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Rencontre avec Alice Walpole, ambassadrice britannique à Luxembourg

Alice Walpole, ambassadrice britannique à Luxembourg © Flickr/Foreign and Commonwealth Office

Alice Walpole, ambassadrice britannique à Luxembourg
© Flickr/Foreign and Commonwealth Office

Vendredi 29 novembre, avec d’autres membres du Parlement des jeunes luxembourgeois, j’ai rencontré Alice Walpole, l’ambassadrice britannique à Luxembourg. Divers sujets ont été abordés dont la relation du Royaume-Uni avec l’UE et les relations bilatérales entre le Luxembourg et le Royaume-Uni. Voici un résumé du discours et des réponses de l’ambassadrice à certaines questions.

À propos de la compréhension de la relation du Royaume-Uni avec le reste de l’UE

Pour comprendre cette relation, il ne faut pas faire confiance aux journaux. Dans chaque pays, il y a un débat interne sur ses relations avec le reste de l’UE. Dans d’autres pays tels que le Danemark et la Grèce, la langue fait que personne ne comprend et lit les journaux à l’extérieur du pays respectif. Au contraire, les gens peuvent lire les journaux britanniques dans le monde entier. Cependant, la plupart des lecteurs internationaux ne savent pas à quel bord politique appartient un journal donné, donc ils obtiennent une vision déformée de la pensée britannique sur l’UE.

En outre, il est vrai qu’il existe une « mentalité insulaire » au Royaume-Uni. En effet, il faut traverser la mer pour visiter tout autre pays. Cela dit, le Royaume-Uni s’est impliqué dans les guerres mondiales qui ont toutes deux commencé comme des guerres continentales. Certains Etats membres investissent davantage dans leurs amitiés avec les autres Etats membres de l’UE ; le Royaume-Uni investit également dans l’amitié avec ses anciennes colonies. Vous pouvez avoir autant d’amis que vous voulez!

La vision britannique sur le rôle de l’UE : un rôle limité de la puissance publique

Le Royaume-Uni et les pays nordiques ont un autre type de modèle de fonctionnement de l’Etat que la France et les pays d’Europe du sud. Dans ce dernier groupe, l’Etat joue un rôle beaucoup plus grand et, pendant longtemps, beaucoup de gens avaient un faible niveau d’éducation. L’Etat disait aux gens ce qu’il faut faire au lieu de simplement créer des incitations.

L’architecture de l’UE semble étrange au Royaume-Uni… Le système de l’UE se rapproche progressivement de celui du Royaume-Uni. Les pays de l’Est, en raison de leur passé communiste, sont favorables à un rôle limité de la puissance publique. L’UE est une grosse machine. Dans des pays comme la France, cela semble familier : les gens attendent beaucoup de l’Etat et payent beaucoup d’impôts. Au contraire, le Royaume-Uni essaye de faire ressembler l’administration européenne davantage à la fonction publique britannique. Actuellement, le Royaume-Uni mène une politique d’austérité et s’inquiète du fait que les institutions européennes ne fassent pas assez d’efforts pour économiser de l’argent.

L’euroscepticisme est la plupart du temps de la gesticulation politique et ne réussira pas

L’UE est souvent utilisée comme un bouc émissaire en matière de politique intérieure. Quand les Français ont voté « non » en 2005, ils ont voté ainsi parce qu’ils n’aimaient pas leur gouvernement. Quand les gens au Royaume-Uni disent qu’aux élections locales ils vont voter pour l’UKIP, ils ne supportent pas les idées de l’UKIP, mais ils expriment leur colère contre le gouvernement. Chaque ministre de chaque pays prétend que l’UE l’a contraint/e d’accepter quelque chose, mais il/elle a en fait voté pour cette décision !

Les partis politiques au Royaume-Uni sont très larges. Donc, les personnes aux ailes gauches et droites d’un parti ne sont pas d’accord sur tout. A l’heure actuelle, le soutien à l’UKIP consiste principalement en des conservateurs qui ont rompu avec les Tories en raison de la coalition avec les Lib Dems.

Le problème avec des députés UKIP, c’est qu’ils ne sont pas très présents au Parlement Européen. Ils ont pris un emploi pour construire l’Europe, bien qu’ils ne croient pas en elle. Nigel Farage dit que le Royaume-Uni devrait quitter l’UE, mais beaucoup de personnes qui votent pour l’UKIP aux élections locales ne sont pas d’accord avec lui. Un grand nombre de députés eurosceptiques vont perdre leur siège en mai. La population générale au Royaume-Uni est moins stupide que le Daily Mail veut faire croire aux lecteurs… Les Britanniques sont très mobiles. Toute personne qui a un emploi connaît les avantages de l’appartenance à l’UE.

