Idée/Opinion

Elections européennes 2014 : Quelle Europe voulons-nous pour 2020 ?

Le siège du Parlement européen à Strasbourg (photo de PAK)

Le siège du Parlement européen à Strasbourg (photo de PAK)

Le 14 mars, 9 candidats aux élections européennes au Luxembourg se sont retrouvés pour une table ronde organisée par le Bureau d’information du Parlement Européen au Luxembourg et le CLAE. Le sujet de la conférence, « Quelle Europe voulons-nous pour 2020 ? » a conduit les participants à prendre position successivement sur les mesures pour sortir de la crise, sur les défis posés par la libre circulation à 28 Etats membres et l’élargissement, et sur les initiatives nécessaires pour stimuler la citoyenneté européenne (et nationale). Découvrez ci-dessous un compte-rendu des opinions exprimées par chaque candidat !

I/ Sortir de la crise

Charles Goerens (DP, libéral) a déclaré qu’il faudrait une Europe « plus solidaire et plus unie, plus soucieuse de ses composantes », ce qui supposera de changer les traités européens. Il appelle également à « s’engager solidement sur deux chantiers : l’assainissement des finances publiques et la promotion de l’avenir (R&D) », critiquant le dosage actuel entre assainissement des comptes publics et mesures de relance de la croissance et de l’emploi. Pour M. Goerens, « c’est Merkel, pas l’Europe qui exige des coupes budgétaires sévères ». En effet, « l’austérité excessive n’est pas le fait de l’Europe mais existe précisément car l’Europe est trop faible et trop intergouvernementale ». Il a également moqué le mirage consistant à croire que laisser la Grèce se débrouiller seule ne coûterait rien. Déjà dans les circonstances actuelles, « la Grèce rembourse les intérêts mais ne remboursera sans doute pas le capital ». Il convient donc de tirer les leçons de cette crise : ainsi, « la solidarité pourrait passer par le budget européen. Le Plan Werner (années 1970) prévoyait un budget européen de 7% du PIB. » M. Goerens a également souligné qu’un modèle de transferts financiers existait en Allemagne entre Bundesländer, un modèle qui fonctionne très bien.

Mady Delvaux-Stehres (LSAP, socialiste) a de son côté rappelé les objectifs de réduction de la pauvreté (20 millions de pauvres en moins) et d’éducation accessible à tous et a déploré que les critères financiers l’emportent sur le reste. Elle note que « si un pays ne suit pas les recommandations [financières], il risque des sanctions ; en revanche, si le chômage et la pauvreté augmentent, rien ne se passe ». Selon elle, il faudrait donc que les critères sociaux et de citoyenneté pèsent le même poids que des critères financiers.

Claude Turmes (Déi Gréng, Verts) a appelé à « donner un espoir à beaucoup de jeunes en Europe » pour conjurer le risque d’une génération perdue. Il a souligné que des financements européens allaient soutenir les pays du Sud pour mettre en œuvre la garantie pour les jeunes. Il a également regretté que le budget européen soit beaucoup trop faible. Ainsi, il a remarqué qu’aux Etats-Unis, « Obama a 25% du PIB à disposition ; en Europe, l’UE n’a que 1% du PIB de l’UE ». Bref, « actuellement, le seul moyen pour l’UE pour relancer l’investissement est la Banque Européenne d’Investissement ». Il compte aussi sur la décision de la grande coalition allemande (sur initiative du SPD) d’introduire un salaire minimum pour « mettre fin au dumping social allemand ». Enfin, il insiste sur la nécessité de combattre l’évasion fiscale (1000 milliards d’euros en Europe) pour réinvestir cet argent en Europe et souhaite une taxe sur les transactions financières.

Aly Ruckert (KPL, communiste) a déclaré que « l’Europe a été construite sur les piliers du grand capital. Aujourd’hui, l’UE travaille encore pour le grand capital. » Or, il faudrait selon lui faire « une autre Europe, basée sur la solidarité. Il faut tout changer, donner du pouvoir d’achat ». Il a également insisté sur le fait que dans le passé, « les sorties de crise sont toujours passées par la guerre ». Or, aujourd’hui, les pays de l’UE feraient « des guerres partout : Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Somalie, Centrafrique. » Qui profite de ces guerres ? D’après M. Ruckert, c’est « l’industrie de l’armement et les capitalistes ».

Fabienne Lentz (Dei Lénk, gauche radicale) a regretté l’existence d’une « politique sociale d’harmonisation vers le bas, avec les plans d’austérité et compagnie ». Elle considère que la compétitivité ne permettra pas de créer une Europe sociale. En outre, elle préfère ne pas se prononcer sur l’opportunité d’une révision de « tous les traités depuis le début ». Pour elle, « le mal n’est pas la dette publique ; le mal est venu en amont avec la crise financière ». Elle insiste sur le fait que l’assainissement des finances publiques n’est pas un but en soi et que les impôts ont été abaissés pour les entreprises.

