L'Europe à la carte

Newsletter n°3 : mémoire et pardon, amélioration du contexte économique, Initiative Citoyenne Européenne, Syrie, télécoms

joachim-gauck-et-Francois-hollandeAu programme de notre newsletter n°3 : mémoire et pardon, amélioration du contexte économique, Initiative Citoyenne Européenne, Syrie, télécoms

Affaires intérieures

Se souvenir et pardonner : Hollande et Gauck à Oradour-sur-Glane

70 ans après le massacre de 642 villageois d’Oradour-sur-Glane (un petit village français) par une division SS, les commémorations ont été marquées par la présence de Joachim Gauck, le Président allemand, aux côtés de François Hollande, le Président français. Il s’agissait de la première visite d’un haut-dignitaire allemand au milieu des ruines du village qui demeure un symbole de la barbarie nazie durant la seconde guerre mondiale. M. Gauck, né pendant la guerre, a insisté sur le fait que l’Allemagne d’aujourd’hui était différente de l’Allemagne nazie et qu’elle se tenait aux côtés des victimes. M. Hollande a salué la capacité des représentants allemands actuels de reconnaître les crimes commis dans le passé et a souligné l’importance symbolique de la visite de M. Gauck, qui a confirmé que l’amitié franco-allemande était « un défi à l’histoire et un exemple pour le monde entier ». M. Gauck a remercié son homologue de la volonté de réconciliation (en sa qualité de représentant du peuple français). Les deux présidents ont également fait allusion aux événements actuels: M. Hollande a déclaré que cette cérémonie de commémoration, avec des dignitaires français et allemands côté à côté, était « une promesse de défendre les droits de l’Homme à chaque fois qu’ils sont violés », que cela ait lieu dans un lieu proche ou lointain ; M. Gauck a déclaré que l’Allemagne d’aujourd’hui veut « construire l’Europe, pas la dominer ». La visite de M. Gauck a été perçue comme un nouveau symbole après les rencontres de De Gaulle et Adenauer à Colombey-les-Deux-Eglises, en 1958, et de Mitterrand et Kohl à Verdun, en 1984.

En lien avec le sujet des crimes nazis, la justice allemande a annoncé cette semaine que 30 anciens gardes nazis d’Auschwitz pourraient être poursuivis, malgré leur âge avancé. La justice allemande est en train d’adopter une nouvelle approche : elle ne se focalise plus uniquement sur la question de savoir si telle ou telle personne a personnellement commis des crimes, mais compte entamer des procédures également contre les personnes qui ont contribué à la gestion des camps de concentration.

Sources: Le Monde, Der Spiegel, BBC (Oradour, justice allemande), El País.

Economie

La situation économique en Europe

Quelques bonnes nouvelles sont arrivées pour l’économie européenne, mais il y a aussi des motifs de s’abstenir de célébrer trop rapidement la fin des troubles économiques en Europe.

Sur le plan positif, la zone euro renoue avec la croissance au deuxième trimestre de 2013 avec un taux de 0,3%. En outre, l’indice PMI (Purchasing Manager’s Index) dans le secteur manufacturier est passé de 50,3 en Juillet à 51,4 (un nombre supérieur à 50 est un indicateur de la croissance future). Par conséquent, les commandes industrielles dans la zone euro ont atteint leur plus haut niveau depuis mai 2011. Markit, qui publie l’indice, a indiqué que la France était le seul pays à la zone euro de ne pas profiter de l’amélioration. L’économie devrait continuer de croître, l’indice Markit des nouvelles commandes ayant augmenté à 53,3. D’autres données ont montré que l’UE dans son ensemble avait réalisé un excédent commercial (35 milliards d’euros) au cours du premier semestre de 2013, une première depuis 1999. L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne sont les principaux contributeurs à l’amélioration par rapport la même période l’an passé.

Toutefois, cette amélioration de la situation économique n’a pas encore de répercussions sur le marché du travail, avec des chiffres de l’emploi qui continuent de baisser. Le chômage dans la zone euro est resté proche de son niveau record, à un taux de 12,1%. Les analystes ont indiqué qu’il pourrait y avoir une légère amélioration temporaire due à des facteurs saisonniers, mais pas encore un reflux durable. En Allemagne, les ventes au détail en juillet ont été légèrement en deçà des attentes et le chômage est resté quasiment stable (il y a eu une augmentation marginale). Les analystes s’attendent à ce que la reprise économique prenne quelques mois à se traduire en embauches supplémentaires.

Enfin, le Portugal, bien que devant faire face à « une année terrible » selon les mots de son Premier ministre, Pedro Passos Coelho, est finalement sorti de la récession, affichant le taux de croissance du deuxième trimestre la plus forte dans l’UE et mettant ainsi fin à deux ans et demi de récession. Les exportations et le tourisme en particulier ont contribué à l’embellie économique. Le Premier ministre a déclaré que les chiffres de croissance sont un résultat positif de la politique d’austérité de son gouvernement et a averti que la crise n’était pas encore terminée, le taux de chômage se maintenant toujours au-dessus des 16%.

