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Elections législatives fédérales en Allemagne : le programme de politique européenne des principaux partis

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Les élections législatives fédérales allemandes auront lieu dimanche prochain, le 22 septembre. En raison de la puissance économique de l’Allemagne et de son influence politique en Europe, l’enjeu de cette élection est l’évolution non seulement du pays au cours des quatre prochaines années, mais aussi de l’Union européenne. Alors que de nombreuses personnes en Europe attendent les résultats, afin de pouvoir estimer quelles seront les conséquences sur le développement de l’intégration européenne, nous avons décidé de mettre l’accent sur ​​le « programme européen » de quatre partis: CDU/CSU (les chrétiens-démocrates, dirigés par Angela Merkel), SPD (sociaux-démocrates, avec Peer Steinbrück comme candidat à la chancellerie), FDP (libéraux) et les Verts. Nous incluons le FDP dans notre examen, malgré le risque qu’il n’entre pas au Parlement – s’il ne passe pas le seuil de 5% –, car s’il y parvient, il est probable qu’il fera à nouveau partie d’un gouvernement de coalition avec la CDU/CSU. Et nous excluons Die Linke (« La Gauche », un parti né sur les ruines du parti communiste d’Allemagne de l’Est), car les principaux partis excluent toute coalition avec ce parti orienté très à gauche. Les autres partis (en particulier, le Parti Pirate et « Alternative für Deutschland », un petit parti anti-euro), peu susceptibles d’atteindre le seuil de 5% des voix sont également volontairement laissés de côté.

La CDU/CSU

Les sondages donnent à la CDU (Christlich-Demokratische Union : « Union démocrate-chrétienne ») et à son pendant bavarois, la CSU (Christlich-Soziale Union : « Union chrétienne-sociale »), une part importante des voix (+/- 40%). Sauf renversement incroyable de la situation, la CDU/CSU sera donc le principal acteur de la prochaine coalition gouvernementale qui sera très probablement guidée par la chancelière Angela Merkel. Il est donc particulièrement important de s’intéresser à la politique européenne qu’ils défendent.

Economie : La CDU fait campagne pour « des finances solides et un euro stable ». L’Allemagne va probablement commencer à rembourser ses dettes en 2015 et la CDU veut encourager les autres pays à être aussi vertueux. La CDU ne veut pas que l’Allemagne assume la responsabilité des dettes contractées par d’autres pays (par exemple, via des euro-obligations). Elle veut promouvoir la stabilité des prix et « les dépenses intelligentes », c’est-à-dire investir des fonds publics uniquement là où cela en vaut la peine. La CDU appelle également à une meilleure supervision des banques (espérons que cela aidera à accélérer la mise en œuvre d’une union bancaire).

Citoyens : La CDU propose d’exporter le modèle d’éducation allemand de la « duale Ausbildung », caractérisé par une complémentarité entre l’enseignement dans les écoles et l’apprentissage pratique dans les entreprises. Il souhaite également que davantage de personnes dans l’UE apprennent des langues étrangères, afin de stimuler les échanges entre citoyens et de faciliter la migration au sein de l’UE.

L’Europe dans le monde : La CDU appelle à une politique étrangère et de sécurité européenne plus cohérente et plus active. Elle souhaite un renforcement du rôle du Haut Représentant de l’UE et une évolution vers un partage accru des capacités militaires pour aboutir finalement à une armée européenne. La CDU est également d’avis que l’Europe a besoin d’un débat stratégique sur les objectifs qu’elle veut et peut atteindre par le biais de ses missions civiles et militaires. La CDU va aussi continuer à encourager la participation aux efforts de formation de l’administration dans des pays tiers, en particulier dans les domaines de la police et de la justice. En ce qui concerne l’élargissement de l’UE, la CDU favorise tout nouvel élargissement qui serait dans l’intérêt de l’Allemagne et de l’UE. Ainsi, elle soutient l’adhésion des pays des Balkans, une fois qu’ils satisferont tous les critères politiques et économiques. La CDU est également en faveur de liens plus étroits entre l’UE et la Turquie, mais rejette une adhésion pleine et entière, car la Turquie ne remplit pas les critères et, en outre, la taille de la Turquie et sa structure économique déborderaient la capacité d’intégration de l’UE.

