L'Europe à la carte

Newsletter UE n°16

La mairie de Kiev, occupée par les manifestants, dimanche 1er décembre. © Ivan Bandura / Flickr

La mairie de Kiev, occupée par les manifestants, dimanche 1er décembre.
© Ivan Bandura / Flickr

Dans la newsletter de cette semaine, nous nous concentrons sur les cinq thèmes suivants : des plans pour renforcer les patrouilles en mer Méditerranée pour éviter de nouvelles tragédies de l’immigration ; les critiques de l’AEMF envers les trois grandes agences de notation ; la perception de la corruption en Espagne et dans l’Union Européenne ; les manifestations pro-UE en Ukraine ; et l’adoption de droits antidumping sur certains panneaux solaires chinois importés. Bonne lecture et partagez avec nous votre opinion sur ces sujets !

Affaires intérieures

Des plans pour renforcer les patrouilles en Méditerranée pour éviter des tragédies de l’immigration

La Commission européenne a présenté le 4 décembre un plan d’action pour lutter contre la traite d’êtres humains et l’immigration clandestine à la frontière sud de l’UE. Ces propositions, après avoir été examinées par les 28 ministres de l’Intérieur, seront à l’ordre du jour du Conseil européen des 19-20 décembre. Les patrouilles aériennes et maritimes devraient être renforcées le long de toute la frontière méditerranéenne pour repérer et intercepter (et, si nécessaire, aider) les bateaux de migrants. Un réseau de patrouilles européen serait mis en place et soutenu par Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières. L’augmentation du nombre de patrouilles coûterait 14 millions d’euros par an. En outre, les gardes-frontières pourront compter sur Eurosur, un nouveau système d’échange d’informations qui est récemment devenu opérationnel.

Le plan d’action prévoit également des mesures de prévention telles que la facilitation des demandes d’asile avant de se rendre dans l’UE. Donc, si la demande est acceptée, ces personnes pourraient voyager légalement et en toute sécurité vers l’UE. Une autre idée est d’encourager la « politique de relocalisation (resettlement) » : les demandeurs d’asile vulnérables seraient amenés dans l’UE directement depuis leur pays d’origine ou un camp de réfugiés. Le renforcement de la coopération avec les Etats de transit comme le Maroc et la Libye devrait également contribuer à réduire le risque de renouvellement de tragédies humaines.

Certains Etats membres ont déjà mis en garde quant au fait que cette présence accrue en mer ne doit pas avoir pour conséquence que les trafiquants fassent commencer les voyages des migrants lorsque les bateaux de Frontex sont à proximité, afin que ces derniers récupèrent les migrants. Au contraire, des politiciens Verts ont critiqué la proposition parce qu’elle était trop axée sur la surveillance et pas assez sur le sauvetage.

Sources : BBC, Le Figaro.

Economie

L’AEMF critique le manque d’indépendance des agences de notation

L’Autorité Européenne des Marchés Financiers (AEMF), un régulateur financier européen, a révélé qu’il avait identifié des « lacunes » dans le processus de notation de la dette souveraine, qui ont eu un impact sur « la qualité, l’indépendance et l’intégrité » des notes. Les trois grandes agences de notation (Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s) sont concernées. Parmi les pratiques critiquées, l’AEMF a remarqué l’emploi d’analystes junior pour travailler sur la notation de la dette souveraine, la divulgation de modifications futures à des tiers non autorisés, des retards dans la publication des changements, et des conflits d’intérêts. Ces accusations viennent dans un contexte où les agences de notation sont encore très impopulaires en Europe, étant accusées d’avoir renforcé la crise de la dette en dégradant à plusieurs reprises la note de certains Etats membres cibles de spéculateurs. L’AEMF doit encore prouver que la réglementation européenne sur les agences de notation a été violée. Si elle parvient à une conclusion positive, elle pourra prendre des « mesures appropriées », par exemple, imposer une amende. En outre, l’AEMF a appelé à l’adoption de « mesures correctives ». Les trois agences ont affirmé respecter les règles et travailler pour corriger les lacunes identifiées par l’AEMF afin d’améliorer leurs opérations. Tout le rapport n’était pas négatif : l’AEMF a également souligné certaines pratiques positives en matière de programmes de formation et de débat interne sur les notations.

Sources : Financial Times, El País, Les Echos.

Citoyenneté

La perception que la corruption augmente en Espagne et diminue un peu dans l’UE

Selon l’indice de perception de la corruption de Transparency International, l’Espagne est le pays avec la deuxième plus forte hausse de la corruption en 2013, après la Syrie. Elle est tombée à la 40ème position dans le classement (le 1er étant le moins corrompu). Ce résultat peut être expliqué par plusieurs scandales qui ont touché le Royaume ibérique ces derniers mois et qui impliquent la famille royale et plusieurs politiciens (en particulier, il y avait l’affaire très médiatisée du Partido Popular du Premier ministre Rajoy, lorsque son ex-trésorier a admis que plusieurs politiciens importants du PP avaient reçu de l’argent liquide d’entreprises de construction). Des acteurs de la lutte contre la corruption ont mis en garde sur l’impact négatif que cela pourrait avoir sur les investissements étrangers et la reprise économique.