Sources: BBC (indice PMI, Allemagne), The Guardian, The Economist, El País, La Tribune.

Note : C’est une bonne nouvelle que l’UE soit enfin officiellement sortie de la récession. Cependant, comme le Premier ministre portugais le dit à juste titre, « la crise n’est pas encore terminée ». Plusieurs défis attendent encore les dirigeants européens: soutenir la reprise, aider à traduire la croissance en création d’emplois, et créer le cadre approprié pour éviter qu’une telle crise puisse se reproduire de sitôt. Il est important que les bonnes nouvelles incitent les gouvernements à poursuivre sur la voie des réformes structurelles (à la fois au niveau national et européen), plutôt que de les laisser être tentés de ralentir le changement.

Citoyenneté

 8 Initiatives Citoyennes Européennes (ICE) expireront dans 2 mois

L’ICE, introduite par le traité de Lisbonne, donne aux citoyens le droit de demander à la Commission de faire une proposition législative à condition qu’ils réunissent 1 million de signatures au court d’une période 12 mois. En outre, le nombre minimal de signataires doit être respecté dans au moins 7 Etats membres. Sur les 17 ICE recueillant actuellement des soutiens, 8 n’ont plus que deux mois de plus pour atteindre les seuils requis. Une seule satisfaisait déjà aux exigences – « L’eau et l’assainissement sont un droit humain ! L’eau est un bien public, pas une marchandise! » –, et une autre est proche de l’objectif – « Un de nous » (pour une interdiction de la recherche sur l’embryon humain). Trois ne communiquent pas sur leur situation et trois autres sont assez loin de la cible et vont donc probablement échouer.

Source: Agoravox, registre officiel des ICE.

Note: Pour plus d’informations sur les ICE actuelles et comment commencer une, visitez le site de la Commission consacré à l’ICE! Votre voix fait une différence ! Vous pouvez aider à changer l’Europe !

Relations internationales

La Syrie (encore…)

Cette semaine encore, la Syrie a dominé l’actualité et sera donc le sujet de la section « Relations internationales » de notre lettre d’information.

Suite à la décision de Barack Obama d’attendre l’approbation du Congrès avant de lancer une intervention militaire en Syrie, François Hollande, qui avait été très dur à l’encontre du régime syrien et soutenait ouvertement des frappes militaires, semblait un peu isolé. Un général français a même déclaré que la volte-face d’Obama montrait un énorme mépris pour la France. Il a insisté sur le fait qu’une intervention était nécessaire pour préserver la crédibilité des puissances occidentales qui sont les garants de l’équilibre international. Il a affirmé qu’il était inutile d’avoir une belle armée si l’on donne une image de faibles démocraties et que le Royaume-Uni avait perdu son statut de puissance militaire crédible après le rejet d’une action militaire par le Parlement.

Dans tous les cas, la décision des dirigeants britanniques et américains de consulter leurs parlements a eu un impact en France, où un débat a également eu lieu, mais sans le vote qui est bruyamment réclamé par l’opposition, bien que même les mêmes personnes n’aient pas souhaité un vote il y a 2 ans, lorsque le Président Sarkozy a décidé d’intervenir en Libye (pour être équitable, le comportement de M. Hollande est aussi le contraire de sa position lorsqu’il était dans l’opposition). Un tel vote serait une innovation institutionnelle en France, où la tradition gaulliste veut que la politique étrangère et de défense fasse partie de la « chasse gardée » du Président. Au cours du débat, le gouvernement a présenté un rapport affirmant que les attaques chimiques en Syrie n’avaient pu être menées par nul autre que le régime Assad. Plus tôt, le gouvernement français avait également rendu public un rapport de ses services de renseignement accusant le régime syrien d’avoir déjà utilisé plusieurs armes chimiques de temps contre sa propre population au cours des derniers mois.

Parlant de la réaction européenne à la crise syrienne, le député européen français Arnaud Danjean, vice-Président de la sous-commission « sécurité et défense » du Parlement Européen, a déclaré que l’UE ne doit pas être injustement accusée d’être inaudible (ce qu’elle est…), parce que les Etats membres sont seuls compétents sur les questions militaires et que seules les options militaires sont à l’étude. Cependant, il estime désirable que l’Europe adopte une position diplomatique commune. Il faudrait pour cela que les Etats membres se consultent les uns les autres et s’engagent à travailler ensemble. Il a indiqué que l’opération devrait idéalement être soutenue par une résolution de l’ONU ou, au moins, par une coalition occidentale soutenue par la Ligue arabe.

