L'Europe à la carte

Newsletter n°4 : Session plénière du PE, l’économie grecque, citoyenneté, le G20, l’industrie automobile

Quels sont les points à retenir de la dernière session du Parlement européen ? Que signifie « Grecovery » et peut-on vraiment y croire ? Quelles ont été les initiatives et désaccords des européens au sommet du G20 ? Nous répondons à toutes ces questions, et à bien d’autres, dans la newsletter n°4 !

Jose Manuel Barroso prononce son dernier discours sur l'état de l'Union, mercredi 11 septembre, à Strasbourg." © European Union 2013 - European Parliament"

José Manuel Barroso prononce son dernier discours sur l’état de l’Union, mercredi 11 septembre, à Strasbourg.
© European Union 2013 – European Parliament

Affaires intérieures

 La session plénière du Parlement Européen

Cette semaine, le Parlement européen a tenu sa session plénière à Strasbourg. Le point culminant de cette session était le discours sur l’état de l’Union prononcé par José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne. M. Barroso a appelé « tous ceux qui se soucient de l’Europe […] à parler haut et fort en faveur de l’Europe ». Il a parlé des progrès significatifs pour réformer l’Europe et le système financier, depuis le début de la crise, il y a cinq ans. Il a également exprimé l’espoir que la situation économique continuerait à s’améliorer au cours des mois à venir, soulignant plusieurs chiffres positifs qui justifient une certaine confiance dans une reprise de l’activité. En outre, il a évoqué la nécessité de renforcer les liens avec les pays voisins, en particulier ceux d’Europe de l’Est (par exemple, l’Ukraine), alors que ces pays doivent faire face à la pression russe. Le Président de la Commission a appelé à plus d’intégration européenne, en faisant valoir que c’est seulement en s’unissant que les Européens pourraient continuer à promouvoir et à défendre leurs valeurs, leur prospérité et leurs intérêts. Il a déclaré que la question centrale était : « Voulons-nous à améliorer Europe ou y renoncer ? » Après cela, il a plaidé pour une intégration meilleure et plus profonde pour remédier aux insuffisances de l’UE actuelle, mettant aussi au défi les eurosceptiques de faire des propositions pour améliorer l’union. Sur certaines questions (une véritable Union économique et monétaire, l’union bancaire, etc.), plus de compétences doivent être transférées à l’UE, mais le principe de subsidiarité doit être pleinement respecté :
« L’Europe doit se concentrer sur les domaines où elle peut apporter une valeur ajoutée maximale ».

A part écouter le discours de M. Barroso, les députés étaient bien occupés. En matière de relations internationales, ils ont appelé à la fin des violences et au retour de la démocratie en Egypte et ils ont adopté une résolution qui n’exclut pas le recours à des mesures de dissuasion. Les eurodéputés ont également appelé à la fin des frais d’itinérance d’ici à 2015, à la suite de la présentation du paquet télécoms par la Commission, mercredi. Le premier pilier de l’union bancaire – un superviseur unique pour les banques – a également été approuvé par le Parlement européen, ainsi que des sanctions plus sévères pour la manipulation des marchés financiers. En matière d’environnement, les députés européens ont appelé à plafonner l’usage des biocarburants traditionnels (ou « de première génération »), créés à partir de cultures alimentaire, et à un basculement vers les biocarburants plus complexes (par exemple, ceux créés à partir de déchets agricoles), afin de réduire les émissions à effet de serre, et ils ont reporté un vote sur l’inclusion du fracking (pour accéder au gaz de schiste) dans la directive sur l’évaluation de l’impact environnemental. Enfin, il convient de mentionner que les députés européens ont voté une résolution demandant plus de stages et d’apprentissages « de bonne qualité » pour soutenir l’emploi des jeunes.

Sources: Parlement Européen, Commission Européenne, BBC, Le Monde.

Note : Le discours intégral est accessible ici et nous publierons un article sur le #SOTEU dans les prochains jours.

Economie

 La fin de la récession en Grèce ?

Le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a prédit que l’économie grecque allait enfin renouer avec la croissance l’an prochain. Le PIB s’est contracté de près de 25% en 5 ans, en dépit de deux plans de sauvetage pour un montant total de 240 milliards d’euros, et de nombreux observateurs estiment que des mesures d’austérité excessives ont tué les perspectives de reprise économique au cours des dernières années. Mais le Premier ministre a fait état d’un changement de climat politique en Europe, affirmant que l’on parlait désormais de « Grecovery » au lieu d’un « Grexit » de la zone euro. Il a également affirmé que le PIB de cette année se contracterait dans une proportion inférieure à la prévision de 4,2% et que la Grèce serait en mesure de dégager un excédent budgétaire primaire (c.à.d. avant paiement des intérêts sur la dette) pour la première fois depuis de nombreuses années. En outre, la baisse du PIB au second trimestre de 2013 a été la plus faible depuis le troisième trimestre de 2010, grâce à un rebond dans le secteur du tourisme. Afin de soutenir davantage l’économie grecque, M. Samaras a demandé aux créanciers du pays de consentir des efforts supplémentaires pour alléger le fardeau de la dette. Le Premier ministre a également déclaré que 2013 avait été l’année « la plus dure et la plus importante » pour l’économie du pays, mais aussi « la plus réussie ».

