L'Europe à la carte

Newsletter n°1 : Gibraltar, Grèce, Egypte, chômage des jeunes, technologies de l’information

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Pour faire face au flot permanent d’informations, nous avons décidé de vous proposer une lettre d’information hebdomadaire basée sur une idée très simple : 1 sujet/semaine/thème (avec cinq thèmes sélectionnés : affaires intérieures, économie, citoyenneté, relations extérieures et industrie / technologie / entreprises). Nous espérons que cette nouvelle offre vous plaira, et n’hésitez pas à commenter le contenu et le format de cette lettre d’information sur l’actualité de l’UE. 

Affaires intérieures

Les tensions entre le Royaume-Uni et l’Espagne au sujet de Gibraltar

Les pêcheurs espagnols ont protesté contre la décision du gouvernement de Gibraltar d’installer un récif artificiel qui doit, selon les autorités du Rocher, « encourager le développement de la vie marine ». L’Espagne prétend que le récit a été installé en dehors des eaux territoriales de Gibraltar, qu’il cause des dommages à l’environnement et qu’il affecte les activités de la flotte de pêche espagnole. En représailles, l’Espagne a décidé d’imposer des contrôles plus stricts à la frontière avec Gibraltar, prétendant vouloir s’attaquer au problème de la contrebande de tabac. Ces mesures ont créé de longs délais pour traverser la frontière et portent donc atteinte à la liberté de circulation. David Cameron et d’autres responsables politiques britanniques considèrent que ces contrôles à la frontière sont motivés par des raisons politiques et sont donc illégaux en vertu du droit européen. Ironie du sort, le gouvernement britannique a donc saisi la Commission, « gardienne des Traités », pour qu’elle envoie « urgemment » des observateurs à la frontière pour enquêter et déterminer si les contrôles additionnels espagnols sont « disproportionnés » et violent les règles relatives à la libre circulation. Gibraltar (en tant que territoire britannique) n’étant pas membre de l’Espace Schengen, l’Espagne peut procéder à des contrôles à la frontière, mais ils doivent respecter le principe de « proportionnalité », selon le droit européen. De ce fait, beaucoup dépendra de l’interprétation de cette notion de « proportionnalité ». Quant à la menace espagnole d’instaurer une taxe à la frontière, le problème est simple : une telle taxe violerait le droit européen. José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, a confirmé que la Commission « garantirait le respect du droit européen » et s’est déjà accordé avec Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, pour déclarer qu’une « mission d’enquête de la Commission devrait dès que possible examiner in loco les contrôles à la frontière et les questions de circulation des personnes et des marchandises ». Cette mission ne se concentrera pas uniquement sur les plaintes britanniques, mais étudiera également les réclamations espagnoles au sujet de la contrebande de tabac et du trafic de capitaux. Les tensions au sujet de Gibraltar pourraient se prolonger encore quelques semaines, si aucune solution politique bilatérale n’est trouvée pendant ce temps. Sources: BBC, Euractiv, El País.

Economie

Un troisième plan d’aide à la Grèce?

Bien que le gouvernement allemand continue officiellement de réfuter l’idée d’un troisième plan d’aide à la Grèce à la fin de l’an prochain, plusieurs voix commencent à considérer que l’option est plausible. Ainsi, Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances et poids lourd de la CDU d’Angela Merkel, a déclaré qu’un troisième paquet d’aides serait nécessaire, tout en excluant une nouvelle restructuration de la dette publique grecque. En effet, des rumeurs circulent sur la possibilité que des prêts accordés par les Etats membres de l’UE, la BCE et le FMI soient affecté par une telle mesure pour tenter d’atteindre l’objectif de limiter la dette grecque à 120% du PIB en 2020. A l’inverse, le ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, a rapidement écarté la possibilité d’un nouveau plan d’aide, affirmant que le gouvernement grec n’envisageait pas cette option et que les objectifs fixés par la Troïka pour 2014 seraient atteints (les progrès grecs ont également été soulignés par Angela Merkel dans une interview récente). Olli Rehn, Vice-président de la Commission en charge des affaires économiques et monétaires, a adopté une position intermédiaire, déclarant qu’un nouveau plan d’aide n’était « pas la seule option » et que des alternatives étaient concevables, telles qu’une « extension du délai de remboursement des prêts existants ». Une décision pourrait être prise après l’examen de l’évolution du programme actuel à l’automne. Sources: BBC, El País, The Economist.

Note: Ce sujet pourrait avoir un impact sur la campagne électorale allemande. Le parti social-démocrate (SPD), traditionnellement europhile, a commencé à jouer à un jeu dangereux, tentant de séduire quelques électeurs eurosceptiques, lorsque son chef, Sigmar Gabriel, a demandé à Angela Merkel de clarifier si les contribuables allemands seraient encore mis à contribution pour éviter une faillite de la Grèce. En effet, la transparence est une bonne chose, mais seulement dans une certaine limite, et le sujet de la crise grecque ne doit pas devenir un thème central de la campagne électorale allemande.

Citoyenneté

Une agora de citoyens pour combattre le chômage des jeunes

Le Parlement Européen va organiser une « agora de citoyens » pour combattre le chômage des jeunes. L’objectif est de consulter directement les personnes les plus concernées par le sujet : les jeunes. Des discussions rassembleront à la fois des jeunes ayant un emploi et des jeunes n’ayant pas accès au marché du travail. Les candidats sélectionnés participeront à l’agora (6-8 novembre 2013, à Bruxelles) et feront des propositions qui seront ensuite débattues lors d’un « grand forum des jeunes qui sera organisé en mai 2014 » et à laquelle des parlementaires européens prendront part. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 août ! Plus d’informations ici.