L’ensemble du programme est accessible ici. En outre, la CDU a publié un résumé de son programme en 10 points en plusieurs langues étrangères, dont l’anglais.

Le SPD

Les sociaux-démocrates, qui ont enregistré une sévère défaite en 2009 après 4 ans de participation dans le premier gouvernement Merkel, ne semblent pas en mesure d’empêcher une nouvelle victoire de la chancelière. Leur principal candidat, Peer Steinbrück, ancien ministre des Finances d’Angela Merkel, est beaucoup moins populaire que son ancienne patronne et, aujourd’hui, principale rivale. En outre, le SPD se situe loin derrière la CDU dans les sondages, avec un score de 26% en moyenne. Toutefois, le SPD pourrait bien finir comme partenaire de coalition de la CDU, si le FDP n’atteint pas le seuil des 5% pour entrer au Parlement.

Economie : Le SPD veut un gouvernement économique européen qui réponde de ses choix devant les citoyens. Cela rapprocherait l’Europe des citoyens et démocratiserait le fonctionnement de la zone euro, une évolution nécessaire puisque les impôts des citoyens sont engagés pour financer les plans de sauvetage et garantir le bilan de la BCE. Le SPD appelle également à un « pacte de stabilité sociale », pour une « Union sociale forte », afin d’éviter un dumping social entre les Etats membres de l’UE. Ce pacte devrait comporter des objectifs clairs pour les dépenses sociales et éducatives. Le SPD affirme que la stabilité et la prospérité ne peuvent pas reposer uniquement sur ​​la discipline budgétaire, mais exigent aussi de la croissance et de l’équité. Il souhaite un retour complet à l’« économie sociale de marché ». Il appelle également à une meilleure régulation des marchés et des banques. Ainsi, il veut que les propriétaires des banques supportent des pertes si leur banque a besoin d’être secourue et il désire une limite sur les dividendes et l’interdiction des bonus quand une banque est en grande difficulté. En ce qui concerne l’union bancaire, le SPD soutient la supervision des grandes banques par la BCE à l’heure actuelle (il considère que la fonction de supervision doit être transférée à une agence autonome de l’UE, plus tard). Il s’exprime aussi en faveur d’une autorité européenne de résolution des crises bancaires et d’un fonds européen de restructuration des banques (qui serait financé par une taxe sur les banques proportionnelles à leur profil de risque). Le SPD soutient également une taxe sur les transactions financières. En outre, le SPD appelle à la création d’une agence de notation européenne et à l’adoption d’une réglementation plus stricte des agences de notation existantes. De plus, le SPD veut une coordination plus étroite des politiques économiques et budgétaires nationales. En particulier, il suggère d’adopter un taux d’imposition minimum pour l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur ​​les revenus du capital afin de permettre une concurrence loyale au sein du marché unique. Par ailleurs, les déséquilibres économiques au sein de l’UE doivent être réduits. Le SPD déclare également que les économies de l’UE ont besoin d’un nouvel élan vers une croissance durable. Il appuie la constitution d’un fonds d’investissement et de construction et d’un fonds commun de résolution de la dette européenne. Cette dernière mesure doit cependant être accompagnée de l’adoption d’un plan contraignant de réformes et de réduction de la dette par les États membres bénéficiant de la solidarité européenne. Enfin, le SPD se prononce contre la privatisation des services de l’eau. Il affirme que l’accès à l’eau est un droit de l’Homme et que les communes doivent rester compétentes pour fournir de l’eau potable.

Intégration: Pour avoir une Europe qui agit dans l’intérêt de ses citoyens, le SPD appelle à une intégration politique plus poussée en Europe. Le SPD voudrait que l’idée d’intégration européenne fascine à nouveau les citoyens, l’Europe devant devenir « un lieu de paix et de justice sociale qui exporte la stabilité dans le monde et est organisée comme une démocratie transnationale », tout en respectant le principe de subsidiarité. Pour y parvenir, le SPD recommande de reproduire au niveau européen la séparation des pouvoirs qui existe au niveau national : la Commission doit devenir un vrai gouvernement européen élu par et responsable devant le Parlement européen. Les Etats membres seraient représentés dans une deuxième chambre législative. Les trois organismes (les deux chambres législatives et le gouvernement) seraient compétents pour prendre des initiatives législatives. La Cour de Justice de l’UE continuerait d’être la juridiction européenne du plus haut degré. Enfin, un gouvernement économique pour la zone euro devrait également être créé et soumis au contrôle parlementaire.