Dans le même temps, les manifestants qui protestaient contre les coupes budgétaires et les pertes d’emplois ne partageaient pas le discours positif de la PM. Le principal parti d’opposition, Syriza, a déclaré le discours était « délirant ». Un examen du programme d’aide par les créanciers de la Grèce est programmé pour cet automne. Le FMI prévoit qu’une aide supplémentaire de 10 à 11 milliards d’euros est nécessaire ; cette somme pourrait venir au moins en partie sous la forme d’un troisième plan de sauvetage de la zone euro.

Sources: BBC, Les Echos.

Citoyenneté

 L’année européenne des citoyens

Plusieurs événements intéressant les citoyens européens ont eu lieu cette semaine, dont le discours sur l’état de l’Union du Président Barroso (cf. « affaires intérieures », ci-dessus).

Il est intéressant de noter l’initiative suivante annoncée par la Commission: un mois de débats en ligne sur le marché unique, entre le 23 septembre et le 23 octobre (« mois du marché unique »). Les discussions « porteront sur quatre thèmes: emploi (23-25 septembre), les droits sociaux (du 30 septembre au 2 octobre), les banques (7-9 octobre) et le commerce électronique (14-16 Octobre) » Découvrez davantage d’informations en cliquant ici.

Si vous voulez mieux comprendre ce qu’est l’année européenne des citoyens (ECY, en anglais), découvrez cette infographie fournie par la « EYC Alliance » (EYCA), qui vous propose également diverses possibilités de s’impliquer dans la société civile européenne grâce à des activités variées telles que des ateliers, débats, expositions, conférences, etc. Visitez leur site web pour plus d’informations !

Sources: Site web sur l’année européenne des citoyens, EYCA.

Relations internationales

 L’Europe au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg

Deux thèmes principaux ont été abordés lors du G20 : la Syrie et de l’économie mondiale. L’un des sujets a été marqué par les divisions des grandes puissances mondiales réunies ; l’autre a bénéficié d’un large consensus. Il est intéressant de remarquer que cette observation s’applique également lorsque l’on se concentre uniquement sur les membres européens du G20.

En ce qui concerne le premier thème – la Syrie –, François Hollande a mené le camp pro- militaire européen soutenant Barack Obama. David Cameron avait une position similaire, bien que gêné par le refus du Parlement de soutenir une intervention. A l’inverse, l’Allemagne littéralement refusé de signer la déclaration signée par 10 autres membres du G20 (dont tous les autres membres européens), bien qu’il n’y ait aucune référence directe à des frappes militaires, tandis que l’Italie a tenté d’explorer une troisième voie en appelant à se concentrer sur des solutions diplomatiques. La déclaration rédigée par les Etats-Unis a condamné fermement le régime syrien pour avoir utilisé des armes chimiques contre sa population et a exprimé son soutien à l’emploi des mesures nécessaires pour assurer l’application de l’interdiction d’utiliser des armes chimiques. Angela Merkel a indiqué qu’elle voulait se concentrer sur le processus politique, que l’ONU devait rester « dans le jeu », et que des pays comme la Russie et la Chine devraient coopérer pour organiser une conférence de paix à Genève. La France et d’autres pays ont exprimé leur souhait d’attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU. Par ailleurs, de nombreux pays, dont l’Italie, souhaitent une réponse militaire uniquement sur mandat de l’ONU (presque inimaginable). Les désaccords européens sur la stratégie ont été clairement visibles, ce qui peut expliquer la faiblesse de la politique étrangère européenne sur la question syrienne.