Frank Engel (CSV, centre-droit) a, quant à lui, affirmé que « l’Europe sociale doit comprendre des seuils minima de protection sociale et de revenu » et que ce n’est pas la seule introduction de salaires sociaux minima qui allait résoudre la crise. Répondant aux critiques des intervenants précédents sur les plans de sauvetage des banques, M. Engel a rappelé la vérité élémentaire que laisser tomber une banque en faillite reviendrait à laisser partir en fumée l’épargne des citoyens ! Pour autant, il considère que l’austérité doit toucher à sa fin, bien qu’elle ait été nécessaire. En effet, « sinon, on aurait des coûts énormes sur la dette, et on ne pourrait pas utiliser cet argent ailleurs ». Parmi les pistes de sortie de crise, il affirme qu’il faut « augmenter le budget européen et supprimer les gaspillages nationaux » et assurer un « niveau raisonnable d’imposition des entreprises », lançant une petite pique au gouvernement français (« Il n’y a pas que Depardieu qui quittera la France avec un taux d’imposition trop élevé »). Mais il faut également maintenir l’effort de solidarité : rebondissant sur la référence faite par M. Goerens au système allemand, il a noté que les Länder qui payent pour les autres Länder contestent aussi, mais « cela n’enlève rien à la nécessité de solidarité ». Enfin, il a lancé un appel aux électeurs qui devront exprimer leur choix dans les urnes, en soulignant que les députés anti-européens étaient « foncièrement inutiles » pour l’Europe.

Liliana Miranda (ADR, souverainiste-populiste) a, elle, déclaré que « des standards sociaux minimaux ne suffisent pas ». Répondant indirectement à M. Goerens, elle a dit qu’il était facile d’accuser Angela Merkel si beaucoup de mesures ont été adoptées par le Parlement européen (même si elle a cité plusieurs mesures intergouvernementales…). Elle affirme que son parti a « toujours été pour des finances publiques saines » mais que l’assainissement aurait avoir lieu beaucoup plus tôt. Face à la crise, son parti propose que les pays qui le souhaitent puissent quitter temporairement la zone euro.

Pour Jean Colombera (PID, populiste), le Parlement européen doit être renforcé, car « on a l’impression qu’il n’a pas beaucoup à dire ». Il propose également d’introduire un « revenu de base dans toute l’Europe » pour prévenir des risques de migrations.

Enfin, Sven Clement (Parti pirate) a commencé par s’interroger : « Est-ce que l’UE a les moyens pour sortir de la crise ? » D’après lui, la réponse est négative. Pour son parti, il faut « plus d’Europe pour pouvoir combattre les grands problèmes sociétaux » (crise économique, changement climatique, évolutions technologiques). Il considère qu’il faut « chercher la force dans l’Union » et que la crise requiert des solutions européennes plutôt que nationales : « si le continent européen (7% de la population mondiale) veut avoir un avenir, il faut chercher l’avenir dans l’Union ». Par ailleurs, en ce qui concerne le revenu de base, il souhaite qu’il soit introduit dans toute l’UE, si une telle mesure est décidée. Enfin, dans un élan fédéraliste, il a défendu l’idée que le Conseil devienne une chambre des Etats et que la Commission se transforme en un gouvernement européen.

II/ La libre-circulation à 28 Etats membres et l’élargissement

Aly Ruckert (KPL, communiste) a réaffirmé que « la libre-circulation existe avant tout pour le capital » et considère qu’il est normal que la libre circulation des travailleurs suive puisque « le capital veut les travailleurs là où il peut les exploiter le plus ».

Pour Liliana Miranda (ADR, souverainiste-populiste), la libre circulation doit être réservée aux « citoyens honnêtes ». Elle reconnaît que le Luxembourg a besoin de main d’œuvre car « les Luxembourgeois ne font pas assez d’enfants », mais « ce n’est pas [sa] faute… » L’ADR dénonce une libre circulation qui ferait plus de mal que de bien aux personnes concernées.

Au contraire, Mady Delvaux-Stehres (LSAP, socialiste) se définit « fervente fan de la libre circulation » et regrette qu’aujourd’hui, on n’apprécie pas suffisamment les avantages de la libre circulation. En revanche, « il faudrait que l’UE ait une autre stratégie que l’adhésion à proposer aux pays qui veulent se rattacher à l’UE ». Concernant les peurs soulevées par certains eurosceptiques, elle rétorque qu’il n’y a « pas tant d’abus que ça ». Enfin, pour Mme Delvaux-Stehres, « il faut investir dans la recherche et l’innovation aussi pour la solidarité et la paix sociale ».

Jean Colombera (PID, populiste), lui, considère que le problème de la libre circulation est que « les personnes très qualifiées quittent leur pays ». Il souhaite donc que l’Europe traite « les causes, pas les symptômes » des problèmes.

Pour Sven Clement (Parti pirate), la libre circulation est « l’un des fondements de l’UE » qu’il convient de préserver. En effet, remettre en cause la libre circulation reviendrait à remettre en cause l’Union Européenne. Par ailleurs, il refuse « une libre circulation à la carte ».