4 Etats membres de l’UE sont dans le top 10 des pays perçus comme les moins corrompus : le Danemark (1er ex aequo avec la Nouvelle-Zélande), la Suède et la Finlande (ex aequo à la troisième place) et les Pays-Bas (8èmes). La Grèce est l’Etat membre perçu comme le plus touché par la corruption : il se classe 81ème au niveau mondial. D’autres pays de l’UE mal classés sont la Bulgarie, la Roumanie et l’Italie. La France se classe 22ème (sur 177 pays évalués).

Sources : BBC, El País (Espagne, UE).

Relations internationales

L’UE et l’Ukraine : la rue contre le Président

La décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, de ne pas signer un accord avec l’UE comme prévu la semaine dernière a déclenché de manière inattendue des protestations massives dans ce pays : ainsi, plus de 100.000 personnes se sont rassemblées le week-end dernier pour appeler à la démission du président et pour des liens plus étroits avec l’UE. Comme les manifestations se multipliaient, les autorités ont utilisé la force contre les manifestants, mais, sous la pression des dirigeants européens, M. Ianoukovitch semble avoir, pour le moment, abandonné l’idée de répression violente. La question de l’alliance avec l’UE a uni l’opposition à M. Ianoukovitch, traditionnellement considéré comme pro-russe. Le Président a même admis qu’il avait décliné l’offre sous pression russe – la Russie, qui veut construire une « union eurasienne », menace de bloquer les importations ukrainiennes et aussi les exportations de gaz vers ce pays –, craignant que son pays ne s’effondre économiquement si les liens avec la Russie sont coupés. Le président ukrainien a probablement voulu que l’UE offre plus de soutien que convenu.

La réponse européenne aux manifestations pro-UE a été de confirmer que l’accord était toujours ouvert à l’Ukraine, ouvrant la voie à une possible solution pacifique. M. Ianoukovitch a fait des déclarations contradictoires et a, entre autres, promis de faire tout son possible pour rapprocher rapidement l’Ukraine de l’UE. Les dirigeants européens ont également exhorté le président à s’abstenir de réprimer violemment les manifestations.

Il semble que, malgré ses difficultés et sa relative impopularité internes, l’UE continue d’attirer les citoyens des pays voisins, car elle représente l’espoir de la démocratie, de la liberté, de la modernité et de la prospérité que de nombreux citoyens des pays voisins de l’UE ne bénéficient toujours pas. En Ukraine, cela séduit particulièrement les manifestants, qui sont allés plus loin que simplement contester la politique étrangère de leur Président et qui souhaitent maintenant qu’il quitte le pouvoir, car il représente une élite politique corrompue qui a réussi à revenir au pouvoir en dépit de la « révolution orange » de 2004.

Sources : BBC, The Guardian, The Economist, Le Monde (editorial, 5 questions, police intervention), Les Echos, Die Welt, ABC, Corriere della Sera.

Industrie / Technologie / Business

Des mesures antidumping contre des panneaux solaires chinois

Depuis le vendredi 6 décembre, l’UE impose des droits de douane antidumping sur certains panneaux solaires chinois importés. La mesure est instaurée pour une durée de 2 ans. Des discussions sur des sanctions commerciales avaient déjà eu lieu l’été dernier, mais l’Allemagne avait suggéré de nouvelles négociations avec Pékin. Un accord a été conclu avec les autorités chinoises pour fixer un prix minimum pour les panneaux solaires importés (56-60 cents / watt), mais environ un quart des producteurs chinois n’ont pas accepté ses conditions, de sorte que leurs produits seront désormais imposés à un taux augmenté de 47%.

EU ProSun, l’organisation qui regroupe les producteurs européens de panneaux solaires, estime l’ensemble des mesures insuffisantes et a saisi le tribunal (au sein de la CJUE) pour obtenir la nullité de l’accord avec la Chine et l’application des droits de douane augmentés à tous les panneaux solaires chinois importés.

Sources : Le Monde, El País.

La semaine prochaine…

Le Parlement Européen tiendra sa dernière session plénière de l’année à Strasbourg. Mercredi, le gagnant du prix LUX (cinéma) sera annoncé. Le Parlement adoptera également une nouvelle politique de pêche durable et renforcera les règles s’appliquant à la pêche en eau profonde. Pour relancer le marché du CO2, le Parlement votera pour geler la mise aux enchères de nouveaux permis d’émission pour augmenter leur prix de marché. Les députés voteront également sur ​​un projet de réglementation qui permettrait à toute personne résidant légalement dans l’UE d’avoir accès au moins à un compte bancaire de base, et ils tiendront un débat sur ​​la politique étrangère et de défense commune en amont du Conseil Européen. Tous les sujets prévus peuvent être trouvés ici.

Du côté du Conseil, la conférence de clôture de l’Année européenne des citoyens 2013, sur le thème « Comment faire de chaque année une année pour les citoyens ! », se tiendra à Vilnius, jeudi et vendredi (12-13 décembre).

Sources : site du PE, site de la présidence du Conseil lituanien.

Pierre-Antoine KLETHI

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