Le programme complet du SPD peut être trouvé ici.

Les Verts

Les Verts ont vu leur popularité chuter au cours des dernières semaines. En deux mois, ils sont passés de 15% à 9% des voix, selon les sondages. Leur résultat aux élections législatives régionales bavaroises a montré la même tendance : ils ont obtenu 8,6% des voix, manquant leur objectif d’atteindre au minimum 10%. Malgré ces difficultés, les Verts pourraient faire partie de différents gouvernements de coalition, selon le résultat final des élections.

Economie : Les Verts critiquent toute politique anti-européenne et exigent une coordination plus approfondie des politiques économiques et financières nationales, rappelant que cela est aussi dans l’intérêt de l’Allemagne, car environ 60 % des exportations allemandes sont destinées aux Etats membres de l’UE.

Citoyens : la démocratie dans l’UE doit être développée non seulement par une alliance des parlements à tous les niveaux (c’est-à-dire européen, national et régional), mais aussi par une participation active des citoyens. Par conséquent, les Verts veulent renforcer l’initiative citoyenne européenne et établir, à plus long terme, une procédure de référendum européen. Pour les réformes institutionnelles, ils favorisent la convocation d’une convention ouverte sur l’avenir de l’UE.

Intégration: Les Verts insistent sur le fait que l’UE est bien plus qu’une simple union économique et monétaire : « l’idée européenne est une promesse de paix, la démocratie et d’Etat de droit en Europe et dans le monde ». Selon les Verts, l’UE devrait soutenir activement un ordre mondial solidaire : imposer des droits de l’Homme, lutter contre la pauvreté et la faim, stimuler les échanges culturels et promouvoir la tolérance.

L’Europe dans le monde : Afin de renforcer la voix de l’Europe sur des questions telles que le changement climatique et la lutte contre la pauvreté, les Verts veulent une vraie politique étrangère et de sécurité commune. Ils louent également la politique d’élargissement comme un instrument pour promouvoir la paix, la stabilité, l’Etat de droit, la liberté, la démocratie, des normes sociales et la protection de l’environnement en Europe. Ils veulent donner des perspectives d’adhésion aux pays des Balkans et ils soutiennent une adhésion de la Turquie à l’UE, qui est, selon eux, la meilleure façon de stimuler les réformes en Turquie.

L’ensemble du programme des Verts est accessible ici.

Le FDP (Freie Demokratische Partei)

Comme mentionné plus haut, le FDP, conduit aux élections par Rainer Brüderle (ancien ministre de l’Economie et des Technologies de 2009 à 2011), doit faire face au grand risque de ne pas passer le seuil de 5% nécessaire pour être représenté au Parlement fédéral. Toutefois, s’il réussit, alors la coalition actuelle pourrait bien être reconduite pendant encore quatre ans.

Economie : Le FDP soutient clairement la stabilité des prix – il suggère de l’inclure dans le Grundgesetz, la « Constitution » allemande. Il défend donc l’indépendance de la BCE et veut renforcer la Bundesbank. En outre, le FDP souhaite appliquer les règles de stabilité en Europe et s’oppose aux euro-obligations et autres formes de mise en commun des dettes nationales. Il veut surmonter la crise de la dette européenne et construire une Europe meilleure. Pour atteindre cet objectif, le FDP désire une meilleure coordination des politiques économiques nationales, visant ainsi à accroître la compétitivité européenne. En outre, « la solidarité nécessite la solidité » et, par conséquent, la pression sur les Etats aidés financièrement pour qu’ils mettent en œuvre des réformes structurelles doit rester forte. Le FDP s’oppose à l’augmentation de l’endettement, à tout financement de la dette publique par la BCE et à toute éventuelle taxe européenne. Pour lutter contre le chômage des jeunes, le FDP suggère d’exporter le modèle d’éducation allemand de la « duale Ausbildung » à d’autres pays.

