Euro-Citoyen/Identité, Culture et Échange

Les « nouveaux Français » et l’Europe

© Luc Legay / Flickr

© Luc Legay / Flickr

Ce texte est un compte rendu de l’enquête menée conjointement par le TNS-SOFRES et le Centre de recherches Politiques de Sciences Po (le CEVIPOF), transcrit par Sylvain Brouard et Vincent Tiberj. Ce dernier est sociologue au CEVIPOF, politologue spécialiste des sujets relatifs aux inégalités sociales et ethniques. Sylvain Brouard, quant à lui, est professeur à l’Institut d’Études Politiques de Bordeaux. Ces deux spécialistes avaient déjà travaillé ensemble sur un sujet comparable à celui du texte présent : en 2005, ils ont publié Français comme les autres ? Enquête sur les citoyens d’origine maghrébine, africaine et turque, enquête qui leur a permis d’analyser le rapport de ceux qu’ils appellent les « nouveaux Français » avec une série de thèmes généraux (le vote, la sexualité, la religion…).

Les nouveaux Français et l’Europe, se recentre sur un sujet qui n’a jamais été étudié. Il analyse l’appartenance et/ou l’attrait pour la construction européenne chez des populations n’étant Françaises que depuis peu de générations, et qui très souvent revendiquent leurs origines. Il est ainsi intéressant de connaître le point de vue de l’immigré, ou de son descendant, sur l’Europe, alors que cette dernière s’est précisément construite en empruntant des valeurs qu’il ne partage pas (66% des « nouveaux Français » sont Musulmans, et l’Europe a toujours fait de l’Islam un Autre). Ces différences culturelles et religieuses s’opposent-elles à l’idée d’Europe ? Apparu à une période où l’opinion publique européenne était sollicitée (lors des élections au Parlement européen de 2004, et du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen de mai 2005), l’enquête n’en est que plus pertinente.

L’importance de la méthode. Tous sondages pouvant aboutir à des biais (relatif à la manière dont les questions sont posées, leur ordre, la constitution des échantillons sensés être représentatif d’une population étudiée…), la méthode utilisée pour mener à bien l’enquête est explicitée. Dès le début de l’article, il est mentionné que l’échantillon est formé à partir de 1003 Français de plus de 18 ans (c’est à dire qu’ils ont le droit de vote, et sont probablement plus concernés par les problématiques politiques) qui ont au moins un parent ou grand parent de nationalité Maghrébine, Africaine ou Turque. Le questionnaire est soumis aux intervenants entre le 8 avril et le 7 mai 2005 (pendant la campagne référendaire), par téléphone. Un échantillon témoin, représentant la population « franco-française » est établi pour que puissent être comparées les données.

Les nouveaux Français ont une identité multi-facette

Il est admis que les identités puissent être collectives ; les variables sont donc croisées pour qu’elles reflètent au mieux la réalité (à l’origine des individus s’ajoutent le niveau d’étude, l’âge, l’opinion politique…). Les nouveaux Français se sentent proches de plusieurs groupes : des autres Musulmans (pour 71% d’entre eux), des autres immigrés (pour 76% d’entre eux) et des ressortissants de leur pays d’origine (pour 77% d’entre eux). Si ces affirmations peuvent être jugées communautaristes, elles ne sont pas exclusives : 85% de cette population se déclare également « très ou assez proche des autres Français », et 60% sont attachés à l’Europe, pourcentage similaire à l’échantillon témoin. Cet attrait pour la construction européenne est croissant en fonction de l’âge, comme c’est aussi le cas pour l’échantillon témoin (on peut néanmoins constater que les jeunes sont plus nombreux dans l’échantillon étudié : ils représentent un quart de la population, contre 10% dans l’échantillon témoin).

Les logiques de l’attachement des nouveaux Français à l’Europe

Il est difficile de dégager les raisons de l’europhilie des nouveaux français : il ne semble pas que le diplôme soit déterminant dans l’attrait pour l’Europe (alors que c’est le cas pour l’échantillon témoin). Le bord politique l’est un peu plus : comme dans l’échantillon témoin, les sympathisants de droite sont plus favorables à l’Europe (ce qui peut sembler très contradictoire, puisque cette tendance politique est généralement aussi souverainiste, mais qui peut s’expliquer par la personnalité de De Gaulle, à l’origine du référendum), et les sceptiques (les personnes n’ayant pas de préférence politique prononcée) sont les moins europhiles. La majorité des nouveaux Français est de gauche (63%) et a le même comportement électoral que l’électorat français de gauche. Parallèlement, l’Islam n’est pas une barrière contre la construction européenne ; les Musulmans sont, à hauteur de 61% très ou assez proches de l’Union (et 60% des Musulmans pratiquants ont voté pour le Traité Constitutionnel).

L’attitude et les choix des nouveaux Français sont donc similaires à ceux de l’échantillon témoin. Lors du référendum sur la Constitution européenne, pourtant, les Français de la diversité se sont moins impliqués (23% d’abstention) et étaient moins favorables au Traité. Mais ce n’est pas leur origine Maghrébine, Turque ou Africaine qui a abouti à ce résultat ; le « non »  est plutôt imputable à leur jeunesse.

La réaction face à des dialectiques qui les concernent

Les questions européennes contiennent un volet sur l’immigration : or, il est intéressant de noter que les nouveaux Français pensent, pour 37 % d’entre eux, qu’il y a trop d’immigrés en France.

Parallèlement, la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne souligne la spécificité de l’électorat de la diversité : si à peine 30% de l’échantillon témoin est favorable à d’adhésion, 60% des nouveaux Français l’encouragent. Cette opinion transcende les différences générationnelles, et sociologiques. Des différences sont tout de même notables quant à l’origine : si les Français d’origine Turque sont favorable pour 68% d’entre eux, les originaires d’Afrique le sont moins. Or, la religion a un rôle prédominant dans la formation d’une opinion sur ce sujet : les nouveaux Français qui s’opposent à l’entrée de la Turquie dans l’Union sont minoritairement Musulmans (30%) et majoritairement Chrétiens (62%), tout comme dans l’échantillon témoin (73 % de Catholiques). Le rôle déterminant de la religion dans l’attitude face à la Turquie révèle sa perception en France : c’est un pays Musulman et le soutien ou non à sa candidature relève d’un rapport à l’Islam.

Estelle Delaine

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