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5 raisons pour lesquelles David Cameron a une mauvaise approche des questions européennes

CAMERON
Plusieurs études, y compris celles réalisées par le gouvernement et le Parlement britannique, mettent en évidence le rôle positif de l’UE pour les entreprises et pour le peuple britannique dans son ensemble. D’autres études montrent que les immigrants, en particulier européens, ont contribué davantage en impôts, durant la dernière décennie, que ce qu’ils ont reçu en termes de prestations sociales. En outre, le Royaume-Uni est souvent un fervent partisan du libéralisme. Mais cela n’empêche pas David Cameron, le Premier ministre britannique, d’adopter un discours négatif sur des sujets tels que l’intégration européenne et l’immigration / la libre circulation. Cette tentative de rivaliser avec l’UKIP pour obtenir les voix des électeurs de droite en copiant ses solutions simplistes est cependant une stratégie erronée ; au contraire, les conservateurs et leur chef devraient avoir une stratégie claire pour réformer l’UE (au lieu de menacer de la quitter) et le Royaume-Uni sur la base de leurs valeurs et croyances traditionnelles.

Tout d’abord, il est inutile pour les conservateurs de copier l’UKIP. En effet, les parlementaires conservateurs eurosceptiques et anti-immigration sont les meilleurs promoteurs de l’UKIP, dans la mesure où ils mettent à l’ordre du jour les sujets que Nigel Farage veut voir discutés dans les médias : l’UE et l’immigration. Cela permet à M. Farage d’éviter de parler des effets négatifs que son programme aurait pour l’économie britannique et l’image britannique dans le monde. En outre, au lieu de considérer la possibilité de construire de temps en temps des alliances locales avec l’UKIP, le renforçant encore davantage, les conservateurs devraient mettre en évidence ce qui est mauvais dans le programme et les revendications de l’UKIP.

Deuxièmement, la pleine adhésion des électeurs de l’UKIP au programme du parti reste à démontrer. En effet, l’Europe et l’immigration sont souvent le bouc émissaire de difficultés plus profondes, et la popularité de ces sujets cache probablement un réel mécontentement profond avec la politique (à la fois nationale et européenne). Ainsi, les conservateurs ne devraient pas adopter la même analyse superficielle qui sous-tend le discours de l’UKIP ; ils devraient plutôt tenter de s’attaquer aux vrais problèmes rencontrés par les citoyens, tels que le chômage et un pouvoir d’achat déclinant au cours des dernières années. Et même si l’on admet que les électeurs de l’UKIP sont vraiment d’accord avec M. Farage, pourquoi choisiraient-ils une imitation plutôt que le parti original anti-UE, anti-immigrés ?

Troisièmement, David Cameron n’a pas été élu sur un programme anti-UE et anti-immigration. Bien qu’il n’ait pas réussi à obtenir une majorité suffisante pour gouverner seul, David Cameron ne devrait pas abandonner les lignes directrices du programme qui lui a permis de devenir chef du Parti conservateur puis Premier ministre du Royaume-Uni. Le programme des conservateurs était d’être davantage en faveur des entreprises, de donner plus de liberté de choix aux individus et aux entreprises, et de renforcer la société civile (rappelez-vous l’idée de la « big society »), tout en réduisant l’action de l’Etat. Ce n’était pas de restreindre la libre circulation et de poursuivre une sorte d’isolationnisme.

Quatrièmement, le Royaume-Uni a une tradition d’être parmi les Nations politiquement et économiquement libérales. Ce n’est pas le moment de gaspiller cet héritage. En outre, la rhétorique anti-européenne et anti-immigration crée de l’incertitude et porte atteinte à l’attractivité du Royaume-Uni aux yeux des entreprises, investisseurs et travailleurs qualifiés étrangers.

Enfin, David Cameron doit cesser de louvoyer et devrait plutôt adopter une vision claire sur l’avenir de l’UE et la stratégie pour la mettre en œuvre. Presque tout le monde en Europe estime que l’UE a besoin d’être réformée. La question est : quelles réformes et comment les mener à travers le processus de décision ? De temps en temps, le Premier ministre britannique fait des propositions qui doivent être saluées, par exemple, réduire la bureaucratie. Mais trop souvent, ses critiques ne sont pas constructives. Les conservateurs et M. Cameron doivent comprendre qu’ils seront en mesure de réformer l’UE, non pas en formulant ultimatum ou menaces – cela les isolera encore davantage dans l’Union Européenne –, mais en formulant des propositions et des alliances avec leurs partenaires continentaux. Cela nécessite une approche plus diplomatique et équilibrée, avec un ton moins vindicatif, une réflexion approfondie sur les réformes à adopter, et une disposition accrue à faire des compromis.

Ainsi, David Cameron et les conservateurs doivent fixer des objectifs clairs et crédibles et construire une stratégie efficace pour les atteindre. Convaincre les électeurs et réformer l’UE ne réussira pas en imitant l’UKIP ; au contraire, les citoyens attendent une solution alternative !

Pierre-Antoine KLETHI

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