L’Europe dans le monde : Le FDP estime qu’il ne peut y avoir une Allemagne forte que dans une Europe forte. Il veut maintenir les amitiés existantes avec d’autres pays, tout en développant les relations avec les nouvelles puissances régionales et mondiales. Il défend une politique pacifique et de désarmement, rappelant que l’Europe est un projet de paix à l’origine. Le FDP favorise l’élargissement de l’UE, y compris à la Turquie, mais souhaite préalablement une application stricte de tous les critères d’adhésion. Le respect des droits de l’Homme, de la liberté individuelle et de l’Etat de droit doit également faire partie des critères qui guident les relations de l’UE avec les pays voisins comme l’Ukraine.

Citoyens : Le FDP prétend que l’Europe fait partie de « l’identité » des libéraux et représente une garantie de la liberté et de la capacité d’être un acteur dans la compétition mondiale. Le FDP veut « renforcer les atouts de l’Europe : la diversité de l’Europe, l’économie de marché, l’Etat de droit et un processus de décision décentralisé ». Pour rapprocher l’UE des citoyens, le FDP désire que le Parlement européen obtienne le droit d’initiative législative et il soutient la création de listes transnationales pour les élections européennes. La Commission devrait devenir plus petite et plus efficace. Le Conseil deviendrait la deuxième chambre du Parlement, avec les mêmes droits que le PE. La subsidiarité doit aussi permettre de rapprocher l’Europe des citoyens. Par ailleurs, le FDP s’oppose fermement à toute réintroduction libre de potentiels contrôles aux frontières dans l’espace Schengen. Il souhaite également réformer la politique agricole commune pour la rendre moins bureaucratique et pour qu’elle favorise une agriculture plus durable. Enfin, le FDP veut que la Charte des droits fondamentaux de l’UE soit appliquée de manière égale dans tous les Etats membres, et il soutient une adhésion rapide de l’UE à la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

Intégration: Le FDP rappelle que l’Europe est plus que juste l’Euro. Il souhaite développer l’UE vers une union fédérale basée sur des principes fédéraux solides et des structures démocratiques et respectant pleinement le principe de subsidiarité. L’évolution serait idéalement conduite par le biais de la méthode de la convention.

Le programme FDP est accessible ici et une version résumée en anglais est disponible ici.

Conclusion

Les électeurs allemands ne vont pas seulement se prononcer sur l’avenir de l’Allemagne, mais aussi sur celui de l’UE. Tous les principaux partis se sont engagés à poursuivre l’intégration européenne, mais des opinions différentes demeurent quant au contenu des futures politiques européennes. Une grande coalition formée par la CDU/CSU et le SPD permettrait probablement des changements plus rapides et plus profonds (union bancaire, union politique, etc.) qu’une reconduction de la coalition CDU/CSU-FDP actuelle. Dans tous les cas, Mme Merkel obtiendra probablement un autre mandat de 4 ans en tant que Chancelière. Comme l’écrit The Economist, espérons qu’« elle puisse encore devenir le grand leader dont l’Allemagne et l’Europe ont tant besoin », et cet hebdomadaire trouve de bonnes raisons d’y croire.

Pierre-Antoine KLETHI

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3 réflexions sur “Elections législatives fédérales en Allemagne : le programme de politique européenne des principaux partis

  1. L’Allemagne va commencer à rembourser ses dettes en 2015 ? Ah, bon !! Tous les pays remboursent des emprunts tous les mois et contractent de nouveaux prêts chaque mois. Commençons par cesser de dire des bêtises sur l’endettement public et faire un peu de pédagogie, ça ne ferait pas de mal, ne serait ce que pour clarifier et démystifier le débat sur ce sujet.

  2. Pingback: Newsletter UE n°6 : élections allemandes, économie, mobilisation pour les élections européennes, Iran, Telefónica /Telecom Italia | Au Café de l'Europe

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