États non-membres

L’Ukraine à la croisée des chemins

Rassemblement à Kiev, dimanche 1er décembre 2013. © Ivan Bandura / Flickr

Rassemblement à Kiev, dimanche 1er décembre 2013.
© Ivan Bandura / Flickr

Comme en 2004, l’Ukraine hésite. Comme en 2004, elle hésite entre son envie d’Union européenne et un rapprochement avec le grand frère russe.

Hier, environ 100 000 personnes se sont rassemblées à Kiev pour réclamer la démission du président Victor Ianoukovicth après que ce dernier ait décidé de ne pas signer l’accord de partenariat et de libre-échange avec l’Union européenne, évoquant des pressions de la part de Moscou. Suite à cette annonce, de nombreux Ukrainiens sont descendus dans la rue pour dénoncer la volte-face de Ianoukovitch et sa volonté de se rapprocher une nouvelle fois de la Russie.

En agissant de la sorte, le président ukrainien a sans doute manqué une occasion historique d’arrimer son pays à l’Union européenne, une union rêvée par nombre de ses compatriotes. A ce propos, je me rappelle de mes amies ukrainiennes, mes camarades de promo au Collège d’Europe qui exprimaient souvent leur euro-romantisme et le souhait de voir un jour leur pays rejoindre l’Union européenne. L’accord de libre-échange et de partenariat, à défaut d’ouvrir réellement la voie à une telle hypothèse, aurait pu marquer une étape déterminante dans les relations entre Kiev et Bruxelles et surtout réaffirmer la volonté de rapprochement entre les deux parties.

Mais en refusant de signer cet accord historique, Viktor Ianoukovitch a pris le risque d’ouvrir une crise politique majeur au sein de son pays bien qu’il ait rassuré sur le fait qu’il comptait signer l’accord de libre-échange dans un avenir proche. En réalité, la position ambivalente de l’actuel chef de l’Etat ukrainien est symptomatique de l’hésitation et du manque d’assurance qu’à ce pays vis-à-vis son rôle et son poids géopolitique. Depuis bientôt dix ans, le pays hésite entre une stratégie pro-occidentale et une fidélité sans faille à la Russie quitte à adopter une stratégie ambivalente, pour ne pas dire ambiguë, dans le but de ne fâcher personne.

Une stratégie adoptée notamment par Viktor Ianoukovitch souvent présenté comme un pro-Russe, proche de Vladimir Poutine et surtout partisan d’une ligne conservatrice et nationaliste. Pourtant dès son élection en mars 2010, ce dernier a voulu afficher quelques bonnes volontés et gages notamment vis-à-vis de l’Union européenne considérant qu’une éventuelle intégration n’était pas à exclure. Malgré cela, la volte-face de ce dernier risque bien de jeter un discrédit durable sur la volonté de l’Ukraine de s’affranchir totalement et définitivement de la Russie et donc s’en tenir au statut quo actuel. Une position intenable pour Viktor Ianoukovitch qui s’en retrouve affaibli politiquement et qui doit faire face à une opposition hétéroclite mais globalement pro-Européenne et qui ne manquera pas cette occasion inespérée de remettre en cause un système clientéliste et autocratique. Qui plus est, le Parti des Régions, le mouvement nationaliste et pro-Russe de Ianoukovitch est lui-même partagé sur la stratégie à adopter vis-à-vis de la Russie comme de l’Union européenne, certains députés considérant que l’accord de libre-échange avec l’Europe était essentiel pour le pays.

Dès lors, les marges de manœuvre semblent très étroites pour l’actuel président ukrainien qui a publiquement condamné l’usage de la force pour disperser les manifestants pro-Europe, le week-end dernier à Kiev. Face à une opposition déterminée et un parti divisé, Viktor Ianoukovitch a surement commis une faute politique. Il a surtout sous-estimé la farouche volonté d’Europe de ses compatriotes qui considéraient l’accord de libre-échange et d’association comme le début d’un processus devant faire de l’Ukraine, un membre à part entière de l’UE. On est (très) loin et tout dépendra de la capacité de ce pays de garantir la démocratie et les principes les plus élémentaires du droit, notamment en ce qui concerne le rôle réservé aux opposants comme le rappelle si justement la situation de Ioulia Timochenko, l’égérie de la Révolution orange et ancienne Premier ministre de Viktor Ioutchenko, actuellement emprisonnée. En clair, le pays est à la croisée des chemins et il devra faire face à ses contradictions pour aller de l’avant, avec ou sans la Russie, avec ou sans l’Union européenne.

Gilles Johnson

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