Charles Goerens (DP, libéral) considère qu’il faut « une pause de réflexion » en matière d’élargissement : « l’UE doit d’abord s’approfondir avant de s’élargir ». Fervent partisan de la libre circulation des personnes, il défend aussi l’idée d’un « mécanisme de régulation pour mettre au pied du mur les pays qui violent l’acquis communautaire ». S’agissant de l’immigration, il est d’avis qu’il faut s’interroger sur la manière d’aider les pays à surmonter des afflux d’immigrés. Par ailleurs, il souligne que « dans 10 ans, on aura besoin d’immigration en raison de la démographie dans l’UE » et que « dans 10-15 ans, le problème ne sera plus le chômage mais le manque de main d’œuvre ».

Frank Engel (CSV, centre-droit) s’accorde avec M. Goerens pour critiquer la radicalisation du discours des partis modérés (UMP, Tories…).

Fabienne Lentz (Déi Lenk, gauche radicale) a entamé sa seconde intervention par la prédiction que « si ça continue comme ça, on sera sans doute moins que 28 en 2020… » Par ailleurs, « si on continue à élargir, l’UE va devenir n’importe quoi ». Elle considère que l’élargissement de l’UE vise uniquement à élargir un marché, mais qu’il n’y a plus de projet politique. En outre, elle dénonce la construction d’une « forteresse Europe » en parallèle de la libre circulation pour les citoyens européens. Enfin, elle mentionne les problématiques de la politique européenne d’asile (« externalisée ») et du travail au noir.

Claude Turmes (Déi Gréng, Verts) souhaite empêcher les abus, mais défend le principe de la libre circulation. Par ailleurs, il dit avoir « honte » de la politique de la « forteresse Europe ». Il regrette aussi que l’on ne parle des populistes que de manière abstraite.

III/ Citoyenneté

Sven Clement (Parti pirate) a réclamé, au nom de son parti, un accès facilité à la citoyenneté luxembourgeoise et européenne.

Jean Colombera (PID, populiste) a noté qu’il y a 45% d’étrangers et 55% de Luxembourgeois au Grand-duché. D’ici quelques années, il y aura même probablement une majorité d’étrangers. Il s’interroge donc : « une minorité de Luxembourgeois peut-elle faire des lois pour une majorité d’étrangers ? » Sa réponse est qu’il faut accorder le droit de vote à tous, « sinon il y aura une révolution ».

Mady Delvaux-Stehres (LSAP, socialiste) a insisté sur le caractère symbolique du droit de vote. Elle soutient également que la citoyenneté est « beaucoup plus qu’aller voter tous les 5 ans : c’est le vivre-ensemble, les droits sociaux… ». Pour elle, c’est « ensemble, Luxembourgeois et non Luxembourgeois, qu’il faut construire le GDL et l’Europe et la paix sociale dans nos pays ».

Frank Engel (CSV, centre-droit) lui a fait écho en affirmant que « si la citoyenneté européenne peut servir à quelque chose, ça ne doit pas être juste sur un passeport ». Il défend l’idée de fournir des « attributs concrets » à la citoyenneté européenne, le droit de vote ne suffisant pas. Par exemple, il faudrait que les citoyens européens aient aussi le droit de vote aux élections nationales. Par ailleurs, « il faut une pleine participation politique ».

Charles Goerens (DP, libéral) a regretté que l’Espace Schengen, à l’intérieur de l’UE, « se heurte à la frontière avec les pays non membres de l’Espace Schengen ». Quant à l’hypothèse d’un référendum au Luxembourg sur la question du droit de vote des étrangers, il estime qu’il n’est pas souhaitable et qu’un vrai débat doit précéder la décision finale.

Liliana Miranda (ADR, souverainiste-populiste) lui a répondu en rappelant qu’un peuple « est souverain » dans une démocratie.

Pour Aly Ruckert (KPL, communiste), débattre de ces questions est superflu, car « les jeunes chômeurs se foutent complètement de la citoyenneté et de l’UE, ils veulent un travail ».

Enfin, Claude Turmes (Déi Gréng, Verts) suggère d’arrêter de parler de « l’étranger » pour préférer l’appellation « résidents » ou sinon, « Luxembourgeois de la prochaine génération ».

Et vous, quelle est votre opinion sur ces sujets ? Faut-il ralentir le rythme de réduction du déficit pour investir davantage dans la relance de l’économie ? Comment relancer l’économie à moindre coût ? Où trouver les ressources suffisantes ?

La libre circulation est-elle un avantage ou un handicap pour les travailleurs ? Comment combattre les abus sans porter atteinte aux droits des citoyens ? La libre circulation peut-elle contribuer à relancer l’économie européenne ? L’UE doit-elle continuer de s’élargir et, si oui, vers quels pays ?

Comment intéresser davantage les citoyens à l’Europe et les inciter à voter ?

Participez au débat en commentant ci-dessous !

Pierre-Antoine KLETHI

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Une réflexion sur “Elections européennes 2014 : Quelle Europe voulons-nous pour 2020 ?

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