En ce qui concerne l’économie, les dirigeants mondiaux ont convenu que la crise n’était pas encore terminée : la croissance mondiale est encore trop faible, notamment parce que les pays émergents font face à des risques importants, alimentés par la volatilité des flux de capitaux (suite à l’annonce de la Fed qu’elle allait commencer à réduire son programme de mesures non conventionnelles) et des prix des matières premières. Les banques centrales continueront à agir avec la prudence nécessaire et à fournir des orientations claires sur leur future politique, afin de promouvoir la stabilité financière. Les gouvernements des pays émergents vont également adopter des mesures visant à atteindre cet objectif. En outre, l’austérité excessive a été critiquée comme nuisant au potentiel de croissance et devrait être mise en balance avec des objectifs de croissance et de création d’emplois. Enfin, le G20 a décidé de s’attaquer sérieusement à la question de l’évasion fiscale et la planification fiscale agressive. Il a exprimé son plein soutien à un plan d’action mis en avant par l’OCDE, un think-tank de pays riches. Ainsi, certaines données fiscales seront automatiquement échangées entre les pays du G20 en 2015. Les ONG souhaiteraient que ces mesures soient étendues aux pays pauvres, qui sont les principales victimes de l’évasion fiscale. Enfin, le G20 a appelé à une meilleure supervision des trusts et des autres dispositions juridiques visant à réduire la charge fiscale des multinationales. Les dirigeants européens se sont montrés satisfaits du résultat : Enrico Letta, le Président du Conseil italien (il s’agit de l’équivalent du Premier ministre), a déclaré que son pays avait « fait ses devoirs » et n’était plus sous « surveillance spéciale » ; les Présidents Barroso (Commission européenne) et Van Rompuy (Conseil européen) ont publié une déclaration commune soulignant les progrès de l’ Europe au cours des dernières années et les initiatives positives adoptées par le G20 afin de stimuler davantage la croissance et la création d’emplois.

Sources: Commission Européenne, BBC, Le Monde (Syrie, économie), Corriere della Sera (Syrie, économie), Der Spiegel, El País.

 Note : Exposer les désaccords européens aux yeux de toute la communauté internationale a été une erreur et montre une fois de plus à quel point des progrès sont encore nécessaires vers une politique étrangère « européenne ». Heureusement, les Européens ont finalement convenu d’une position commune lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Vilnius, le week-end dernier. La déclaration finale a été très soigneusement formulée, mais a au moins réussi à être adoptée à l’unanimité, après la désastreuse image donnée à Saint-Pétersbourg au G20. Ainsi, les ministres européens des Affaires Etrangères ont déclaré qu’il y avait de fortes présomptions que l’utilisation d’armes chimiques ait été le fait du régime syrien. Ils ont également convenu d’attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU avant d’adopter d’autres mesures. L’Allemagne a finalement exprimé son soutien à la déclaration signée par onze pays du G20 qui a appelé à une réaction « forte » à l’utilisation d’armes chimiques, sans mentionner expressément les options militaires. Enfin, la nécessité d’une solution politique a également été soulignée dans le communiqué. Mieux vaut tard que jamais… et espérons que la prochaine fois les Européens agiront davantage comme une union sur la scène mondiale!

Industrie / Technologies / Business

 La fin de la morosité pour l’industrie automobile en Europe ?

Les esprits sont plus détendus lors de l’édition 2013 du salon automobile de Francfort (10-22 septembre). Divers PDG de l’industrie automobile (à l’intérieur et hors de l’UE) prévoient une fin du déclin sur le marché européen, en dépit d’une baisse de 6,6% des ventes au premier semestre 2013. Daimler et Volkswagen ont déclaré des bénéfices pour le deuxième trimestre de l’année. Alan Mulally, PDG de Ford, estime que le point le plus bas devrait être rapidement atteint. Philippe Varin, son homologue chez PSA Peugeot-Citroën, un constructeur français particulièrement touché, pense même que son groupe pourrait accroître sa part de marché au cours du dernier trimestre de l’année. Les analystes sont incertains sur l’avenir du marché automobile européen : certains s’attendent à une simple stabilisation, alors que d’autres sont plus optimistes et prédisent un ralentissement de la croissance dès l’an prochain. En effet, le contexte est toujours très difficile, étant caractérisé par une faible croissance du PIB et un taux de chômage important, et cela affecte la consommation. Les constructeurs automobiles qui sont davantage dépendants des ventes en Europe du sud pourraient faire face à plus de difficultés pour rebondir que des constructeurs plus solidement établis au Royaume-Uni et en Allemagne. Des consultants comme AlixPartners estiment que l’Europe souffre encore de surproduction massive (jusqu’à 3 millions de véhicules par an) et que d’autres fermetures d’usine sont inévitables à long terme. Diverses stratégies sont essayées par des constructeurs européens : la réduction des coûts, la mise en place d’alliances internationales, ou encore la diversification des modèles de voiture.

Sources: Le Monde, Reuters.

La semaine prochaine…

La semaine prochaine, plusieurs réunions informelles de ministres auront lieu : transport (15-16 septembre) et énergie (19-20 septembre).

Pour nos lecteurs qui seront à Vilnius la semaine prochaine, notez une exposition gratuite sur la place de la Cathédrale pour attirer l’attention du public sur le programme spatial européen, la politique spatiale et la recherche spatiale de l’UE. Elle est accessible du 17 au 22 septembre.

Source : Présidence lituanienne du Conseil.

Pierre-Antoine KLETHI

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s