se justifier, il n’est que la conséquence logique des choix entrepris par les chefs d’État et de gouvernement qui voyaient en José Manuel Barroso une solution accommodante.

Vers un.e président.e de la Commission différent.e ?

De fait, les élections de mai 2014 doivent être l’occasion de s’interroger sur le poids et le rôle que doit réellement jouer la Commission et surtout la personne qui incarnera l’institution. A ce propos, les récentes prises de position et d’attitude de certains comme Martin Schulz, actuel président socialiste du Parlement européen expriment d’une certaine manière un Barroso-bashing dans la mesure où le président de la Commission européenne est directement ou non visé. De même Viviane Reading, actuelle commissaire, se distingue en se prononçant clairement pour une Europe fédérale, ce qui ne manquera pas d’être analysé, à l’heure où certains spéculent sur une éventuelle candidature de l’ancienne ministre chrétienne-démocrate luxembourgeoise. D’ici là les détracteurs de Barroso devront patienter et surtout faire avec lui, son mandat courant jusqu’en octobre 2014.

Gilles Johnson

1 Le nom de Poul Nyrup Rasmussen, alors président du PSE, fut à maintes fois évoqués par les candidats socialistes en France, comme potentiel candidat à la Commission européenne

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