Lors du référendum écossais en septembre 2014, probablement autour de 15% de la population écossaise va voter pour l’indépendance… bien que, dans les sondages, de nombreuses personnes se disent indécises. Il y aura des chiffres similaires s’il y a un référendum en 2017 pour rester dans l’UE ou la quitter.

En somme, il faut voir par-delà de beaucoup de gesticulations.

Ainsi, le Royaume-Uni n’est pas vraiment eurosceptique ; il veut juste remodeler l’UE

Il y a beaucoup de théâtre autour de la relation du Royaume-Uni avec l’UE, mais les entreprises savent à quel point l’UE leur a facilité la vie. Le monde des affaires au Royaume-Uni est très favorable à l’UE. De plus, les personnes âgées sont également très favorables à l’UE, et les jeunes apprécient beaucoup la libre circulation (pour étudier et travailler).

Mais le Royaume-Uni veut que l’UE fonctionne mieux. Ce que David Cameron a dit, c’est que, si les Tories restent au pouvoir après 2015, ils organiseront un référendum en 2017 sur l’appartenance à l’UE parce que les référendums sont un instrument de la démocratie britannique. Il pense que le Royaume-Uni aura le temps de remodeler l’UE au cours des 3 prochaines années. Dans les yeux des Britanniques, l’UE manque de compétitivité et a besoin de se réveiller et d’être davantage pro-business. En outre, la zone euro doit résoudre ses problèmes. Enfin, Bruxelles est considérée comme « trop éloignée » des citoyens.

Ce n’est pas seulement le Royaume-Uni qui le veut : d’autres Etats membres ont des vues similaires, par exemple, les Pays-Bas. Bien sûr, d’autres personnes et pays ont d’autres idées. Des pays comme la France et le Luxembourg réfléchissent aussi à la manière de réformer l’UE, mais pas nécessairement dans le même sens.

Sujets bilatéraux : y a-t-il une concurrence entre Londres et Luxembourg pour attirer les services financiers ?

La plupart des entreprises dans le secteur des services financiers ont un établissement dans la zone euro et un à Londres. Ainsi, les principaux concurrents de la Place luxembourgeoise sont dans la zone euro ; ce n’est pas Londres.

Cependant, il est intéressant de noter que l’embauche d’un employé de rang moyen au Royaume-Uni coûte 65% moins cher qu’au Luxembourg et 25% moins cher qu’en Belgique. Au Royaume-Uni, il est facile d’embaucher et de licencier des travailleurs. C’est là que le Luxembourg a un gros point faible : les coûts du travail au Luxembourg sont très élevés.

D’un autre côté, le Royaume-Uni a un handicap : il ne fait pas partie de l’espace Schengen, donc les citoyens ressortissants d’un pays tiers (c.à.d. non-UE) ont besoin d’un visa pour aller ailleurs en Europe.

Sujets bilatéraux : les opportunités de coopération entre le Luxembourg et le Royaume-Uni

Il existe de nombreuses opportunités d’accord : sur les services financiers, sur le marché unique numérique, sur les activités tournées vers l’extérieur (par exemple, la négociation avec succès du TTIP avec les Etats-Unis et d’autres accords de libre-échange). En outre, le Luxembourg est très attaché à la paix internationale et contribue aux opérations de maintien de la paix. Il y a aussi une coopération étroite sur les questions relatives à la Syrie et la Somalie et sur les questions traitées par le Conseil de sécurité de l’ONU (et la mise en œuvre des décisions du Conseil de Sécurité dans l’UE).

Conclusion : remodeler l’Europe n’est pas plus ou moins d’Europe, c’est la changer

Etre ambassadeur du Royaume-Uni dans n’importe quelle capitale européenne est toujours un défi… Mais les ambassadeurs britanniques n’ont jamais peur d’être impopulaires. Les pays qui sont d’accord avec le Royaume-Uni le sont discrètement. Certains sont heureux que le Royaume-Uni prenne le « mauvais rôle » en tant que grand pays. Pour les petits pays, il est parfois très difficile de contester un projet européen.

Le Parlement européen joue parfois un rôle sur des sujets dont le Royaume-Uni pense qu’ils devraient être discutés au niveau national. Par exemple, récemment, la Commission a produit un projet de règlement expliquant quel genre de chaussures et de bijoux les coiffeurs devraient être autorisés à porter. Mais au Royaume-Uni, on ne se soucie pas de ce que les coiffeurs portent. Pour les Britanniques, la première question est toujours : est-ce que le sujet concerne les 28 Etats membres ? Si nous avons diverses traditions et façons de traiter un problème, c’est très bien et nous n’avons pas besoin de résoudre la question de manière uniforme.

Pierre-Antoine KLETHI

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