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Elections allemandes : C’est le moment de prendre des décisions ambitieuses pour l’Europe, Madame Merkel !

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Madame Merkel,

Tout d’abord, vous méritez d’être félicitée pour votre réélection et le brillant score de la CDU/CSU qui a obtenu plus de 42% d’après de récentes estimations, pendant que le SPD rassemblait environ 25,5% des voix.

Le FDP, votre allié au cours de la législature qui s’achève, a 4,5% et n’entrera pas au Bundestag. Quant aux Verts, ils obtiendraient 8,1% et Die Linke 8,5%. L’AfD, enfin, rassemblerait environ 4,9% des voix, ce qui la laisserait hors du Parlement. Les coalitions plausibles sont donc CDU-SPD et CDU-Grünen. En effet, même si la CDU obtient la majorité absolue au Bundestag, n’oublions pas le Bundesrat, l’autre chambre du Parlement, qui est dominé par le centre-gauche.

Ces résultats vous ouvrent la voie à un troisième mandat en tant que Chancelière de la République Fédérale d’Allemagne, une position que vous occupez depuis huit ans. Pendant toutes ces années, vous avez eu à faire face à des problèmes européens. Lorsque vous êtes arrivée au pouvoir, l’Europe était au milieu d’une crise politique parce que les électeurs français et néerlandais avaient rejeté le Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe (TECE) quelques mois plus tôt. Consciente de la nécessité de favoriser l’intégration européenne, vous avez été l’un des artisans du processus de réforme conduisant au Traité de Lisbonne, qui a préservé en partie le contenu du TECE. La présidence allemande du Conseil de l’UE, en 2007, a été l’un des points forts de votre engagement pour l’intégration européenne. Puis, au cours de votre deuxième mandat, vous avez eu à faire face aux conséquences de la crise financière et économique mondiale, puis la crise des dettes souveraines. Vous auriez pu réagir (beaucoup) plus rapidement mais, dans les moments décisifs, vous avez pris vos responsabilités et fait ce qui était nécessaire pour préserver l’intégrité de la zone euro. En outre, votre prudence et votre insistance pour que les traités européens soient respectés ont également permis de s’assurer de la légalité des mesures adoptées et, au moins au début, d’un large soutien (malheureusement déclinant) de la population allemande.

Alors que vous êtes sur le point de commencer un troisième mandat, il est temps de prendre des décisions audacieuses pour sauver totalement l’Europe ! Vous devrez choisir entre être la chancelière qui donne une nouvelle et forte impulsion à l’intégration économique et politique de l’Europe et être la chancelière qui laissera l’opinion publique à propos de l’UE se détériorer à tel point que l’idée d’intégration serait menacée. Nous nous félicitons de l’orientation pro-européenne du programme électoral de la CDU ; maintenant, il vous faudra le mettre en œuvre afin d’obtenir des résultats tangibles pour les citoyens allemands et, plus largement, les citoyens européens. Vous et vos futurs alliés ont reconnu qu’il ne peut y avoir une Allemagne forte sans une Europe forte. Agir pour une meilleure intégration européenne sera donc dans votre intérêt et celui de vos électeurs.

La CDU veut un euro stable. Cela peut être le sujet de votre première contribution majeure ! Jusqu’à présent, vous avez appelé avec succès à améliorer l’état des finances publiques dans les pays fortement endettés. Cela a eu certains résultats positifs, mais vous reconnaîtrez que ce n’est pas assez : la seule austérité n’est pas source de croissance. Une autre partie de la solution que vous avez constamment préconisée est l’adoption et la mise en œuvre de réformes structurelles audacieuses pour regagner de la compétitivité. Il est maintenant temps de redonner un peu d’espoir aux citoyens des pays en difficulté économique, il est maintenant temps de créer entièrement les instruments de la solidarité européenne qui complètent les mesures de responsabilité nationale. Dans son discours sur l’état de l’Union, M. Barroso a qualifié la pleine réalisation de l’union bancaire de priorité. La CDU aussi veut une meilleure supervision des banques, alors pourquoi ne pas accepter tous les mécanismes d’une union bancaire et non seulement son premier pilier (la BCE comme autorité centrale de surveillance) ? Vous savez que pour briser le cercle vicieux entre les problèmes des banques et les problèmes financiers des Etats nous avons besoin d’un mécanisme de solidarité européenne. Le système bancaire allemand n’est pas à l’abri de la crise européenne et n’est pas en excellent état, donc il bénéficierait également de l’instauration d’un fonds de résolution commun. Quant aux euro-obligations, il est en effet trop tôt pour les introduire ; c’est seulement avec un gouvernement économique européen que les Eurobonds pourront être une évolution légitime.

Nous nous félicitons également le souhait de la CDU que davantage de citoyens apprennent plus de langues étrangères dans l’UE, afin de faciliter les échanges entre les citoyens et les migrations au sein de l’UE. Développer un sentiment d’appartenance commune nécessite en effet davantage d’échanges entre les citoyens de différentes origines et cultures. Encourager l’émergence d’une identité européenne ne peut que favoriser un approfondissement démocratique du processus d’intégration.

Et c’est là que vous pouvez apporter votre deuxième grande contribution : en tant que leader de l’un des plus importants Etats membres, vous avez le pouvoir politique d’impulser une nouvelle étape de l’intégration européenne. Comme M. Barroso l’a souligné dans son discours sur l’état de l’Union, cela ne signifie pas que tout doit être fait par l’UE (le principe de subsidiarité doit être pleinement respecté), mais certaines choses doivent être décidées au niveau européen. Et nous croyons que l’union fédérale serait la manière la plus démocratique de le faire, car les citoyens européens dans leur ensemble devraient ainsi décider des politiques européennes, sans être otages des intérêts partisans nationaux. En outre, une union fédérale avec un gouvernement économique européen permettrait aux électeurs allemands d’avoir davantage d’influence sur les réformes nécessaires dans les pays en crise, alors que les électeurs de ces pays gagneraient une certaine influence sur le degré et les formes de solidarité dans l’UE. En outre, une Europe fédérale permettrait aussi de parvenir à une « politique étrangère et de sécurité européenne plus cohérente et plus active »  qui est promue dans le programme de la CDU.

Madame Merkel, la politique est question de tactique, mais aussi de courage et de leadership. Un leader doit montrer la voie à suivre, même si cela nécessite des décisions pas toujours populaires. Il y a des défis de court terme et de plus long terme pour l’UE : dans les deux cas, vous pouvez contribuer à trouver une solution qui permettra de renforcer l’Allemagne et l’Europe. Vous avez la légitimité, et nous savons que, au fond, vous avez également la volonté nécessaire pour cela. Il est maintenant le temps de le montrer.

Pierre-Antoine KLETHI

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