Identité, Culture et Échange/Le Citoyen

Stefano Marmo, un an de stage au Parlement

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Pendant la 4ème année de la mandature 2009-2014, Stefano Marmo a effectué un stage bénévole auprès d’un député européen (JFG/ Au Café de l’Europe)

Etudiant à l’Institut d’études politiques de Strasbourg 3 semaines par mois, attaché parlementaire au Parlement européen pendant les sessions parlementaires. Voilà comment le temps de Stefano s’est divisé cette année à Strasbourg. Une expérience riche et intense, dont il partage ses impressions avec nous.

Un citoyen italien, scolarisé à l’université de Londres, effectuant un échange à Strasbourg. A lui seul, Stefano incarne l’intégration européenne. La 3ème année de son cursus britannique étant obligatoirement à l’étranger et sa spécialité le français, Stefano s’est logiquement orienté vers Strasbourg. Bien qu’il ait hésité avec Sciences Po Paris, l’autre IEP français que proposait son programme d’échange, il a finalement opté pour Strasbourg, « pour le Parlement européen et l’attrait qu’il constitue, contrairement à Paris ».

En plus de vivre au cœur des institutions européennes, Stefano eu la possibilité de réaliser un stage auprès du député européen italien Gianni Vattimo. Cette opportunité lui a été fortement conseillée par un de ses professeurs, car ce député « est connu pour faire confiance aux jeunes ». « Son » député, qui est-il ? Ce professeur de philosophie est enregistré comme député indépendant dans les listes d’Italie des Valeurs (centre gauche) qui appartient au groupe du centre, l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), un groupe centriste auquel appartient aussi François Bayrou. Il est l’un des philosophes modernes engagés les plus influents d’Italie qui donne régulièrement des conférences aux Etats-Unis ou en Amérique latine. Il a déjà été élu député européen entre 1999 et 2004.

La vie au Parlement

Une fois par mois, Stefano découvre donc le rythme des sessions plénières.

« La semaine parlementaire est très chargée et très concentrée. Les journées commencent vers 8h30 et se terminent entre 20h et 21h. Le matin, je préparais les listes de votes. C’est à dire, lorsqu’un texte est présenté par le rapporteur d’un projet de loi, il faut étudier qui va voter pour ou contre le projet. Si des amendements sont présentés, il faut vérifier s’ils correspondent aux idées du député pour lequel on travaille. C’est un travail fastidieux et compliqué, qui précède les votes à la mi-journée.

L’après-midi, on se retrouvait en commission, entre représentants de tous les partis européens qui étudient ensemble un sujet précis. Je devais prendre des notes, savoir qui disait quoi, quelles étaient les critiques sur le projet, mais mon député aimait rester assez indépendant dans ce domaine. Parfois, il y a des intervenants extérieures à ces réunions. Le soir, il y a d’abord le meeting du groupe, avec l’ensemble des députés de l’ADLE qui se réunissent pour discuter les votes du matin, faire les point des avancées dans les différentes commissions et partager des avis avec les autres députés du parti, qui ne sont pas membres des-dites commissions.

Enfin, il y a le meeting de la délégation italienne, c’est à dire les eurodéputés italiens du groupe ALDE, qui se réunissent, afin de discuter des répercussions en Italie des textes votés et en cours d’élaboration. La semaine se termine le jeudi à midi après le vote. »

Les eurodéputés, des personnalités politiques à part

A l’image du profil atypique de son député, Stefano a pu constater que les eurodéputés sont des personnalités assez différentes des élus nationaux, notamment parce que la plupart préfèrent les mandats nationaux aux européens, car plus de choses s’y passent.

« A Strasbourg, les députés européens font énormément dans le consensus, ce qui paraît bien de prime abord, mais qui en fait est horrible, car les enjeux ne sont plus politisés au Parlement européen. »

Stefano résume cette petite déception par une formule ironique.

« Le Parlement est soit une crèche pour jeunes députés, qui vont faire carrière [ensuite, dans leur pays], soit une maison de retraite pour d’autres. Heureusement, il y a des exceptions qui apportent un peu de diversité dans l’hémicycle, comme mon député qui est avant tout un intellectuel. »

Concernant les réalisations de l’Union européenne, les critiques de Stefano ont déjà été entendues, mais il refuse de rejeter l’Europe pour autant.

« Je crois à l’Europe, aux Etats-Unis d’Europe, pour faire face aux défis internationaux qui touchent nos pays. Mais je suis déçu par cette Europe, loin des citoyens, pas assez sociale, trop libérale ou encore en proie aux égoïsmes nationaux. »

Il illustre son propos par une conférence auquel il a assisté au mois d’avril à l’ENA entre les ministres de l’économie allemands et français, Wolfgang Schäuble et Pierre Moscovici.

« Cette conférence, c’était les deux premiers de la classe et pourtant ils n’ont pas parlé une seule fois d’eurobonds [des émissions en commun d’obligations par les membres de la zone euro], comme moyen pour se sortir de la crise. J’ai juste vu deux ministres, contents de leurs acquis et non pas portés sur l’avenir. »

Ses souvenirs

Plutôt que de se contenter de dénoncer les ratés de l’Europe, Stefano pense qu’il est indispensable d’être critique et de s’y investir pour la changer. Quand aux souvenirs marquants de cette année législative, il lui en reste trois. Le premier est politique :

« Le discours de Hollande, en février, m’a beaucoup impressionné. Il a fortement pris position en disant que le Parlement resterait toujours à Strasbourg, et cela devant tous les députés européens. »

Le deuxième est une situation cocasse :

« Le jour où le député grec s’est évanoui ! les votes sur la PAC avaient duré des heures, sans eau ni nourriture pour les députés, qui sont souvent des personnes âgées. En sortant de l’hémicycle, mon député voulait juste aller manger et avait complètement oublié qu’il devait faire une interview avec France24. C’est un peu moi qui ai sauvé la situation pour la chaîne en allant le chercher dans les couloirs pour le convaincre de faire cet interview. C’était une situation à la fois stressante et amusante. »

Le dernier est plus anecdotique :

« Il y a aussi eu ce moment où j’ai pris l’ascenseur avec la famille Le Pen. Je n’étais pas tout à fait à l’aise… »

Ce qu’il retiendra de son année à Strasbourg

Quand à Strasbourg, il la voit comme une ville « magnifique, comme son Parlement et avec un poids historique », où il a passé une année « formidable ». Pour autant, tout bouger à Strasbourg pour trois jours par mois n’a pas vraiment de sens économique, d’autant plus que c’est une ville mal connectée selon lui, contrairement à Bruxelles.

Autre défaut, il est parfois difficile de trouver un restaurant pour dîner avec la délégation, lorsque celle-ci sort tard du Parlement. S’il devait y avoir une réforme des institutions, l’idée de Jacques Attali d’installer à Strasbourg un Parlement de la zone euro lui semble, par exemple, pertinente. Finalement que restera-t-il de cette année pour lui ?

« Le député pour lequel j’ai travaillé, quelqu’un d’incroyablement intelligent, qui parle 4 ou 5 langues, m’a appris beaucoup de choses sur la politique, mais aussi sur la vie. »

Travailler à 27 (désormais 28), avec des cultures différentes et des personnes très politisées fut une expérience riche, note-t-il encore. Elle a renforcé la volonté de Stefano de travailler dans les milieux politiques. Déraciné depuis sa 4ème année de lycée, qu’il a effectué aux Etats-Unis, le jeune homme ne se voit pas revenir en Italie, car il n’a pas d’assise locale. Il pense alors travailler à Londres, Bruxelles… ou Strasbourg.

Jean François Gérard

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