L'Europe à la carte

Newsletter n°7

Ruben-europeans

Parmi les sujets de cette semaine, notre newsletter vous fait revivre les convulsions politiques italiennes des derniers jours, vous invite à découvrir un appel pour l’émergence d’un « peuple européen » et vous informe au sujet de la nouvelle offre de Google pour clore l’enquête de la Commission Européenne sur un risque d’abus de position dominante de la part du géant américain.

Affaires intérieures

La situation politique italienne

Les élus italiens ont offert un spectacle incroyable au cours des derniers jours. Après que les députés PdL aient annoncé qu’ils démissionneraient si Silvio Berlusconi perdait le vote sur sa qualité de membre du Sénat le 4 octobre, le Président du Conseil italien, Enrico Letta, avait déclaré qu’il demanderait une clarification devant le Parlement. Puis, samedi dernier, M. Berlusconi avait accéléré la crise en demandant aux ministres issus du PdL de démissionner. Cette initiative s’est cependant révélée être une erreur. En effet, dimanche, tandis que M. Berlusconi appelait à l’organisation de nouvelles élections dès que possible, plusieurs représentants de l’aile modérée du PdL ont exprimé des doutes sur la stratégie indiquée par leur chef. A la fin de la journée, le mécontentement était clairement visible et des rumeurs circulaient au sujet d’une éventuelle scission au sein du PdL, les « dissidents » étant menés par Angelino Alfano, Vice-Premier ministre et secrétaire général du PdL, et les autres ministres du PdL. Deux jours de négociations tendues et plusieurs réunions ont suivi, avec l’impression d’une distance croissante entre les « colombe » (colombes), derrière M. Alfano, et les « falchi » (faucons), qui conseillaient à M. Berlusconi de maintenir la ligne dure. Mercredi a donc été baptisé le « jour de la vérité », avec, dans la matinée, le discours du Président du Conseil Letta au Sénat, suivi d’un débat et d’un vote de confiance. Au cours de cette même matinée, la rupture entre les pro-gouvernements et M. Berlusconi semblait inévitable. Après le discours de M. Letta, de nombreux sénateurs PdL se sont réunis et ont décidé de voter contre le gouvernement. Mais, alors qu’il était devenu clair que le gouvernement allait remporter le vote de confiance grâce aux « alfaniani » du PdL, M. Berlusconi a fait volte-face et a annoncé, peu avant le vote, le soutien du PdL au gouvernement. Les résultats du vote au Sénat ont été 235 oui et 70 non à la motion de confiance. Le gouvernement a également obtenu un large soutien à la Chambre des Députés. Soucieux de marquer la différence et l’émergence d’une nouvelle « majorité politique » (par opposition à sa grande « majorité numérique »), M. Letta a indiqué que le gouvernement aurait gagné le vote même sans le soutien de M. Berlusconi. Ces événements ont vu, pour la première fois en 20 ans, M. Berlusconi perdre le contrôle sur une partie significative de son parti et être forcé de faire marche-arrière pour éviter d’être politiquement marginalisé. Cela dit, il pourrait seulement s’agir d’une première étape vers la marginalisation redoutée. En effet, la Giunta par le elezioni votera vendredi sur l’éventuelle déchéance de M. Berlusconi de son poste de sénateur en raison de sa condamnation pour fraude fiscale.

Sources : Corriere della Sera, La Stampa, Der Spiegel.

Economie

Chômage

En Italie, au milieu de toute l’agitation politique présentée ci-dessus, les statistiques ont révélé que le chômage avait atteint 12,2% (+0,1%). En outre, le taux de chômage des jeunes a franchi le seuil de 40%, un record historique et l’un des taux les plus élevés de l’Union Européenne.

En Allemagne, la situation est très différente: le chômage a diminué – mais moins que prévu – à 6,6% de la population active.

Enfin, en France, l’opérateur de télécommunications SFR, en charge de l’envoi de SMS à plus de 600.000 personnes qui sont inscrites à Pôle emploi pour leur rappeler de mettre à jour leur situation, a annoncé qu’une « défaillance grave » expliquait le taux inhabituellement élevé de statuts non mis à jour. Tout chômeur qui ne met pas à jour son statut avant la fin du mois est automatiquement radié de Pôle Emploi. Cette défaillance technique explique donc une bonne part de la baisse remarquable du chômage en août qui avait été annoncée précédemment.

Dans l’ensemble de la zone euro, le chômage reste inchangé à un taux de 12% ; le chômage des jeunes atteint 23,7% avec le taux le plus élevé en Espagne (56%) et le plus faible en Allemagne (7,7%).

Sources : Corriere della Sera, Focus, Le Monde.