Elmar Brok, Président de la commission des affaires étrangères du Parlement Européen, a condamné l’utilisation des armes chimiques et a rappelé que l’action militaire seule ne résoudrait pas le problème syrien : il a déclaré que les négociations pour trouver une solution politique seraient encore nécessaires, et il a critiqué la Russie et la Chine pour leur attitude non-coopérative au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Président du Parlement Européen, Martin Schulz, a également mis en garde contre une action précipitée sans que la communauté internationale soit unie et que les résultats définitifs du rapport de l’ONU soient connus.

Sources: Le Monde (Obama, Danjean), BBC, El País, Parlement Européen.

Industrie / Technologies / Business

Du mouvement sur le marché des télécommunications

Deux grandes opérations ont été annoncées au cours des derniers jours : Microsoft va acheter la division « téléphonie mobile » de Nokia pour 7,2 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros) et Verizon Communications versera 130 milliards de dollars pour acheter les 45% que Vodafone détient dans Verizon Wireless.

La décision de Microsoft est une tentative d’accroître sa présence et sa compétitivité sur le marché des smartphones et tablettes, où l’entreprise reste loin derrière Google et Apple. Environ 32.000 employés de Nokia, dont son directeur général, M. Elop, vont rejoindre Microsoft en 2014. M. Elop est même pressenti comme favori pour prendre la succession de Steve Ballmer, lorsque celui-ci quittera ses fonctions de PDG de Microsoft l’année prochaine. M. Ballmer a déclaré que l’accord vise à faire évoluer son entreprise pour se concentrer davantage sur les nouveaux appareils et les services, mais les actionnaires de Microsoft ont froidement accueilli l’accord, l’action de Microsoft chutant de plus de 5%. Au contraire, les investisseurs ont estimé qu’il s’agissait d’une bonne affaire pour Nokia, dont la valeur de l’action a augmenté de plus de 35%. L’opération renforce la sécurité financière de Nokia (Microsoft possède 77 milliards de dollars de réserves) et mettra l’accent sur « la fabrication d’équipement de réseau, les services de cartographie et de localisation, et la licence de technologies ». Les actionnaires de Nokia et les régulateurs doivent encore approuver l’accord.

Quant à l’accord entre Verizon et Vodafone, il sera le deuxième plus grand dans l’histoire de l’industrie des télécoms. Verizon, l’un des deux opérateurs dominants sur le marché mobile américain, souhaitait acquérir le contrôle complet de ses activités mobiles. Cette transaction va rapporter beaucoup d’argent à l’opérateur britannique, qui dispose de plusieurs options pour l’utiliser au mieux : payer des dividendes aux actionnaires, réduire sa dette, acquérir des participations dans d’autres entreprises (à la fois en Europe et dans les marchés émergents), et investir dans de nouvelles technologies pour améliorer ses services (avec la possibilité d’augmenter par conséquent ses revenus). La fin de cette joint-venture était étudiée depuis un certain temps, mais jusque récemment, Vodafone voulait conserver sa participation dans Verizon Wireless, dont les activités sont très lucratives.

Sources: The Economist (Microsoft/Nokia, Verizon/Vodafone), BBC, Corriere della Sera, NY Times, NY Times Dealbook.

Note: Si vous êtes intéressés par les problèmes et les évolutions actuelles du marché européen des télécommunications, The Economist a publié un article très intéressant en date du 29 juin 2013.

La semaine prochaine…

Le Parlement européen tiendra sa première session plénière depuis le retour de vacances, à Strasbourg. Il a indiqué ses priorités jusqu’à la fin de l’année. En septembre, il votera sur le budget à long terme 2014-2020 de l’UE. Ce vote aura également une incidence sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC). En outre, le Président de la Commission, José Manuel Barroso, prononcera le discours sur l’État de l’Union, soulignant ses priorités pour 2014. Par ailleurs, la commission des libertés civiles du Parlement européen étudie actuellement le scandale de PRISM (un rapport est attendu à la fin de l’année).

Du côté du Conseil, les ministres de l’Agriculture auront une réunion informelle du 8 au 10 septembre à Vilnius. Les ministres des Affaires économiques et financières (ECOFIN) se réuniront le 13 et le 14 septembre.

Du 9 au 12 Septembre, la Conférence de la jeunesse européenne et la réunion des directeurs généraux dans le domaine de la jeunesse auront lieu à Vilnius. Comme indiqué sur le site internet de la présidence, « les délégations de 28 Etats membres, les représentants du forum de la jeunesse européenne, du secrétariat général du Conseil de l’UE soutenant le domaine de la jeunesse, les représentants des organisations internationales de jeunesse, des pays candidats, les Etats de l’espace économique européenne assistent à cet événement ».

Sources: Parlement Européen, Présidence lituanienne du Conseil.

Pierre-Antoine KLETHI

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