États non-membres

Quand la Suisse se tire une balle dans le pied (et joue contre ses intérêts)

L'UDC était déjà à l'initiative de la votation contre la construction de minarets en 2009. ©RYTC/Flickr

L’UDC était déjà à l’initiative de la votation contre la construction de minarets en 2009. ©RYTC/Flickr

Dimanche dernier, les électeurs helvètes se sont prononcés en faveur de la limitation draconienne des flux migratoires par une très faible majorité, suivant ainsi la motion de l’Union démocratique du centre (UDC) à l’origine de la motion visant en grande partie, les ressortissants de l’Union européenne désireux de s’installer et de travailler dans la Confédération.

Dès l’annonce des résultats de la votation citoyenne, l’Union européenne ainsi que la plupart des États-membres ont prévenu : les valeurs et principes de l’UE sont non négociables et la Suisse ne peut prendre ce qu’il arrange à savoir, profiter du marché commun tout en fermant ses frontières aux ressortissants européens. Charge alors pour le gouvernement suisse de trouver une solution satisfaisante tout en prenant en considération la volonté des électeurs.

Le débat s’est déroulé dans un contexte assez particulier. Alors que l’économie suisse se porte bien et que le taux de chômage reste l’un des plus faibles d’Europe, l’immigration semble être devenue la question majeure au sein d’un pays qui profite largement du marché commun en dépit de (ou grâce à) son statut particulier. En effet, depuis 2000, la Confédération helvétique a signé plusieurs accords bilatéraux avec l’Union européenne lui permettant de bénéficier du marché commun tout en restant en dehors de l’Union européenne et en échange de quelques contreparties. Par exemple, en accédant au marché intérieur, elle s’est engagée à ouvrir le sien, s’inscrivant ainsi dans une logique « gagnant – gagnant ». De fait, la Suisse a largement profité de l’ouverture des frontières et de la libre circulation de ses marchandises lui permettant d’avoir des produits compétitifs et davantage accessibles, ce qui booste l’économie.

Or, en votant à une très mince majorité l’initiative de l’UDC, le parti populiste de droite farouchement anti-UE, les électeurs helvètes se sont tirés une balle dans le pied dans la mesure où ils mettent dans l’embarras le gouvernement fédéral qui se trouve en position de faiblesse vis-à-vis de Bruxelles. En effet, et jusqu’ici la méthode des petits pas adoptée par la Suisse (c’est-à-dire d’association avec l’Union) semblait plutôt convenir aussi bien à la première qu’à l’Union puisque tout le monde y trouvait son compte. Or, en cédant dans le discours populiste et simpliste de l’UDC, la Suisse risque de perdre énormément dans cette affaire. Comme le rappelle si bien Jean Quatremer, le correspondant de Libération auprès des institutions européennes, la Suisse est lié par une clause dite guillotine voulant que si elle dénonce un des accords passés avec l’UE, les autres accords devenaient à leur tour caduques. La Suisse réalise près de 60% de ses échanges avec l’Union européenne et cette dernière semble peu disposée à ménager Berne, d’autant plus que l’initiative de l’UDC a été vivement applaudie par l’extrême droite européenne, du Front national en France de Marine Le Pen au UKIP de Nigel Farage qui espère bien que le résultat suisse de dimanche dernier donne clairement des idées aux Britanniques qui, en principe, devront se prononcer sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l’UE à l’horizon 2017.

C’est sans doute pour cette raison que les principaux leaders européens ont souhaité d’emblée clarifier les choses avec le gouvernement suisse dont on ne peut pas dire qu’elle soutenait l’initiative populiste de l’UDC. On a, au passage, probablement atteint, une des limites du système électoral et démocratique suisse dans la mesure où tout débat passionné et surtout non balisé peut donner lieu à des conséquences très fâcheuses pour le pays, surtout quand ses intérêts sont clairement concernés.

Gilles Johnson

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