Citoyenneté

Votons pour un peuple européen

Dans El País, Mikel Arteta, politologue espagnol, a appelé à la création d’un peuple (demos) européen. Il a critiqué l’idée qu’« une communauté linguistique doit s’autogouverner » et a suggéré de relever les défis d’un large débat public transeuropéen dans une Europe multilingue. Le fait que nous apprenions des langues étrangères et adhérions aux droits de l’Homme dans différentes langues prouve que « nous pensons, dans différentes langues, un monde social commun, car nous devons tous faire face à des problèmes concrets qui en découlent ». S’il y a des problèmes transnationaux, alors le niveau politique pour lutter contre eux doit aussi être transnational. La conclusion intermédiaire d’Arteta est que « la récupération de la souveraineté populaire exige une intégration politique dans l’UE et la création artificielle d’un nouveau démos ». Traduire cet objectif en droit signifie renforcer le Parlement européen et développer des partis politiques véritablement européens. De cette manière, nous « raviverions un projet commun » actuellement considéré à travers le prisme des « avantages qu’un tel projet peut apporter à nous-mêmes et à nos pays ». Des partis politiques européens et des médias qui traduiraient et diffuseraient les informations importantes dans les différentes langues européennes devraient permettre l’émergence d’une « société civile européenne florissante qui contribuerait à rassembler les intérêts individuels dans un cadre politique ». La responsabilité et la réactivité créeraient des liens de solidarité et un sentiment d’appartenance commune. Arteta affirme que cela ne serait pas très difficile, car nous partageons déjà beaucoup de choses, telles que les deux guerres mondiales, les Lumières, l’Etat de droit, la démocratie, etc. Enfin, voter pour des partis européens mettrait également fin aux critiques sur la nature bureaucratique et intergouvernementale d’une Europe parfois perçue comme privilégiant les intérêts de ses membres les plus grands et les plus puissants. L’UE serait considérée non plus comme « un projet élitiste », mais comme « un projet politique ».

Sources : El País, Presseurop.

Relations internationales

L’Arménie renonce au libre-échange avec l’UE

Suite à sa décision, début septembre, de rejoindre une union douanière menée par la Russie (les deux autres membres sont le Kazakhstan et la Biélorussie), l’Arménie a renoncé à se joindre au « partenariat oriental » de l’UE. Parlant devant l’Assemblée Générale du Conseil de l’Europe (un organe promouvant la démocratie et les droits de l’Homme, et qui n’a rien à voir avec l’UE), Sergei Sarkissian, le Président arménien, a déclaré que ses collègues européens avaient indiqué que les deux accords étaient incompatibles et que l’Arménie donnait sa préférence à l’union douanière. Cependant, il a également exprimé l’espoir de signer un accord portant uniquement sur ​​les aspects politiques du partenariat avec l’UE. Cette décision de l’Arménie intervient dans un contexte de relations tendues entre la Russie et l’UE, qui essayent toutes les deux d’attirer les pays d’Europe orientale dans leur sphère d’influence. L’Union Européenne a une fois de plus dénoncé les pressions russes sur ces pays (l’Ukraine est un autre cas), mais M. Sarkissian a affirmé que la décision arménienne avait été adoptée « en toute indépendance et en tenant compte de la réalité concrète » (un tiers des exportations arméniennes vont à la Russie et la sécurité du pays dépend de l’aide militaire de la Russie).

Source : Le Monde.

Industrie / Technologies / Business

Google et la Commission Européenne

Google est depuis un certain temps sous le coup d’une enquête de la Commission européenne pour abus de position dominante sur les marchés des moteurs de recherches (Google détient 90% de ce marché en Europe) et de la publicité en ligne. En particulier, le géant américain a été accusé de mettre en avant ses propres services au détriment de moteurs de recherches concurrents spécialisés.

A la suite de concessions supplémentaires par la firme américaine, le Commissaire européen chargé de la concurrence, Joaquin Almunia, espère clore l’enquête et parvenir à un accord avec Google au printemps prochain. Une première série de concessions par Google avait été jugée insuffisante. La nouvelle offre comprend une visibilité accrue pour les sites concurrents, avec la possibilité pour eux de montrer leur logo et des informations sur leur contenu. Cette offre va maintenant être soumise aux commentaires des plaignants et des concurrents de Google : s’ils le jugent acceptable, elle sera convertie en un acte juridiquement contraignant ; sinon, le processus se poursuivra et pourrait aboutir à une amende pour Google allant jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires annuel global.

Sources : Le Monde, The Guardian.

La semaine prochaine…

Le Parlement européen tiendra sa session à Strasbourg. L’ordre du jour peut être trouvé ici. Parmi les sujets importants, l’on note le marché européen du carbone en 2012, les discussions sur les partenariats et les accords commerciaux avec des pays tiers, un débat sur le système européen de surveillance des frontières, et bien plus encore !

Quant à la présidence du Conseil lituanien, elle organisera la 13ème Conférence européenne sur la gestion des sociétés européennes, les 8 et 9 octobre. Et elle commémorera la liquidation du ghetto de Vilnius il y a 70 ans.

Sources: site du PE, site de la présidence du Conseil lituanien.

Pierre-Antoine KLETHI

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