Relations internationales

Les réactions de et dans l’UE à la crise égyptienne

L’évacuation sanglante des deux sit-in au Caire et les tueries de partisans du Président déchu Morsi manifestant au cours des jours suivants ont suscité un opprobre oral quasiment global envers le nouveau gouvernement égyptien contrôlé par l’armée. Une déclaration au nom de Catherine Ashton, la dirigeante de la diplomatie européenne dont la médiation avait échoué quelques heures avant le massacre, a indiqué que « la confrontation et la violence » ne sont pas une option « pour affronter les principaux sujets et défis politiques » auxquels le pays doit actuellement faire face. William Hague, le ministre des Affaires Etrangères britannique, a exprimé sa profonde inquiétude et sa déception, et a condamné l’usage de la force. Son homologue allemand, Guido Westerwelle, a également enjoint les autorités à autoriser les manifestations pacifiques et les « autres forces » à éviter l’usage de la violence. Le Quai d’Orsay, de son côté, a condamné « la violence sanglante en Egypte avec la plus grande fermeté » et a appelé à « un arrêt immédiat de la répression ». Laurent Fabius, le ministre des Affaires Etrangères français, a saisi le Conseil de Sécurité de l’ONU (pour un faible résultat, la Chine et la Russie s’opposant à une condamnation officielle de la répression). La ministre italienne des Affaires Etrangères, Emma Bonino, a appelé les parties à la retenue pour éviter un nouveau bain de sang. Il est frappant de noter que la plupart des Etats ont réagi avec des paroles plus dures que l’UE. Réussir à obtenir un accord à 28 Etats membres est difficile, comme d’habitude. Tout le monde était d’accord pour réagir rapidement, mais les propositions allaient d’une « révision » des relations avec l’Egypte à la suspension de l’aide financière (+/- 5 milliards d’euros), et même des relations diplomatiques. Mais des intérêts diplomatiques étaient également en jeu, de sorte qu’au terme des débats, l’UE a décidé de ne suspendre que les livraisons d’armes. Cette position pourrait cependant évoluer si la répression continue. Le Danemark a déjà suspendu son aide financière bilatérale et plusieurs Etats, dont l’Allemagne, ont gelé leur aide au développement et ne soutiendront pas de nouveaux projets tant que la situation ne s’améliorera pas. Enfin, Catherine Ashton a annoncé qu’elle était prête à retourner tenter une médiation en Egypte, si les parties concernées le lui demandaient. Sources: BBC (reactions, debate on sanctions), Le Monde, Corriere della Sera, Die Zeit.

Note : La décision de l’UE semble, une fois de plus, faible, décevante et otage des autres intérêts de l’UE dans la région. Etant donné que l’aide militaire à l’Egypte provient essentiellement des Etats-Unis, l’arrêt des livraisons d’armes européennes n’influencera sans doute que peu les dirigeants égyptiens. Par ailleurs, le Qatar fournit à lui seul une aide financière supérieure à celle de l’UE, réduisant encore davantage le levier dont disposent les européens. De plus, prétendre que l’Egypte contribue à la stabilité régionale n’a plus de sens, étant donné que le pays est au bord de la guerre civile. En outre, il est vrai que les civils et les organisations de la société civile ne doivent pas trop souffrir des erreurs commises par leur gouvernement. Enfin, les dirigeants européens devraient comprendre qu’à chaque fois qu’ils ferment un œil sur la violation des principes qu’ils défendent et souhaitent promouvoir dans le monde entier, il leur sera plus difficile de diffuser ces mêmes valeurs à d’autres endroits (par exemple, en Afghanistan, en Irak, en Iran, etc.) où les opposants à la démocratie et la liberté individuelle restent forts. Reste la question : que pourrait et devrait faire l’UE ? Suspendre toute aide financière administrée sur place par le gouvernement égyptien serait un premier pas. En parallèle, l’UE doit continuer ses efforts diplomatiques pour amener les diverses parties à la table des négociations (même si cela prendra du temps, voire n’aboutira pas). Et l’UE devrait également tenter de convaincre les pays du Golfe de cesser de soutenir le nouveau régime égyptien tant que celui-ci ne se montrera pas plus coopératif et tolérant à une opposition pacifique – bien entendu, la violence et le terrorisme doivent être combattus, mais la majorité des manifestants ne sont pas des terroristes.

Industrie / Technologies / Entreprises

Des conséquences ultérieures de l’affaire d’espionnage américain…

L’affaire d’espionnage par les Etats-Unis, qui a éclaté suite aux révélations d’Edward Snowden concernant les programmes de la NSA (Agence Nationale de Sécurité), continue d’agiter les esprits en Europe. Au cours d’un récent discours de campagne, Angela Merkel, la chancelière allemande, a déclaré que l’Europe et l’Allemagne devaient réfléchir à leurs capacités dans le domaine des technologies de l’information. Elle a déclaré qu’« assurer la protection des données aux standards allemands est toujours plus difficile quand les données sont transportées par des firmes étrangères utilisant des technologies non-européennes ». Elle a donc appelé les Européens à travailler ensemble pour « surmonter leur dépendance envers les géants de la technologie américains et chinois », par exemple en favorisant l’émergence d’un « Google européen ». Source: Le Monde.

La semaine prochaine…

Les 28 ministres des Affaires Européennes se retrouveront à Vilnius pour une réunion informelle. Ils discuteront de plusieurs sujets, dont les élections européennes de 2014 et les relations entre le Parlement Européen et le Conseil depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Source: Présidence lituanienne du Conseil de l’UE.

Pierre-Antoine KLETHI

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